Marion, Une famine en Guienne, tirage ANpatt pee
3. À. D., Gir. C 1374, 9 septembre 1747, lettre de Tourny au contrôleur général.
avait-il pas là un précédent dangereux, dont on pourrait s'autoriser plus lard, à loute occasion, pour suspendre la liberté du commerce ! ? Tourny se laissa facilement convaincre, d'autant qu'il craignait toujours d’être pris au dépourvu. Il demandait sans cesse plus de grains. Son raisonnement élait le suivant : plus il y aurait de commissionnaires, plus nombreux seraient les achats. Cet avis finit par l'emporter, même auprès de Bouret.
Le 12 septembre, le fermier général consentait à faciliter l'arrivage des blés de Bretagne achetés par cinq négociants. Le lendemain, J’intendant convoquaif chez lui 25 des commerçants Îles plus accrédités de la place; il les invilait à se mettre en corps de société, pour assurer l’approvisionnement de la ville et de la généralité ; s'ils refusaient, ils perdraient le droit de se plaindre de l'avantage fait à Ribes?. Les 25 négociants se firent longtemps prier. Le 14, huit acceptèrent, sur les instances de Tourny : c'élaient les sieurs Beaujon, Legris, Floch, Vignes, Jarreau, Delmestre, Treilhes et le Chevalier. Le 15, la convention élait signée entre les jurats et les négociants, « conjointement et solidairement avec le sieur Ribes % », les conditions du marché restant sensiblement les mêmes f. | |
Entre les deux systèmes, il y avait cependant une différence capitale. À cause du nombre des commissionnaires associés, le secret de l'opération allait être beaucoup plus difficile à garder. «J'avais bien prévu, écrivait plus tard Machault à Tourny, qu'aussitôl que plusieurs personnes seraient dépositaires d'un secret aussi important que celui qu'il fallait garder pour laisser ignorer aux Bretons qu'ils étaient destinés à vous envoyer les ressources
1. A. D., Gir., C 1372, mémoire lu le 13 septembre 1747. Voir, pour la suite de l'affaire, les délibérations de jurade, A. C., Bordeaux, B B, 10 septembre et jours suivants.
2. A. D., Gir., ( 1372, 13 septembre 1747, lettre de Tourny au contrôleur général, sous forme de compte rendu.
3. Le détail des articles de la convention est consigné dans le procès-verbal de délibération de jurade du 15 septembre 1747. Il est reproduit, avec le rôle imparti à chaque négociant, dans Bernadau, Spicilège, t. Lir, n° 107, 713: à la bibliothèque municipale de Bordeaux. La convention une fois conclue, Bouret se dispose à partir. Il doit passer en Haute-Guienne, d'où il gagnera le Languedoc. Son départ semble avoir été retardé jusqu'aux premiers jours d'octobre, A. D., Gir.. C 1378, lettre de Tourny à Lescalopier, intendant de Montauban.
4. C’est du moins l'impression que Tourny s'efforce de faire admettre, A. D., Gir,, C 1378, 17 septembre 1747, lettre de Tourny. -
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dont vous auriez besoin, il serait promptement divulgué et que ces derniers chercheraient à lirer tout l'avantage que votre silualion leur paraît procurer !. »
Tout va bien d'abord : l’intendant se déclare salisfait, il admire Bouret, il parle, il ose parler, un peu prématurément, « de la tranquillité où nous sommes, dit-il, sur le fait des grains. » Il offre . même aux généralités voisines de les ravilailler ?.
Mais peu à peu la situation se gâle: les Anglais relardent l'arrivée des convois ; les Brelons s'émeuvent de voir partir leurs blés. Tourny veut orienter les opérations des négociants vers Île Languedoc, mais la crainte de la famine se répand {rès vite dans cette région déjà éprouvée. Bouret s'y trouve d’ailleurs, 11 y est occupé à négocier des achats pour le compte de quelques provinces, par ordre exprès du roi. Tourny voit avec peine qu'on lui refuse la préférence #. Finalement, le « resserrement des blés » s'accentue encore. Le marché de Bordeaux se vide tout à fait; l’intendant a le courage de se retourner vers Machaultt. Le ministre répond brutalement : Pourquoi a-t-on forcé la main à Bouret? Pourquoi avoir rendu son voyage inutile ? « Tout le mal vient des Bordelais. » Leurs opérations exposent les autres provinces et la Brelagne même à la disette. Les négociants de la Compagnie d'approvisionnement se sont présentés comme des sauveurs. Que la province se retourne vers eux ! « Le mal est fait..., comme ma vue, ajoute-t-il, n’est pas ici de vous rien proposer, je m'en tiens à vous dire que, puisque la ville de Bordeaux à plus de confiance dans ces négo-
ciants que dans l’homme que le Roi... m'avait ordonné de vous
envoyer, il faut que ce soit par ces mêmes négociants que la ville de Bordeaux soit secourue °. »
PA D:. Gir, C1974 1 décembre.1747, lettre de Machault à Tourny.
2. À. D., Gir., C 1378, 4 octobre 1747, lettre de Tourny à Lescalopier.
3. L'intendant Le Nain, de Toulouse, s'excuse de ne pouvoir ravitailler la généralité de Bordeaux. A. D., Gir., C 1378, 16 novembre 1747, lettre de Le Nain.
4. « Le peuple de cette ville commence à murmurer, même à s’agiter, dit Tourny
Machault... Il crie contre les Jurats, contre les négociants entrepreneurs, contre moi.» À. D., Gir., C 1374, 28 novembre 1747 : ;
5. A. D.. Gir., C 1374, 1* décembre 1747, lettre de Machault à Tourny. C’est un véritable réquisitoire. Le contrôleur général laissait assez voir sa mauvaise humeur, pour que M": de Grancey jugeät bon d'en écrire à son frère : « L'homme qui a été là-bas de sa part inutilement l'a fort choqué », lui mandait-elle, A. P., Comte de Grancey, 29 janvier 1748, lettre de M": de Grancey.
Ainsi lé contrôleur général, lassé de voir les iniliatives locales traverser l'exéculiondeson système, abandonne la Guienne à son sort, el, malgré la demande pressante que lui adresse Tourny !, il attend qualre mois, de décembre à mars, pour rétablir la liberté du commerce, c'est-à-dire pour permellre aux négociants de Bordeaux
d'aller chercher des grains dans les centres producteurs.