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I. — L'Extension du Service du Roi

Les désastres de la guerre, les famines qui se sont succédé de 1747 à 1753, l'excès des rigueurs employées pour le recouvrement ont multiplié le nombre des pauvres. Ces misères créent pour l'intendant des devoirs nouveaux. Il ne lui suffit pas d’enrayer comme il peut les fléaux qu'il déplore ; quand le mal est fait, il se doit aux victimes et il intervient pour elles au nom du roi.

Il se sent encouragé dans sa tâche par l’opinion publique, qui

1. M. Benzacar a fait à l'assistance une place à part dans son étude intitulée : Règles économiques de l'administralion d'Aubert de Tourny, p. 39 sqq et p. 65 sqq.

commence à se passionner pour les œuvres d'assistance, et par le Pouvoir central qui, vers le même moment, pense à refondre toute l'organisation hospitalière !.

À l'ordinaire, les hôpitaux étaient administrés par des bureaux composés de l'archevêque ou de l’évêque, de présidents de Cour, de conseillers au Parlement ou au Présidial, de chanoines, de jurats, de consuls et de bourgeois notables 2. Le Pouvoir central intervenait pour contrôler la gestion des établissements, pour les

autoriser à bénéficier de certaines taxes *, pour nommer des admi-

nistrateurs !. Les affaires concernant les hôpitaux étaient comprises dans le ressort d’un intendant- des Finances qui s’adressait pour avis ou pour exécution aux intendants des généralités. En dehors de l'organisation hospitalière, l'assistance n'existait pas pour le Pouvoir central.

En cas de famine ou de guerre, quand un besoin plus particulier de secourir les populations se fait sentir, le Parlement prend des mesures par voie d'arrêts, et des Bureaux de charité se constituent dans les principaux centres avec le concours des mêmes personnages qui président à l'administration des hôpitaux 5. Les autorités locäles organisent sur place la distribution des secours, et si les nécessités deviennent par trop pressantes, elles sollicitent du monarque, à titre d'avance 5, de l'argent ou des grains à distribuer aux miséreux.

L'État ne se croit pas tenu de donner à chaque homme, suivant la formule de Montesquieu, « une subsistance assurée, la nourri-

1. Pour s'expliquer l'importance prise par l'assistance dans le cours du XVIII* siècle, on lira très utilement l'avant-propos du livre de M. Camille Bloch sur l'Assistance et l'Étal en France à la veille de la Révolution ; voir en particulier la page 111.

2. Cf., à ce sujet, les lettres patentes de janvier 1718 pour l'hôpital Saint-André de Bordeaux dans Lallemand, Histoire de la Charité, &. 1v, p. 336. |

3 A. N., 0!508, 1°" septembre 1749, dépêche à Tourny pour une question de taxe.

4. À. D., Gir., C 1694, 12 mars 1744, lettre d'Amelot à Tourny, pour le choix d'uu administrateur d'hôpital.

5. Les Bureaux de charité témoignent de la plus grande activité, à Agen par exemple, A. C., Agen, B R 77, et A. N., O1 508, 13 mai 1748, dépèche aux administrateurs du bureau d'Agen.

6. L'arrêt du 24 août 1756 ordonne « l'imposition en 1757 sur la généralité de Bordeaux de la somme de 56.697 1. 4 d. pour reste et parfait paiement de celle de 300.000 1. avancée par le Roi en 1751 et 1752, pour le soulagement des pauvres de la généralité. » A, N., H 1555, 24 août 1756, arrêt d'imposition,

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ture, un vêtement convenable et un genre de vie qui ne soit pas contraire à la santé !. » Ce sont les communautés qui se chargent elles-mêmes de pourvoir au soulagement de leurs misères, à la subsistance et à l'entretien de leurs pauvres. La commission des intendants ne prévoit aucune iniliative de leur part pour organiser les secours. Ils sont les hommes du roi, non pas les hommes des provinces.

Mais Tourny dépasse une lois de plus les termes de sa commission, comme il l’a fait pour la police, pour l'instruction publique, pour le service des armées, pour la lutte contre la famine et même pour la réorganisalion des finances, Il interprète au sens large le Service du Roï et il y trouve une place pour l'assistance, parce qu'il lui parait impossible de ne pas coordonner toutes les iniliatives locales, les efforts des communaulés et ceux des autorités, de ne pas faire profiter les provinces de la tutelle du Pouvoir central. Point n’est besoin sans doute de mettre toutes les misères à la charge du roi et du Trésor; mais quand l'heure est grave el qu'une intervention devient nécessaire, le roi et l’homme du roi ne sauraient rester au second plan.

Le Pouvoir ne fit pas de difficultés pour approuver le rôle nouveau que l’intendant lui attribuait et s'attribuait à lui-même ; il accepta de traiter avec lui les questions d'assistance. Quand Tourny eut à consulter le contrôleur général sur l’une d’entre elles, le ministre l’invita à se concerter avec l’évêque et le premier président; mais quand l’un de ces deux personnages en référa à son tour au ministre, celui-ci ne manqua jamais de le renvoyer à Tourny ?.

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