CHAPITRE XVI
L'Aggravation de la Crise économique
et l'Administration de l’Intendant.
L La Crise économique. — Il. La Question des Convois. __ II Les Assurances maritimes. — Î[V. La Lutte contre la Monoculture. EN} fes Achats de Grains.
[I — La Crise économique.
Nul ne comprenait mieux que l’intendant la gravité de la crise que la province traversail. Le roi et les ministres étaient trop loin pour s'en émouvoir. Tourny, qui élait arrivé dans sa généralité de Bordeaux avec l'espoir dela mettre hors de pair, constatait tristement que son sort élail menacé et qu'il devait commencer par la sauver, avant de penser à la décorer et à l'embellir. Il s'apitoyait en particulier sur les malheurs de Bordeaux, « de cette ville la mieux disposée pour les grands ports du commerce, qui peut d'ici vingt ans augmenter du tiers en étendue, en habitants, en maisons
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el en richesses. Que je regrette, ajoulait:il encore en 1752, que depuis 9 ans que j'y suis, il ÿ
récolte. Sic f'ala tulissent..….\,
ail loujours guerre où mauvaise
La généralité de Guienne souffrait de l'augmentation des impôts, et aussi, el bien davantage, des ruines causées par la guerre et de la médiocrité des récoltes.
En Lemps ordinaire, la province ne produisait pas assez de grains pour la consommation locale. «La Guyenne nous épuise pour sa propre subsistance », écrivait. dès le débul du XVIII siècle, un intendant de la généralité de Rennes d’où les négociants de Bordeaux faisaient venir leurs grains? Vers 1730, le déficit annuel pouvait être évalué à 316: 00 seliers de Paris ?. Pendant les premières années de l’intendance de Tourny, le déficit augmenta, parce que la production locale fut au-dessous de la moyenne. La récolte de 1742 allait de la moitié aux deux liers de la production normale ; celle de 1743 arriva aux deux üers : celle de 1744 était médiocre ; celle de 1745 atteignit les trois quarts ; celle de 1746 la moitié et celle de 1747 le quart à peine. Il faut venir à 1752 pour retrouver le rendement normal et à 1754 pour rencontrer une production surabondante 4.
La vigne, qui faisait la richesse de. la Guiénne, à laquelle les habilants avaient tout sacrifié, coûtait cher el rapportait peu. Er 1742, le vin avait été abondant, mais de qualité médiocre. La récolte de 1743 fut du tiers à la moilié de la produclion normale, celle de 1744 de la moitié aux trois quarts. L'année 1745 fut mauvaise pour la quantité et la qualité. Pour les années suivantes, les conditions furent un peu plus favorables, mais cette amélioralion ne servil guère, puisque la guerre suspendait les expédilions. Le vin avait beau être bon et abondant, il resta dans les chais 5.
La guerre paralysait le commerce. Les corsaires empêchaient l’arrivage des grains el l'exportation des vins. Les navires se risquaient bien à Lenter le voyage, mais beaucoup se perdaient. En
AND; Gir., C 2403, 16 septembre 1752, lettre de Tourny.
2. Lettre du 6 février 1709, de Boislisle, t. ur, citée par Benzacar, Règles économiques de l'administration d'Aubert de Tourny.
3. B. M., Bordeaux, fonds de l'Académie, mémoire de l'abbé Bellet.
4. Cf. le tableau dressé par Benzacar, Règles économiques de l'administration d'Auber! de Tourny, p. 27. |
5. [bidem. — et A, D., Gir., C 1448, 27 mars 1744, lettre de Tourny,
septembre 1744, on apprit, par un seul courrier, la perte de 8 vaissaux représentant un capital de près de deux millions !. Ces désastres atleignaient également les propriélaires des navires, les armaleurs, les négociants et aussi les viliculleurs el le grand public. Bordeaux, réduit à tourner le dos à l'Océan, n'élait plus dans son rôle et ne pouvait plus vivre.
Tourny qui avait remarqué, dès son arrivée, l'air morne de sa capilale ?, voyail avec peine que la conslernalion y devenait Lous les jours plus profonde, plus générale. Il écrivait le 1° mars 1745: « Tout le monde sait que la mauvaise qualité du vin de 1742 en empêcha la vente; ceux de-1743, un peu meilleurs, auraient élé peut-être consommés par l'étranger, si la déclaralion de la guerre contre les Anglais ne fût survenue; à l'instant, le commerce se trouva suspendu... Le crédit a disparu avec le commerce; le désordre des affaires a fait naître la méfiance et a resserré l'argent au point qu'il est devenu d’une rarelé étonnante sur la place *. »
II — La Question des Convois.
L'intendant se préoccupa de garantir, dans la mesure du possible, la sécurité des navires marchands, en obtenant que le rot mîl à sa disposition des vaisseaux de guerre. Dans l'esprit des commercants du grand port, la marine royale aurait dû, non seulement convoyer les navires en haute mer, mais aussi assurer un service de patrouilles à l'entrée de la Gironde.
La question fut agitée entre Tourny et le contrôleur général, dès la fin du mois de septembre 1743. Dès cette époque, il semblait entendu que des mesures seraient prises, et que la ville de Bordeaux y contribuerait de ses deniers {. Maurepas, ministre de la marine, offril un peu plus tard d’affecter un bâtiment à la défense
1. Brives-Cazes, Épisodes du syslème prohibitif en Guienne, 1725-1752, dans les Acles de l'Académie de Bordeaux, 3° série, 42° année, 1880, p. 268.