A. D., Gir., C 391, 4 décembre
2. A. D., Gir., C 607, 13 mai 1758, lettre du père Clément d'Ascain à Tourny le fils.
3. Cf. Court, Le Patriole français et impartial, où réponse à la lettre de l'évèque d'Agen contre la tolérance des huguenots du 1° mai 1751.
4. Sur les assemblées au désert, on consultera utilement Charies Coquerel, Histoire des Églises du Désert.
peine capitale; parmi leurs auditeurs, les hommes devaient être envoyés aux galères, et les femmes au couvent pour y être recluses; tous les religionnaires du canton où l'assemblée avait eu lieu devaient être taxés arbitrairement, comme complices; une récompense élait promise aux délateurs.
En dépit de toutes ces menaces, le dimanche 21 février 1745, les protestants de la région de Sainte-Foy se réunirent en assemblée. Bien loin de faire allusion aux ordonnances qu'ils ne connaissaient
peut-être pas, les organisateurs avaient au contraire insisté sur les
bonnes dispositions du monarque qui devait permettre bientôt, disaient-ils, le libre exercice de la religion. Les catholiques étaient informés de la tenue de l'assemblée. Dès le vendredi soir, un grand nombre d'étrangers accoururent à Sainte-Foy. Les autorités firent d’abord mettre un notable en prison, puis, se trouvant débordées, elles dépéchèrent un exprès à Bordeaux dans la nuit du vendredi au samedi.
Rien n’empêcha l'assemblée d'avoir lieu. Dès les premières lueurs du jour, les groupes se formaient au lieu dit « le Fauga », au bord de la rivière. A huit heures, l'assemblée comptait 6.000 personnes, et le pasteur Olivier dit Jean Loire montait en chaire. Il célébra le culle, baptisa deux enfants, publia onze bans de mariage. Il prêcha et fit distribuer et vendre des livres d'édification. Vers les midi, les assistants consommèrent les vivres qu'ils avaient apportés. À deux heures l'assemblée se séparait : « Les religionnaires, dit la chronique, en sont revenus comme en triomphe et les catholiques ont élé consternés. » Avant de les laisser partir, le prédicant avait annoncé à ses fidèles une nouvelle assemblée pour le dimanche suivant !.
L'exprès envoyé à Bordeaux fut de retour à Sainte-Foy dès les premières heures du dimanche: il apportait des ordres de
Tournyÿ. Quatre protestants zélés, dénoncés comme ayant été les
organisateurs de l'assemblée, devaient comparaître à l'Intendance.
1. Nous avons pu reconstituer le tableau de l'assemblée, grâce à certains détails que nous devons à l'obligeance de M. le pasteur Lambert de Sainte-Foy. On consultera avec fruit les archives.de cette localité — la lettre imprimée que Tourny adressa, le ? mars 1745, aux curés de sa généralité, A D, Gir., C 4, — et la dépèche que Saint-Florentin lui faisait adresser le lendemain, A. N.,01506 Ilest fait mention de l'assemblée dans le journal de M. de Souscarrière, B. N., manuserit, fonds français, 13701, f° 37.
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DS partirent ensemble de Sainte-Foy pour Bordeaux dans la journée du 22. L’intendant se contenta de les admonester sévèrement et de leur faire promettre qu'ils ne retourneraient plus aux assemblées.
I songeait moins à les punir qu'à empêcher par tous les moyens la tenue de la réunion annoncée pour le dimanche suivant. Dans ce but, il ordonna au grand prévôt de se rendre à Sainte-Foy avec 10 brigades de la maréchaussée !. Le grand prévôt arriva le jeudi 25. Il logea ses cavaliers chez les notables protestants. Quelques-uns, des plus compromis, reçurent l’ordre de se rendre à Bordeaux, pour expliquer, eux aussi, leur conduite. L'intendant se contenta encore de les admonester, tout en les menaçant de les faire enfermer dans quelque château. Pour impressionner les gens de Sainte-Foy, itfit placarder sur les murs de la ville les ordonnances du roi des 1° et 16 février, l'arrêt du parlement du 24?, et enfin une lettre circulaire qu'il adressa le 2 mars à tous les curés des paroisses *.
On trouve dans cette lettre, qui est remarquable, l’exposé de la politique de Tourny à l'égard des protestants : l'intendant veut croire que les nouveaux convertis de Sainte-Foy ont été trompés, qu'ils ont péché par ignorance, c’est pourquoi il n’a pas voulu sévir contre eux. Il s'est contenté de rappeler « les défenses et les peines portées contre ces sotles assemblées. » Sa modération lui a réussi : il a obtenu la soumission entière des notables qu'il a fait comparaître devant lui. D'autre part la présence de la maréchaussée et la publication des ordonnances ont détourné les gens de Sainte-Foy de tenir l'assemblée projetée pour le dimanche ?8. « A peine y a-t-il eu ce jour-là, soit à Sainte-Foy, soit dans les petites villes, bourgs ou paroisses du voisinage, quelque mouvement des particuliers,plus curieux de voir ce quise passeraitque dans
1. En conformité de cette mesure, l'intendant prit une ordonnance, datée du 23 février 1745, pour ie logement des 10 brigades, A. C., Sainte-Foy, EE 2.
‘2.11 y ajouta aussi une ordonnance rendue par lui et datée du 24, portant défense de s’assembler, sous prétexte de religion, ailleurs que dans les lieux accoutumés ; cette ordonnance à été transcrite dans les jurades de Bergerac, t. x11,pp. 64 et 65.
3. A. D., Gir., G 4,2 mars 1745, lettre imprimée de l’intendant de Tourny à MM. les Curés des paroisses de sa généralité, dans lesquelles il y a de nouveaux convertis, avec les ordonnances du Roi des premier et seize février 1745, oncernant les gens de la Religion prétendue réformée du Quercy.
la disposition à désobéir, Tout doit donc être regardé à Sainte-Foy et aux environs comme calme, repentant et absolument éloigné de nouvelles assemblées dont on connaît le crime, et dont on craint la peine. » Le soin d'assurer la pacification appartient aux curés «qui peuvent avoir dans leur troupeau quelques brebis égarées. » Ils leur prêécheront et ils leur liront la lettre de l’intendant. « Je m'imagine, conclut Tourny,que vous vous y porterez avec d'autant plus de plaisir qu’il s’agit du bien de la Religion et que vous accompagnerez chaque fois cette lecture ou cette communication de tout ce qu’un zéle, moins vif qu'affectueux, peut dire de touchant pour attirer les cœurs, pendant que la Loi du Prince montre le glaive tranchant pour soumettre les volontés. »
C'était là un beau langage que l’intendant était tout heureux de tenir. I] lui plaisait de faire crédit aux brebis égarées ; il espérait - qu’elles rentreraient au bercail. Saint-Florentin le félicita de sa lettre ! ; l’évêque d'Agen lui fit ses compliments ?. Un an plus tard, le ministre recommandait encore à La Bourdonnais, intendant de Rouen, la méthode temporisatrice de M. de Tourny *.