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CHAPITRE IX

L'Agnculture. .

I. L'Agriculture et le Principe de Liberté. — IL La Multiplication des Vignobles. — IIL L'Encouragement des Cultures indigènes. —— [V. Le Retour à la culture du Tabac. — V. L'Élevage et la Restau-

ration des Communaux.

I — L’' Agriculture et le Principe de Liberté,

Les viticulteurs reprochent parfois à Tourny d’avoir tenu pour Je blé contre la vigne, d’avoir dévasté les vignobles par les arrachechements qu’il ordonna, d’avoir voulu voir des moissons partout, dans les graves, dans les palus, sur les calcaires des coteaux”. Il

1. C’est aussi l’avis exprimé par M. Bussière, dans ses Essais historiques sur la Révolution en Périgord, p. 92. Deux pages plus loin, à propos d’un autre fait, M. Bussière sait d’ailleurs rendre justice à Tourny. « L'idée de Tourny, écrit-il, eut, en Périgord, un adepte fervent dans Goyon de la Plombaine... » La Plombaine voulait introduire en Périgord les procédés de l'irrigation; les frais auraient été couverts par une Banque de Crédit, au capital de 500 millions, qui serait venue en aide aux marcharfds et aux

ouvriers.

aurait pratiqué, en matière agricole, un système d’interventionnisme inintelligent. On le condamne sans rémission, pour avoir écrit à propos du vin : « Cette denrée n’est pas d’une absolue nécessité 1, »

Quelque sens et quelque portée que l’on veuille donner à cette formule, elle n’énonce que la constatation d’un fait par soi-même évident. La famine de 1747 avait montré au marquis et à tous que le pain de seigle, de maïs ou de froment, était bien l'aliment fondamental, et qu'on pouvait mourir de faim, même au pays du très noble vin de Bordeaux. Les instructions du Pouvoir central, renforcées de nombreux mémoires, avaient rendu lintendant attentif à l'observation stricte des règlements. Ces règlements stipulaient l’arrachement des vignes. Tourny s'y conforma avec d'autant moins de regret qu'il voyait par lui-même les inconvénients de la monoculture rendus plus évidents encore par les mauvaises récoltes et par la mévente du vin 2.

C'était là son avis encore en 1756. Les doctrines de liberté pénétraient alors dans l’agriculture, comme elles s'étaient fait admettre dans l’industrie, après avoir triomphé dans le commerce. Herbert, Saint-Pierre, d’Argenson, Quesnay, le père des physiocrates, s’élevaient avec force contre la prohibition des vignobles, contre «cette interdiction barbare qui privait le royaume d'un produit considérable, sans nécessité, eL sans remédier aux empêchements qui s'opposent à la culture des terres 3. » Quand le eontrôleur général de Moras, fort de ces affirmations péremptoires, demanda aux intendants si l’on pourrait abroger sans inconvénient l'arrêt prohibitif du 6 juin 1731 % Tourny se permit de répondre, à tort où à raison, que tel n’était point son avis. Il croyait lui aussi « à l’ordre public et aussi à la liberté qu'a chacun de faire usage de son fond. » Mais le contrôle de cette liberté ne lui paraissait pas tout à fait inutile. Après avoir cité des faits d'expérience,

1. Cité par M. Camille Jullian, Histoire de Bordeaux,p. 532. M. Jullian voit dans cette formule une « maxime qui est la négation de tout comnierce et de toute industrie ». Nous nous exeusons de ne pas partager son sentiment.

2. A propos du vin, Tourny constatait « l'inégalité de son rapport comparé avec la pesanteur de ses charges toujours certaines ». Cité par J. Benzacar, dans ses Règles économiques de l'administration d'Aubert de Tourny, p. 15 et 49.

3. G. Weulersse, Le mouvement physiocratique avant les physiocrates, t. x, p. 429.

4, A. D., Gir., C 1346, 18 mai 1756, lettre de M. de Moras à Tourny. à

il en venait à cette conclusion

« Je me restreins donc à être d'avis de laisser subsister les

défenses, peut-être seulement ne fussent pas si absolues1, » D'’ailleurs, que la prohibition fût absolue ou non, pensait-il sans doute, l'autorité pouvait toujours doser la portée de son En ce qui le concernait en particulier sens de la mesure;

serait-il mieux qu’elles

intervention.

, il n'avait jamais perdu le ses procédés avaient varié suivant les temps,

suivant les lieux. Il n'avait pas partout saccagé les vignobles et

il avait même prononcé cette phrase, lorsqu'on parlait d'établir

une brasserie à Bordeaux : « Ce serait au dé itriment du vin, et au

préjudice de la province. On négligerait la vigne dans un pays où la terre n’est guère propre à autres cultures 2» Si Tourny voulait faire la part plus belle au froment à l’époque de la famine, il tarda pas à reconnaitre tous les droits de la vigne, Guienne son terroir.

ne qui avait en

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