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II. — La Politique de Machault

La politique qu'adopta Machault lui fut dictée par les circonstances. Elle avait à remplir les conditions auxquelles Philibert Orry n'avait pas cru devoir souscrire, el où le public voyait, comme l'écrit Madame de Grancey, la menace de son malheur !.

Orry s'était obstiné à manquer de complaisance à l'égard des frères Paris, protégés de Madame de Pompadour, quand ils lui avaient demandé de signer des marchés très importants pour la. fourniture des armées. Les frères Paris auraient dit alors « qu'ils ne se mêleraient plus d'aucune affaire tant qu'ils auraient à traiter avec M. Orry ?. »

En second lieu, le-contrôleur général avait commis l'imprudence insigne de souhaiter ouvertement la fin de la guerre, à un moment où le roi se proposait de la conduire lui-même triomphalement. Philibert Orry voyait venir le jour prochain où les impositions ne pourraient plus suffire aux dépenses, et il jugeait opportun de limiter ces dépenses, dans la certitude où il était de ne pas pouvoir assurer un plus fort rendement de l'impôt.

Machaull, qui avaitaccepté sa succession après avoir longuement hésité, ne pouvait s'empêcher ni de donner satisfaction aux grands financiers, pour mettre les frères Paris de son côté, ni de fournir au roi les ressources nécessaires à la conduite d'une guerre qu'il faisait sienne.

À cela près, le nouveau contrôleur général semblait vouloir rester dans la tradition. Telle fut sans doute son intention, puisqu'il conserva la maison de son prédécesseur, et tel ful aussi le dessein du roi, puisqu'au lieu de renvoyer Orry brutalement, il fit tout ce qu'il put pour adoucir sa disgrâce, allant même jusqu'à lui dire

1. Sur ces conditions, ce sont, cette fois, les mémoires qui nous renseignent. 2. Propos rapporté par le duc de Luynes, Mémoires, t. vi, p.119, 7 novembre 1745.

qu'il le laissait partir pour le premier de l'an, mais à la condition expresse qu'il ne manquerail pas d'être de retour à la Chandeleur 1.

Orry, écarté malgré tont des affaires, mourut deux ans plus tard, avant que Son successeur, préoccupé luujours de remplir le Trésor, ait pu faire mieux que d'imaginer des imposilions nouvelles. Orry avail élabli le troisième dixième à la date du 1%, octobre 1741 : :l avait fait encore ajouter deux sous pour livre à la capitalion, en vertu d'un arrêt du Conseil du 5 juin 1744 ?, Machault, renchérissant, mil à son Lour deux sous pour livre en supplément au dixième, au mois de décembre 1746, et deux autres de plus à la capitation, conformément à l'arrêt du Conseil du 18 décembre 1747 3.

Il faisait, par ailleurs, l'impossible pour acliver el pour grossir les rentrées, pour procurer au Trésor d'importants versements d'argent liquide, sans parvenir à empêcher les intendants de monter la garde jalousement devant leur province, de ménager la bourse de leurs administrés, d'adoucir le régime des contraintes, d'obtenir, comme Tourny l’obtint pour 1748, un moins imposé de 500.000 1. 1

Si les intendants n'avaient pas songé à faire prévaloir, dans la détresse de leur province, le service du public sur le service du roi, le bien public sur la raison d’État, l'administration de Machault, pendant les années 1746, 1747 et 1748, aurail pu leur en donner l'idée.

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