‹ TournyChapitre 194 sur 494 · Mabille, op. cit., p · texte numérisé non relu

Mabille, op. cit., p

8. 706 enfants trouvés de Bordeaux étaient placés chez des nourrices. Voici maintenant un exemple concernant les enfants des campagnes. Le curé de Bourgsur-Dordogne adresse une supplique au sujet de deux orphelins, l'un de 7 ans, l'autre de 16 mois. L'intendant renvoie la requète au juge royal de Bourg, « à l'effet de constater par un procès-verbal l'état des enfants en question et de pourvoir, par

Celle question du placement des enfants étail infiniment délicate. Quand les enfants placés mouraient chez leurs nourrices, ces dernières pratiquaient des substitutions pour continuer de recevoir l'indemnité allouée. Les curés, appelés à fournir des certificats, se laissaient tromper, ou bien se faisaient complices, «eroyant faire une action charitable 1.» Les nourrices ne prenaient pas toujours soin des enfants qu'on leur confiait: un contrôle s'imposait, une surveillance constante paraissait nécessaire.

L'intendant ÿ pourvut de son mieux en donnant commission à un Sieur Malineau de se transporter dans les différentes paroisses où les enfants étaient placés. Le sieur Malineau devait se faire présenter les enfants et conduire à leur sujel des enquêtes, en s'adjoignant, au besoin, deux cavaliers de la maréchaussée. Aux enfants qu'il aurait reconnus pour être les pupilles du roi, il mettrait aulour du cou « une corde en boyau, arrêtée aux deux bouts par une balle de plomb aplatie, sur laquelle on lirail : Enfants trouvés ». Toute confusion deviendrait par là impossible, et les seuls pupilles du roi resteraient à la charge du Trésor ?.

Le sieur Malineau opéra surlout dans les environs de Bordeaux. Pour l'Agenais, Tourny fut aidé dans sa lâche par un vrai bienfaiteur de l'enfance, le sieur Miraben, qui s’intitulait le « Père pitoyable des enfants trouvés d'Agen. » Le sieur Miraben plaçait les enfants; il s'enquérait par lui-même, au cours de fréquentes visiles, de la façon dont on les nourrissait et dont on les entretenail.

L'exemple que donnait Miraben fit lant d'impression sur Trudaine qu'il s'empressa d'attirer sur lui l'attention de l’intendant ?.

provision, à la nourriture et à l'entretien de celui de 16 mois, en le remettant à la garde d'une personne qui s'en chargera sur le pied le moins coûteux que faire se pourra, et seront les frais... payés tous les trois mois..., sur le domaine du Roi.» Le juge de Bourg conclut un marché sur le pied de 71. 10 s. par mois. Trudaine, à qui Tourny écrit, trouve le prix exorbitant, autant que le marquis lui-même. Il approuve cependant le marché, «si on ne peut pas mieux faire. » A. D., Gir., (1111 avril et mai 1744.

1. Note inachevée écrite de la main de Tourny, A. D., Gir., C 1094, %5 novembre 1745.

2. A. D., Gir., C 1094, 20 janvier 1746, minute d'une ordonnance de Tourny, corrigée par lui.

3. A. D., Gir., C 1111, 29 février 1744, lettre de Trudaine à Tourny. Trudaine déclare qu'il voudrait voir l'œuvre de Miraben s'étendre à toute la France,

Le marquis fit à son tour l'éloge de Miraben : « Je pense comme vous, Monsieur, que cet établissement élant très bon, doit êlre favorisé de tout ce qui peut servir à l'étendre, mais on y parviendra difficilement, faute de trouver dans les différentes villes où il pourrait avoir lieu des personnes aussi zélées el aussi actives pour l'objet que l'est le sieur Miraben !. »

S'il n'eut pas le bonheur de rencontrer, ni de former d'autres « Pères pitoyables », le marquis assura du moins le sieur Miraben dé sa protection et de son concours, dans ta mesure où les règlements le lui permirent. I n'accepla pas de laisser, à la charge du Trésor, les enfants en âge-de travailler et ses secrétaires reclifièrent à ce propos les états que Miraben fit parvenir à l'intendant ?; mais il soutint ouvertement le « Père piloyable », il prit sa défense contre ses ennemis, en le représentant comme élant investi d'une mission officielle, et il ne lui marchanda mi les exemptions ni les moins-imposés. Au moment de la famine, Tourny augmenta la rétribution des personnes chargées de l'entrelien des enfants, et les fit bénéficier de distributions de r1z *.

Sans se piquer de philanthropie, l'intendant, aidé de-ses subdélégués, des Communautés et de quelques rares bienfaiteurs, remportait ainsi des succès importants dans la lutte contre les misères.

1. A. D., Gir., G 1111, lettre de Tourny à Trudaine, 15 mars 1744.

2. Parmi les enfants assistés dans l’Agenais, il s'en lrouvait de IS à 19 ans; or.

au-dessus de 12 ans, ils ne devaient plus être à la charge du roi. Tel est le sens des observalions du secrétaire de l'intendance, A. D., Gir., C 1111, 30 décembre 1751, lettre au sieur Miraben.

3. Voir pour foutes ces grâces accordées par Tourny au sieur Miraben, les lettres où l’intendant en informe Trudaine, A. D.. Gir., C 1111, 15 mars et 31 juillet 1744, A. D., Gir., C 23, 12 avril 1748. — Cf. Mabille, op. cit., p. 174.

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