‹ TournyChapitre 192 sur 494 · V. — L'Hospitalisation · texte numérisé non relu

V. — L'Hospitalisation

Pour les hôpitaux de sa généralité de Bordeaux, Tourny ne paraît pas avoir voulu les transformer, comme ceux du Limousin, en organes de production, véritables annexes des manufactures. Les hôpitaux des villes de Guienne, à l'exceplion de ceux de Bordeaux, comptaient un trop petit nombre d'hospitalisés pour qu’ils pussent servir à la grande industrie, et à Bordeaux même l’activité industrielle s'effaçait si complètement devant l’activité commerciale que la main-d'œuvre devait manquer rarement aux

‘1. Mention en est faile dans la lettre de Tourny du 20 février 1748, A. D., Gir., (OR ir

4, À. D., Gir., G 1415, 3 mai 1752, lettre de Machault à Tourny.

manufacturiers. D'ailleurs, les prédécesseurs de Tourny avaient déjà organisé le travail dans certains établissements de charité. Dans l'hôpital de Bordeaux que l’on appelait « La Manufacture », on occupait couramment les malades à carder, à filer, à travailler la laine, au moins pour « leurs habillements » !; Sainte-Foy et Bazas auraient suivi l'exemple de Bordeaux, si l’on avait accru l'importance de leur hôpital ?. L’évêque de Périgueux, impressionné par le bel exemple de Limoges, proposa à Tourny l'établissement d’une filature à l'hôpital qu'il dirigeait; l'intendant s’intéressa au projet, mais l’entreprise-n'aboutit pas, parce que les circonstances étaient par trop défavorables #. I élait difficile de mettre à l'apprentissage un personnel qui sans cesse se renouvelait ; la guerre remplissait les hôpitaux de soldats, la famine les remplissait de miséreux épuisés par la faim ; les administrateurs avaient pour premier souci d'évacuer les malades le plus tôt possible, pour avoir conslamment des lits disponibles. « On ne saurait occuper les pauvres, dit le bureau de l'hôpital de Libourne, car dès qu'ils sont rétablis, on les met dehors #. »

La tâche qui s'imposait à Tourny en Guienne différait singulièrement de celle qu'il avail poursuivie à Limoges, et aussi de celle que s’élait proposée l’intendant Boucher, lorsqu'il avait pris le parti, en 1724, de rassembler tous les pauvres dans les hôpitaux *. Sous Tourny, lous les pauvres valides devaient être affectés aux alcliers de charité qui fonctionnaient en dehors des hôpitaux ; les maisons hospitalières ne devaient plus garder que les pauvres malades, incapables de travailler; les hôpilaux ne devaient plus fonctionner comme des refuges, mais comme des cliniques. L’intendant n'avait qu'à contrôler leur administration et à développer leurs ressources.

En 1749, M. de Boulongne, intendant dés finances, chargé

1. Mention en est faite dans le mémoire établi en 1750 pour l'hôpilal de la Manufacture de Bordeaux, A. D., Gir., E 45. s

2. A. D., Gir., C 1109, mémoires fournis pour l'hôpital de Bazas, 1749, et pour celui de Sainte-Foy, 1752. |

5. Voir l'instructive correspondance échangée entre l'évèque et Tourny, dans la liasse C 956 des Archives de la Gironde. La tentative était intéressante. Nous y reviendrons ultérieurement.

4. A, D., Gir.,. C1109, 2 octobre 1716. mémoire établi pour l'hôpital de Libourne.

5. LEE est mentionné dans le mémoire établi en 1750, pour l’hôpital de la Manufacture de Bordeaux.

spécialement de la question, demande à Tourny un compte rendu concernant la situalion des hôpitaux dans sa province !. En 1752, tous les hôpitaux, sauf un, ayant envoyé des mémoires, le ministre transmit à l'intendant ses observalions, tout en lui laissant la responsabilité des mesures à prendre. « Je ne voudrais rien proposer à M. le Garde des Sceaux, écrivait à Tourny M. de Boulongne que de concert avec vous ?. » Il lui mandait encore le 2 aont 1753: «A l'égard des réunions qui pourraient se faire pour donner plus de consistances aux hôpitaux de votre généralité, j'ai cru devoir, Monsieur, en relrancher le modèle, parce que M. le Garde des Sceaux s'est rapporté à votre prudence, comme élant plus en état que nous el bien plus à portée de connaître et de nous indiquer celles que vous jugerez les plus convenables et dont, sur votre avis, je lui rendrai compte dans le temps ?. »

La réponse de l'intendant est encore à trouver. Nous savons seulement qu'il réglementa à nouveau l'hospitalisation des mililaires, en prescrivant l'établissement de billets d’hôpilaux à l'entrée et à la sortie des malades, et en se faisant adresser, par l’intermédiaire de ses subdélégués, tous les billets sans exception, pour en tenir une complabilité régulière 4. Pour l'admission des civils dans les hôpilaux, il réduisit les formalités au minimum ; il obligea notamment les administrateurs à recevoir tous les malades porteurs d'un certificat régulier et à motiver leur refus, si les malades n'étaient pas admis ?. Enfin il eut le plus grand souci de grossir les ressources des formations hospitalières el de ne pas décourager le bon vouloir du personnel, qu'il fût laïque ou religieux.

1. A. D., Gir., C 1103, 10 octobre 1749, lettre de de Boulongne à Tourny.

2. A. D., Gir , C 1103, 9 novembre 1752, lettre de de Boulongne à Tourny.

3. A. D., Gir., C 1094, 2 août 1753, leltre de de Boulongne à Tourny.

4. Tous les documents relatifs à l'hospitalisation des militaires du temps de Tourny se trouvent dans la liasse C 1103 des Archives de la Gironde. Ce sont surtout des pièces de comptabilité. L'on ne se souciait guère alors de la statistique médicale. Sur le même sujet, voir A. Babeau, La vie militaire dans l’ancien régime, p. 212, sqq. :

5. Lettre de Tourny du 11 septembre 1747, adressée aux consuls de Périgueux, et transerile dans le registre de leurs délibérations, A. C., Périgueux, B B 30.

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