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IV. — L’Assistance par le Travail

Eu principe, l’intendant ne saurait admeltre que les assistés puissent être dispensés du travail. L'assistance ne doit pas encourager la paresse. C'est ainsi que dans l'ordonnance fondamentale de 1748, l’article VIT dispose expressément que les particuliers nourrissant des pauvres « pourront faire travailler ceux

1. C’est à des achats de grains que servirent en partie les 200.000 livres avancées par le roi en 1752 à la généralité de Bordeaux.

2. Tourny rend compte à Machault des mesures qu'il a prises dans sa lettre du 6 février 1752, A. D., Gir., C 1415.

3. Tous les grains distribués ne doivent pas servir à la fabrication du pain. Une partie est utilisée comme semences. Ces semences ne constituent qu'un prêt. L'ordonnance de Tourny, datée du 6 juin 1752, stipule cette réserve expressément: « Tous les particuliers de notre généralité, auxquels fut fait l'automne dernier un prêt de grains de semences en froment ou en seigle, seront tenus immédiatement après la prochaine récolte des dits grains d'y remeltre la même quantité en nature dans les greniers qui leur seront indiqués par les maire et consuls. » A. D., Gir:, C 1415.

4. Machault ne se montre pas favorable aux distributions de secours, parce que, suivant lui, elles ne peuvent avoir lieu sans abus, et que les aumônes sont de nature à encourager la paresse des pauvres, A. D., Gir., C 1415, 22 février 1752, lettre de Machault à Tourny. En matière d'assistance, le contrôleur général ne donne pas à l'intendant des ordres absolument formels ; il lui recommande plutôt des directions à suivre ; Tourny s'y conforme, tout en réservant sa liberté d'action.

5, A. D., Gir., CG 1415, 3 mai 1752, lettre de Tourny à Machault.

qui seront en élat d'être employés en leur donnant, outre ladite nourriture, 3 sous par jour. » Dans les cas où les pauvres ne voudraient pas se soumettre au travail, « lesdits particuliers, continue l'intendant, après avoir constalé du refus devant les Consuls, Syndics et principaux habitants, seront déchargés de leur nourriture, sur la requêle qu'ils nous présenteront, ou à nolre dit Subdélégué auquel nous enjoignons de tenir soigneusement la main!. » Les secours que l'on distribue doivent être pareillement réservés à ceux qui travaillent quand leurs charges sont trop grandes, ou à ceux que leur santé ou leur âge empéchent de s'employer, à l'exclusion de ceux que leur oisivelé rendrait seule misérables ?;

Le principe du travail obligatoire élant posé, Tourny le développe en préconisant à Bordeaux, comme à Limoges, l’assislance par le travail. Mais tandis que les pauvres du Limousin devaient être employés surtout aux filatures, ceux de Guienne le seront aux routes essentiellement. Dès 1747, peut-être même avant cette date, l'intendant recommande aux communautés d'embaucher les miséreux pour la réparation des chemins ; cet enrôlement des pauvres est une des raisons pour lesquelles les travaux publics intéressent Tourny et lui tiennent à cœur. A l'instigation du marquis qui les stimule, nombre de localités suivent l'exemple de Libourne, une des premières villes de Guienne qui sut employer les pauvres au nivellement des terrains ©.

Dans les endroits les plus favorables, l'intendant provoque l'établissement d'ateliers de charité {. Les documents en mentionnent à Bergerac, Marmande, La Réole, Villeneuve, Agen, ailleurs encore ÿ. Pour subvenir aux frais d'installation, Tourny

1. A. D., Gir., C 1399, 1748, l'ordonnance de Tourny déjà citée.

2. Ces dispositions figurent dans la lettre de Tourny au corps de ville de Libourne, lettre déjà citée, A. C., Libourne, BB 4, 23 juillet 1747. 4

3. Voir, à ce sujet, À C., Libourne, BB %, délibération du 15 novembre 1747, et Guinodie, Hisloire de Libourne, t. 1, p. 321.

4. C'est donc par erreur que Dupont de Nemours attribue à Turgot le mérite d'avoir créé, le premier, des ateliers de charité. Turgot, Œuvres, Dupont de Nemours, t. 1, p. 85. On peut croire que cette forme d'organisation remonte, comme tant d'autres, à l'époque de Colbert. Û

5. Charrier, Jurades de la ville de Bergerac, {. xir, p. 134 sqq. — A. C., Agen CC 444, 9 juillet 1752, — À, C., Monflanquin, BB 9, 9 avril 1752, etc.

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obtient, en 1748, un subside important de 80000 1. ! Ces ateliers font vivre quantité d'ouvriers ; les salaires y sont pour les hommes de 7 sols, pour les femmes de 5, pour les enfants de 4 ?.

Quand la crise économique s'aggrave, l'œuvre des ateliers de charité paraît au marquis ne pas suffire pour apporter aux misères un soulagement immédiat. « Le mal est trop grand, écrit-il, trop élendu, trop mulliplié #. » Il va renoncer à ses ateliers, quand le contrôleur général intervient ; les ouvriers, dit Machault, doivent rester à leur tâchef. L’intendant redoute d'imposer au Trésor des charges excessives ; il a peur aussi de mécontenter tous les pauvres qu'il ne peut employer. Ces craintes ne sont pas fondées. Les ateliers continuent à travailler dans les meilleures conditions. L’intendant y emploie la plus grande partie des 200.000 livres que le roi accorde, en 1752, aux quatre élections de Condom, d'Agen, de Sarlat et de Périgueux. Les ateliers se multiplient en même temps que s'accroît le nombre des ouvriers. Les maires, syndics et consuls des villes sont chargés, avec les subdélégués, de surveiller les ateliers et de contrôler le travail. L'assistance par le travail semble constituer comme une nouvelle fonction de l’administralion municipale et elle est placée, comme le service de distribution des secours, sous la haute direclion de l’intendant, représenté par ses subdélégués.

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