‹ TournyChapitre 211 sur 494 · AO RATES · texte numérisé non relu

AO RATES

ce lui est trop précieux, écrit Tourny, pour qu'il s’ärrête Jamais de lé favoriser. » Au moment où sévit la « rareté des espèces », il obtient, pour un temps, que les espèces ne soient pas voiturées à Paris !. Il accorde si souvent aux commerçants obérés des arrêts de surséance, que le ministre Jui reproche d’en faire abus 2. Enfin il suit encore ses grands négociants de Bordeaux sur un terrain plus difficile, quand ils lui demandent de les aider contre leurs concurrents, d’abolir la concurrence pour les échanges, alors qu'ils la réclament pour la production, de leur donner à eux tous les droits, et de les refuser aux producteurs et aux négociants dés autres villes, de faire leur liberté plus grande que celle du voisin, de l’accroître de tous les droits dont autrui se laissera dépouiller 3,

Quand il s’agit de favoriser le commerce français contre le commerce des neutres, notamment aux colonies, Tourny procède hardiment, Il se sent un peu plus gêné, pour prendre parti pour Bordeaux contre d’autres ports français comme Lorient ou Saint- Malo. Le pis est quand les Bordelais veulent être soutenus contre d’autres villes de la généralité, comme Périgueux et Libourne. L’intendant veut bien concéder à Bordeaux comme un droit d’aînesse, mais il lui est infiniment pénible d'aller au delà.

En 1745, les gens de Périgueux demandaient pour la troisième fois une juridiction consulaire semblable à celle de Bordeaux 4, Pour la troisième fois, on la leur refusa 5. Six ans plus tard, la question fut encore reprise. L'intendant S'y intéressait d'autant plus qu’il avait une faiblesse pour son Périgord, en faveur duquel

1. LA D. Gir.. C 4255, 14 juin 1753, délibération de la Chambre dé commerce.

2: A N., O1 506, 9 décembre 1744. — et À. N., 0! 510, 2 octobre 1754, dépêches à Tourny. £

3, AD, Gir, C 4255, 20 juin 1753, délibération de la Chambre de commerce, et lettre de Tourny transcrite dans la délibération. En 1790, quand les principes {riomphaient avec Ja Révolution, ia Chambre de commerce de Guienne écrivait encore : « Ce serait. une œuvre très méritoire et très patriotique que de travailler à la réforme de quelques idées peu saines, malheureusement trop répandues, sur la liberté illimitée du commerce dans nos colonies, Ce mot de liberté, qu'il faudrait définir avec exacti- Lude chaque fois qu'on en fait une application nouvelle, a égaré sur ce sujet de très bons esprits, » A. 1DNETONKE 4266, 7 décembre 1790.

4. À: D., Gir., C 961, 3 juin 1745, lettre des Syndics de Périgueux.

0 AN, FR LP V Septembre 1745, délibération du Bureau du commerce, avec décision négative.

il faisait entreprendre des travaux considérables 1. La Chambre de commerce de Bordeaux, consultée par Tourny, omit de lui répondre. Ce silence indisposa l’intendant qui décida de donner satisfaction à Périgueux 2. À son tour, le Conseil redevint favorable à Périgueux, sur les instances de son commissaire et « par complaisance pour lui3.» Alors le Commerce bordelais, faisant amende honorable, enveloppa Tourny dans une manœuvre des plus savantes. «Je vois, écrivait de Paris le député du commerce de. Bordeaux, que toutes nos démarches doivent se retourner uniquement du côté de M. l’intendant. I est à la fois intelligent et équitable; nos représentations sur le préjudice que peut causer une juridiction consulaire à Périgueux sont des plus sensibles: je ne doute pas qu'il ne devienne notre plus ardent ten après qu'il sera exactement informé de tout 4. » Nous ne pouvons dire exactement ce qui se passa, mais Périgueux n'eut encore pas sa juridiction consulaire 5.

Comme Périgueux, Libourne sollicita la faveur des Puissances, de Tourny l’intendant, du contrôleur général, du gouverneur de la province, de. M. de Trudaine intendant des finances, de M. de Gournay intendant du Commerce et de M. le Garde des sceaux ministre de la Marine6, pour obtenir la permission de faire Je commerce des Iles, à l'instar de Bordeaux. Tourny promit son concours aux Libournais mais avec certaines réserves : «Je concourrai toujours, Messieurs, avec plaisir, leur écrivait-il, à ce qui pourra être avantageux à votre ville, sans préjudicier à autrui *» Les Libournais obtinrent du Conseil, quelques mois plus tard, deux arrêts qui leur étaient favorabless. Mais alors, l’intendant eut

1. Bertin, grand archidiacre de Périgueux, rappelle un jour à Tourny son « altention pour notre pauvre Périgord ». A. D., Gir., C 956, 14 novembre 1747, lettre de Ber- Lu à Tourny.

. Ces renseignements se trouvent dans la lettre adressée, le 14 janvier 1792, par le se Castaing à la Chambre de commerce de Bordeaux, A. D., Gir., C 4314.

3. Le fait n'échappe pas à la Chambre de commerce. Elle le consigne dans sa délibération du 20 janvier 1752, A. D., Gir., CG 4255.

4, À. D:, Gir., C 4314, 2? mai 1752, lettre de Castaing à la Chambre de commerce de Bordeaux.

5. En 1783 encore, Périgueux demandera une juridiction consulaire, comme en témoigne sa requête du 4 septembre, A. N., F'* 106, p. 161.

6. A.C , Libourne B B 29, 11 décembre 1755, délibération du Corps de ville.

A. C, Libourne, H H 4, 1er février 1756, lettre de Tourny au Corps de ville.

EE 0 N., E 2357, 8 juin 1756, arrêt du Conseil.

mal au cœur dela peine que ressentiraient ses Bordelais. I écrivait à Trudaine : « C'est, Monsieur, une chose fort avantageuse pour cette ville, et je ne fais aucune difficulté de l’estimer telle pour le commerce du royaume en général, mais je suis en quelque sorte fâché qu’elle arrive dans les circonstances présentes. Comme Bordeaux verra avec peine que ses voisins vont partager avec lui les faveurs de Ta navigation, de bons esprits, que nous avons ici, chercheront à lui faire penser que c’est moi qui en suis le principal moteur, pour qu'il m'en sache mauvais gré. Je me trompe fort sivousn’avez bientôt des jurats des représentations contraires, et si à l'appui, vous n’en avez pas aussi du Parlement 1,»

Quand il s'agissait de la liberté du Commerce de sa capitale, lintendant ne voulait à aucun prix avoir l'air de ne pas le favoriser. Ses grands négociants étaient, aves le menu peuple, ses meilleurs alliés et ses meilleurs amis.

1. A.D., Gir C.,1645, 10 juillet 1756, lettre de Tourny à Trudaine.

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