II. — Le Service des Pépinières
L'importance qu'on doit attacher à l'étude des pépinières ressort de cette phrase extraite d’un mémoire qui porte la date de 1756 : «Il n’y a rien de si beau qué l’établissement des pépinières royales. On peut dire qu'il n'y à peut-être pas d'établissement qui ait aussi bien rempli son objet, par la justesse du plan et le bon ordre qu’on y a toujours observé 4 »
D’après l’auteur de ce mémoire, le projet d'établir les pépinières aurait été concu dès 1720 par Chatal, négociant d'Alais. Du temps qu’il était intendant de Limoges, Tourny s'était préoccupé dés semis de graines de mûriers et de la disposition des pourettes en pépinières. Il avait hésité entre Brive et Angoulême pour l’établissement qu'il projetait et, finalement, c’est Angoulême qui l'avait
1. La lettre de l’intendant de Limoges est du 10 janvier 1746. Tourny lui répond cinq jours après. Les deux lettres sont aux Archives de la Gironde, dans la liasse C 1484.
2. Pour le marché de 1751, A. D., Gir., C 1489; pour celui de 1753, A. D., Gir., C 1491.
3. Tourny, qui est économe, et qui veut encore plus le paraître, insiste sur ce détail dans une lettre à Trudaine, datée du 24 janvier 1751, A. D., Gir., C 1489.
4, De Vivens, op. cit., &. 11, p. 110, à la Bibliothèque municipale de Bordeaux.
emporté, Quand le marquis arriva à Bordeaux, 1l trouva sa généralité déjà dotée de pépinières. Les ayant visitées, au cours de ses premières tournées, sur la demande-expresse du contrôleur général, il lui rendit compte qu'il en avait vu quatre, avec3 à 4000 pourettes, dont 2? à 3000 au plus avaient pris. Le fumier manquait à la pépinière de Bordeaux, la plus ancienne, Quant aux établissements plus récents, le Lerrain- n’était pas favorable, et les pourelbes y pourrissaient 2,
“Par les soins de Tourny, les pépinières de Guienne ne furent bientôt plus reconnaissables. Non seulement il les peupla de plants, nouveaux, mais encore il excita l’émulation des jardiniers, et il s’occupa de refondre l’organisation du service.
Il demanda aux subdélégués des éclaircissements sur les pépinières, sur les qualités du sol, sur l'emploi du fumier, sur les services rendus par les jardiniers, sur le nombre des pourettes3. Il se fit donner d’autres renseignements sur les müûriers appartenant à des particuliers, comme le duc de Durasi. Il imterrogea jusqu’à des planteurs du Dauphinéÿ, et il préposa au service des pépinières le sieur Chatal, «homme qui a autant d'expérience que d'intelligence pour tout ce qui concerne les müriers et les vers à soie6, »
L'intendant s’adressa au Conseil pour obtenir les ressources financières. Un arrêt du Conseil d'État du ?8 août 1744 approuva les états dressés, tant pour les dépenses de 1743 que pour celles
1. On trouvera, dans la liasse C 1481 des Archives de la Gironde, un échange de correspondances relatives aux mûriers blanes plantés à Brive et à Angoulême. SR Tourny rend compte de cet état de choses dans une lettre du 27 octobre 1743, adressée au contrôleur général, A. D., Gir., C 1481.
3. A. D., Gir., C 1481, 10 novembre 1743, circulaire de Tourny.
4. A. D., Gir., C 1481, 9 décembre 1743, fiche de renseignements établis par M. Dupin sur les Meuriers de M. le Maréchal duc de Duras.
9. Tourny était encore intendant de Limoges, quand il s'adressa au curé de Falaise, en Dauphiné, pour avoir des renseignements sur les pépinières, La réponse lui parvint à Bordeaux. Le curé de Falaise lui rendait compte de l’état des pépinières en Dauphiné. Il n'y avait pas cinquante ans qu’on avait commencé à élever des vers à soie, et déjà les habitants y trouvaient un moyen assuré pour payer toutes leurs impositions. A.:D., Gir.,-C 1481.
6. A. D., Gir., CG 1487, 16 février 1750, lettre de Tourny à Machault. Dès les premiers jours de 1744, le sieur Chatal, cchargé de visiter les pépinières », adresse un mémoire à Tourny, à la suite des inspections qu'il a faites aux pépinières de Libourne, Périgueux, Sainte-Foy, Villeneuve, Agen, Nérac, Blaye, A. D., Gir.,-Q 1482, 12 janvier 1744.
bsatiat nn
À ve
Pare
de l’année suivante ; le principal de ces sommes devait être pris sur le revenant bon des impositions levées dans la généralité de Bordeaux pour le logement des «officiers militaires » et autres employés! Le concours des particuliers ne manqua pas non plus à l’intendant ; tel, comme le sieur Seguy,de Villeneuve, lui proposa l'établissement d'une pépinière dont il pourrait faire sortir, dans les 5 ans, jusqu’à 100000 mûriers ?.
Machault, successeur d'Orry, attendit la paix pour donner au service une impulsion nouvelle. Le 22 février 1749, il écrivait à Tourny : «La paix qui vient d’être rétablie remettant les choses dans leur premier état, Je vous prie de vouloir bien renouveler vos attentions sur cette partie, et m'informer de l’état des arbres de chaque pépinière... de la destination que vous en faites pour les erandes routes, ou pour être distribués aux particuliers 5. »
Tourny ne perdit pas l’occasion de s’assurer tout à fait le concours précieux du contrôleur général pour ses plants et semis. Il lui parla de la nécessité de développer l'importance des pépinières et d’augimenter leur nombre ;1l lui soumit dès lors son projet d’établir, à proximité de Bordeaux, une pépinière nouvelle.
Intendant et contrôleur firent assaut de zèle. « Le Roi, écrivait Machault. veut favoriser encore plus les müûriers”.» Tourny s’en montrait fort aise : mais il commençait à craindre que lPautorité ne le laissât plus libre de mener les choses à son gré. Il osait dire dans une parenthèse : «Il convient, je crois de laisser à
chacun suivre ses vues, lorsqu'elles conduisent au même but où
on désire les faire arriver . »
Quelque temps plus tard, Trudaine apparut derrière Machaullt, pour faire passer le Service des pépinières au département des ponts et chaussées. L’inspection des plantations devait être réservée aux ingénieurs et aux sous-inspecteurs. Une copie des mar-