‹ TournyChapitre 143 sur 494 · PRET TT TT · texte numérisé non relu

PRET TT TT

calaire général de la Ferme Générale, n'avait manqué à aucun moment ni de malières premières, ni de main-d'œuvre.

Le personnel des poudres et salpêlres jouissait de certains pri-

vilèges. Tourny les confirma et les précisa, d'abord par un acte dalé du 3 janvier 1744 1, el surtout par sa grande ordonnance du 22 janvier 1716 ?. Les salpêtriers furent exonérés du logement des gens de guerre; ils lurent en outre déclarés exempts de « tutelle, curatelle, collecte, guet, garde, milice, corvées el autres charges publiques.» Les propriélaires des maisons qu'ils occupaient ne pouvaient leur donner congé sans la permission expresse de l’intendant; leurs instruments de travail ne pouvaient être saisis sous aucun prétexte. En vue d'encourager leurs énfants à devenir poudriers à leur tour, Tourny leur promit l’exemplion de la milice ; il leur suffirait, pour être exempls, de venir travailler aux poudres pendant trois mois #. Beaucoup profitèrent de l’aubaine: certains se firent un malin plaisir de tourner le règlement, ils se contenterent de venir travailler pendant les trois mois qui précédaient le tirage au sort, et le lendemain, ils quittaient le travail, sans plus de façon. On les dénonça, et l’inlendant pril contre eux des mesures sévères. [l les obligea à redevenir ouvriers pendant six mois, laulé de quoi, ils seraient « censés fuyards de la milice, et déclarés miliciens de droit au lieu et place de ceux qui les auront fait arrêter #. » La plupart sans doute revinrent au travail, et de cette facon la main-d'œuvre fut abondante.

En même lemps, les matières premières élaientréquisitionnées, comme le chanvre de lout à l'heure. Les maisons durent s'ouvrir aux chercheurs de salpètre; Tourny n'admil d’exceplion que pour les convents. Les terrains vagues furent livrés à l'exploitation des salpêtriers. Les architectes ou entrepreneurs eurent à Îles avertir avant de commencer toute démolilion. Pour éviter l'inconvénient des visites domiciliaires, les propriétaires auraient pu être tentés

À 02 1..A. D., Gir., C3, 3 janvier 1744, ordonnance de Tourny. 2. A. D., Gir., C4, C 2172, C 2174 et A. C.,Bordeaux, documents non classés, 22 janvier 1744, ordonnance de Tourny: son importance est soulignée par le nombre des

exemplaires qu'on en retrouve. .

3. Dix ans plus tard, au cours de la guerre de Sept ans, Tourny devait se mon-

trer également favorable aux poudriers et salpêtriers. 4. À. D., Gir.. C 4 et C 2174, 5 septembre 1747, ordonnance de Tourny. Il est

fait allusion aux abus dans l'exposé des motifs.

de soudoyer les employés de l'adjudicataire,; l'ordonnance du 22 janvier 1746 prévoit le cas : elle interdit formellement aux chercheurs de salpêtre de se laisser acheter.

Le bois de bourdaine élant indispensable à la fabrication des poudres, les vanniers perdent le droit d'en employer; il ne doit servir qu'au sieur Primard : « Ordonnons, écril TournY, à ceux qui ont de ces bois en âge d’être exploités, de faire les coupes dont ils seront requis par les commis ou préposés, el de les leur vendre au prix fixé !. »

Dans les cas de nécessilé, tous les moyens de transport sont réservés pour le service des- poudres. Les maires, jurats, consuls et syndics des villes, bourgs et paroisses sont chargés d'y tenir la main, sous le contrôle des subdélégués. Les charreliers ne peuvent exiger que le prix ordinaire ; les contrevenants sont passibles « d’amendes arbitraires, selon l'exigence des cas ?. »

Il n'est pas jusqu'au cours d'eau du moulin à poudre, la jalle de Saint-Médard, que Tourny ne réquisilionne ; en amont comme en aval, les propriétaires riverains seront tenus de faire « nettoyer el curer le canal de la dite jalle *. »

L'adjudica'aire des poudres se sent très fort; il réclame sans cesse, el iloblient loujours de nouveaux avantages. L'inlendant se garde bien de les lui marchander. Dans son ordonnance de janvier 1746, non seulement il interdit la manutenlion du salpêtre à quiconque n'a pas l'autorisation de Primard, mais encore il le dispense d'acquitter les droits ordinaires perçus par les Fermiers. Le jour vient où devenu mailre absolu du marché, le fabricant abuse de sa situation : il autorise des malfaçons pour diminuer le prix de revient'et il vend la poudre, d'autre part, le plus cher possible. En vue de réprimer ces abus, dès le 4 mai 1744, Tourny propose au contrôleur général des’ mesures sévères contre le directeur des poudres. La qualité du produit ne doit pas diminuer

1. À. D., Gir., C-4 et C 2174, 27 avril 1747, ordonnance de Tourny prise en exécution de différents arrêts du Conseil, qui réservent le bois de bourdaine pour la fourniture des poudres.

2. A. D., Gir., G 4 et C 2174, 10 mai 1746, ordonnance de Taurny rendue à la demande du sieur Primard, qui se plaint de ne pas trouver des bouviers, à prix d'argent, pour le transport de tous matériaux utiles à son industrie.

3. A. D., Gir., C4 et G 2172, 30 août 1746, ordonnance de Tourny rendue encore sur requête de Primard.

à mesure que la production augmente. En conséquence, les matières qui entrent dans la composition de la poudre seront batlues, non pas seulement pendant douze heures, mais, comme par le passé, vingt-quatre heures durant. Le prix de vente est fixé une fois pour loutes. L'intendanl songe même à donner à ses prescriptions un effet rétroaclif : le fabricant est menacé d'avoir à rembourser l’excédent qu'il a perçu sans autorisation préalable !.

Plus tard, pour donner aux capilaines de navire le maximum de commodités, Tourny demande et obtient l'établissement d’un nouveau magasin à poudre, sur la rive droite, celle de Bassens, en face de Bordeaux ?.

Appelé à connaître de toutes les contestations concernant les poudres, chargé du contrôle direct de leur fabrication, l'intendant S'acquilte de son rôle avec un zèle et une clairvoyance qui ne laissent rien à désirer.

Page 1