‹ TournyChapitre 142 sur 494 · Marie de Saint Georges, op. cit., p · texte numérisé non relu

Marie de Saint Georges, op. cit., p

2. C'est un jour de dimanche que choisit, par exemple, Dumas, le subdélégué de Libourne, d'après les ordres qu'il a reçus de Tourny. A. €., Libourne, BB 23, 26 décembre 1744, lettre transcrite dans le registre de délibérations. Ailleurs, l'opération eut lieu plusieurs jours de suit», comme à Bordeaux, en 1748 A2 D: Gir 03; ordonnances de Tourny du 4 septembre 1743, ou encore en deux fois et à deux jours d'intervalle, comme on le voit dans la note qui suit.

3. Voici l’article 1 de l’ordonnanee de Tourny du 16 janvier 1744, A. C., Agen, EE 3. «Ordonnons que dans la ville, communauté ou paroisse dont le nom sera désigné à la tête de la présente ordonnance, il sera tiré au sort pour le nombre de miliciens qui y sera fixé, entre les garçons de l’âge et des qualités requises et à leur défaut entre les gens mariés, laquélle opération sera faite le 8° et 10° février prochain, dans la forme prescrite par notre ordonnance du 3 août de l’année dernière, devant le sieur de Couloussac, notre subdélégué. »

4. Voir, sur ces ordonnances, Gébelin, Les milices provinciales, p.77. — et P, Viollet, Le Roi el ses Minisires, p. 389,

de ces règlements, le recrutement s'étend aux plus grande villes et à Bordeaux en particulier,

Toutesles corporations quine sont pas répulées exemples, comme les avocats, procureurs, notaires, médecins et chirurgiens, juges, maîtres et écoliers etc.…, ont à fournir un certain nombre de miliciens. Les bayles et syndics de ces communautés sont chargés, comme les syndics des paroisses dans les campagnes, de remettre la liste de tous les garçons de leur corps. Pour les simples journaliers, dont les métiers ne sont pas jurés, comme les porteurs de chaises par exemple, ils doivent se présenter tous ensemble et à la même heure à l'hôtel de ville, en vue de l’établissement de la liste en question. On procède ensuite au tirage au sort: « Le sort sera tiré en notre présence, lit-on dans l’ordonnance adressée par Tourny aux porteurs de chaises, à compter jusqu'à 20 miliciens. Ceux que le sort aura désignés ne pourront pas quitter la ville sans autorisation, à peine de galères perpétuelles !. » Tous les corps n’exécutent pas d'emblée les instructions de l’intendant. En leur nom, les autorités locales assiègent le marquis de leurs doléances: suivant elles, le nombre de miliciens à fournir est toujours trop élevé ?.

Pour les campagnes, Tourny prend chaque année une ordonnance qui décide dans quelles conditions sera fait le recrutement. La première en date est du 3 août 1743%. Les intéressés sont prévenus par des billets dits d'avertissement 4. Ceux que le sort désigne sont conduits par leurs syndics à l'endroit indiqué par l'inten-

1. A. D., Gir., G 3, ordonnance de Tourny du 4 septembre 1743, applicable aux porteurs de chaises. ,

2. Ce nombre était fixé par le roi; pour chaque généralité, l’intendant se chargeait de la répartition entre les communautés, suivant le mode établi pour la répartition des charges financières. — Cf. Gébelin, Les milices provinciales, p. 99. Tourny répondit le plus souvent par un refus aux demandes de réduction présentées par les communautés. Pour en finir avec les réclamations, le marquis se hâte de convoquer les miliciens, en vue de leur donner. les instructions de départ, A. D., Gir., C3, ordonnances de l'intendant des 20 et 21 octobre 1743 aux miliciens portefaix et porteurs de chaises.

3. Elle ne figure pas dans la collection des ordonnances de Tourny, rassemblées dans la liasse C 3 des Archives de la Gironde. -Les instructions qu'elle renferme sont d’ailleurs reproduites, pour la plupart, dans les ordonnances similaires des années suivantes.

4. Le subdélégué Dumas, de Libourne, en joint un certain nombre à sa lettre circulaire du 26 décembre 1744, A. C., Libourne, B B 3.

dant, en même lemps que les surnuméraires de la dernière levée. Pour chaque milicien, le syndic verse au subdélégué 31 1. Cette imposition pèse, avec les frais d'achat des souliers, sur « le général des habitants » de chaque paroisse ou communauté !. Par son ordonnance du 20 mai 1744, l'intendant donna les ordres nécessaires pour le renouvellement des syndics de milice, en exercice depuis 1738 : ils devaient être élus dans les formes ordinaires: le commissaire déparli pouvait les nommer d'office, si l'assemblée électorale ne se réunissait pas. On devait les choisir parmi les habitants «les plus aisés et les plus intelligents. » Leur charge de syndics de milice ne les dispensait ni de la collecte, ni du syndicat annuel de leur paroisse. « Les villes qui avaient un maire, des jurats ou des consuls, n'avaient pas à nommer de syndics de milice. Les officiers municipaux étaient appelés à en remplir les fonctions 2. »

Pour éviter des irrégularités dans les comptes des syndics, l’intendant établit un tarif pour leurs frais particuliers. Désormais les rôles de dépenses ne pourraient être rendus exécutoires que par les subdélégués qui « y comprendront la facon et le papier de chaque rôle. « Je vous prie, leur écrivait Tourny, de vous conformer à ce que dessus pour la partie qui vous concerne, et de tenir du montant de chaque rôle un état exact, qui présente chaque nature de dépense, en autant de colonnes, pour m'être par vous envoyés, après l'entière opération *. »

Pour les exemptions, l’intendant empêcha qu'elles ne fussent multipliées à plaisir {. Quand les avocats se mirent en grève, il les menaça de les soumettre à la milice . Il n'octroyait de dispenses qu'à bon escient, et suivant les nécessités, soit aux ouvriers employés aux industries de guerre 6, soit aux fils des gros commerçants 7, soit aux jeunes gens doués de qualités exceptionnelles,

1. A. D., Gir., C 3, 16 janvier 1744, ordonnance de Tourny pour la milice de 1744. Un exemplaire imprimé de cette ordonnance se trouve dans Îles Archives d'Agen, À. C., EE 3. É

3. À. D., Gir., C 3423, 4 mars 1752, circulaire de Tourny à ses subdélégués.

4. Les règlements laissaient aux intendants le soin de prononcer sur les cas d'exemption, Gébelin, op. cit., p. 82.

5. Voir, à ce sujet, A. D., Gir., C 3623, 14 mars 1749, lettre de Tourny à Saint- Florentin, et A. C., Bordeaux, délibérations des 4 et 6 décembre 1751.

7. Les jurats de Libourne consignèrent dans leur registre de délibérations les propos que Tourny aurait tenus à ce sujet, A. C., Libourne, B B 25, 8 janvier 1748.

comme ce sieur Coste qui excellait, nous dit-on, « pour des travaux du moyen âge !. »

En cas de troubles survenus au moment du tirage au sort, c'est l'intendant qui prend à l'égard des perturbateurs les sanctions nécessaires ?. Il intervient encore dans la poursuite et dans le jugement des déserteurs ?. Quand il s'agit de pourvoir à la défense de la province contre un débarquement possible, il collabore avec les autorités locales pour armer, non seulement les milices bourgeoises, mais en outre les gardes-côtes.

IL — Fournitures pour les Armées.

Laissant plutôt aux subdélégués le délail des opérations de milice, le commissaire départi prend un intérêt particulier à l'armement, à l'équipement, au ravitaillement. Il centralise tout ce qui constitue de nos jours le service de l'Intendance, tant pour l'armée de terre que pour l’armée de mer. En ce qui concerne l'équipement et l’approvisionnement de l'armée de terre, il y pourvoit par des adjudications. Tourny les fait échoir assez souvent à Beaujon, le grand négociant qui l'avait aidé à conjurer la famine de Limoges !.

Le service des haras est placé sous le contrôle direct de l'intendant. Dès le mois de janvier 1744, Tourny adresse au Pouvoir central un état, par colonnes, des haras de sa généralité®; il s'occupe de la situation des garde-étalons qui se plaignent de ne

1. À. D., Gir., C 314, mars 1754, demande de dispense et autorisation.

2. A. C., La Réole, B B 24, 27 janvier 1747, enregistrement d'une ordonnance de Tourny condamnant un bourgeois à 360 1. d'amende pour avoir troublé le tirage au sort de la milice par « toutes sortes de moyens et de mauvais discours, pour porter les garçons à la désobéissance. » Le fait est rapporté par Octave Gauban, Histoire de la Réole, p. 263. 3

3. Cf. A, D., Gir., C 416, 16 mars 1757. Sur la question des déserleurs, voir Babeau, La vie mililaire dans l'ancien régime, p. 32%.

4. A. D., Gir., G 1400, 2% août 1747, adjudication de l'approvisionnement des troupes de Blaye donnée à Beaujon. A. D., Gir., C 37%, 9 avril 1744, reçu de Beaujon pour une somme à lui versée par Cholet, trésorier de la ville de Bordeaux, en paiement d'équipements de miliciens.

5. État des haras, pour les diverses subdélégations, pour janvier 1744, A. D., Gir., C 1561. ;

pas jouir de la totalité de leurs privilèges !; il envoie aux communautés, aux abbés, aux curés, aux gentilhommes... l'extrait du règlement du Conseil du 22 février 1717, concernant le service des haras. Le sieur Gorse, commissaire inspecteur, est chargé de rendre comple des contraventions ?. Lors de l’épizoolie de 1748, l’intendant de Bordeaux donne encore des ordres pour qu’on abatte les chevaux atteints ds la morve #. Enfin, quand d'Argenson remplace Maurepas, en 1749, à la direction générale des haras, Tourny le renseigne sur le fonctionnement du service dans sa généralité. Nous apprenons ainsi, qu'en Basse-Guienne, le service est partagé entre deux inspecteurs, l’un pour l'élection de Bordeaux, le second pour les quatre autres; celui-ci a 10 étalons royaux et approuvés ; celui-là ne dispose que de 6 royaux et de 19 approuvés {.

En ce qui concerne la marine, le ministre échange nombre de lettres avec Tourny pour la fourniture des canons, qui est attribuée au marquis de Montalembert, de même que pour la voiture des bois de construction *.

Ce qui regarde plus spécialement l'intendant de Bordeaux, c’est la question du chanvre employé pour les voiles et les cordages. Le port de Rochefort en avait le plus grand besoin et la récolte n'avait pas élé abondante. Par une première ordonnance, datée du 31 octobre 1746, Tourny interdit le transport des chanvres en dehors de la généralité et taxe le prix du quintal à 22 1., sous peine de confiscation et de 1000 1. d'amende 7. Par une seconde ordonnance du 28 novembre, il impose aux producteurs et aux vendeurs la déclaration de leurs stocks, et la vente obligatoire aux commissaires du sieur Violette, entrepreneur de la fourniture des chanvres nécessaires pour le service du port de Rochefort®. C'est le système de la réquisition faisant suite à celui de la taxe.

1. A. D., Gir., C 3, 1 décembre 1743, ordonnance pour enquête.

3. A. D., Gir., C 264, 16 février 1748, commission au sieur Gorse, commissaire inspecteur des haras. ;

4. A. D., Gir., C 1561, minute-lettre de Tourny à d'Argenson.

5. Voir Archives de la marine aux Archives nationales B?341, passim.

6. Ce renseignement est donné par Tourny dans une lettre à Maurepas, où il expose au ministre l’état des stocks et celui des prix, A. D., Gir., C 1662, 31 octobre 1746.

Les « détenteurs de chanvre », comme nos modernes accapareurs, refusérent de vendre leur chanvre au cours de la taxe ; ils invoquaient peut-être les dires des subdélégués qui auraient admis une hausse!. Comme le sieur Violette se trouvait ainsi arrêté dans ses achats, Tourny ne put s'empêcher de prendre une nouvelle ordonnance ?. Deux mois plus tard, l'entrepreneur ayant presque achevé de remplir son mandat, l'intendant rendit au commerce sa liberté *.

IIL — La question des Poudres. ‘

Tourny en usa pareiïllement pour la question plus importante encore des poudres et salpêtres. C’est là qu'on voit le mieux à quelles mesures exceptionnelles il a recours, quand il s’agit du ravitaillement de l'armée en temps de guerre. Ces mesures ont été depuis lors reprises bien des fois.

En 1746, l’armée et la marine manquaient de poudre. Dans une lettre du 17 septembre 1746, le contrôleur général jetait le cri d'alarme : « 11 est absolument nécessaire, écrivait-il, d'augmenter en France la récolle du salpêtre, qui a été très négligée 5. » Dix jours plus tard, Tourny lui répondait : « J'ai prévenu vos intentions », el à l'appui de cette affirmation péremptoire, il lui faisait parvenir lout un dossier composé des principales ordonnances qu'il avait rendues sur la matière 5. Les mesures prises avaient produit les meilleurs résullats. Le sieur Charles Primard, adjudi-

1. Dans sa lettre à Maurepas, datée du 31 octobre 1746, Tourny rend compte au ministre de l'avis exprimé par ses subdélégués, A. D., Gir., C 1663.

?. Peut-être le prix fixé par Touruy était-il trop peu élevé. En tout cas, l'ordonnance du 29 décembre 1746 prescrit la déclaration des stocks sous peiné de confiscation et l'interdiction de vendre à d'autres qu'aux commissaires du sieur Violette. rest le système de la réquisition, A. D., Gir., C 1663, 29 décembre 1746, ordonnance de Tourny.

3. À. D., Gir., C 4 et C 1663, 23 février 1747, ordonnance de Tourny levant les prohibitions sur le commerce des chanvres.

4. Nous avons fait paraitre, sur ce sujet, un article intitulé, Tourny et la question des poudres, Revue philomalique de Bordeaux, 1917, p. 49, sqq. Nous en reprenons ici l'essentiel.

9. A. D., Gir., G 2174, 17 septembre 1746, lettre de Machault à Tourny.

6. A, D., Gir., C 2174, 27 septembre 1746, lettre de Tourny à Machault.

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