III. — Le Reboisement
Sans s'émouvoir outre mesure des ravages causés par les intémpéries, ni de l'importance des fonds engagés dans les pépinières, ni des mécomptes éprouvés du côté de Seguy de Villeneuve notamment, l’intendant refit, pour lui et pour Trudaine, le bilan de son œuvre avec une fierté légitime.
1. C’est dans sa lettre du 4 septembre 1750, À. D., Gir., C 1487, que Trudaine fait” connaître à Tourny les nouvelles dispositions prises.
2. A. D., Gir., C 1492, tout un dossier relatif à ces contestations. Dupin, impatienté de tout le travail que Seguy:lui donne, traite Seguy de « barbouilleux ».
3. Voir, à ce sujet, la lettre de Tourny à Trudaine, en date du 6 octobre 1750. La copie accompagne la minute autographe. A. D., Gir., C 1487.
4 Voir la commission d’inspecteur des pépinières de mûriers blanes, décernée par Tourny au sieur Dufau, par suite du décès du sieur Chatal. Dufau est un bourgeois du faubourg Saint-Seurin. A. D., Gir., C 1491.
5. A. D., Gir., C 1494, 24 mars 1755, lettre de Trudaine à Tourny.
6. Le 18 décembre 1747, l'intendant fit écrire une lettre très dure au sieur Seguy, A. D., Gir., C.1485, Il y était dit notamment : « M. l'Intendant a été très mécontent de l'état où le sieur Chatal lui a dit avoir trouvé votre pépinière et fort surpris que vous n'ayez pas donné à un inspecteur toutes les notions qu'il vous a demandées. Tout cela dénote une négligence d'autant plus blämable que vous avez porté beaucoup votre attention à la culture des mâûriers qui sont pour votre compte... » Seguy voulut se donner l'air de ne pas comprendre. Il répondit, le 31 décembre 1747, que l'inspecteur avait dû confondre, que ses pépinières faisaient au contraire l’admiration du pays, A. D., Gir., C 1485.
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Les intempéries avaient fait de grands ravages parmi les arbres, « mais les défectueux, disait Tourny, ne sont pas perdus. Leur plantation en buisson ou jettin les rendra doublement utiles, soit pour la feuille, soit pour des échalats pour les vignes. » D'ailleurs, les intempéries n’ont pas empêché le service de livrer 60000 arbres en 17955, 50000 en 1756, sans compter 300000 pourettes à planter ou à hvrer au public.
Les pépinières ont coûté cher, soit pour le loyer du terrain, soit pour le paiement des jardiniers, soit pour l’achat des semis et des pourettes. En vue de l’entretien des pépinières, il a été imputé aux chapitres des tailles 4263 1. 7 s. en 1747, 4629 IL. en 1749, autant pour 1750, et encore 5747 LI. 10 s. en 1753, 6386 1 105. en 1794, avec 314 |. de supplément pour l'exercice 17562. Mais, comme le reconnaissait le Conseil lui-même, ces dépenses n’ont été consenties qu’en considération des résultats déjà obtenus, et ces résultats ne sont rien moins que remarquables.
L'oeuvre de l’arbre a triomphé dans les pépinières. Celle de Bordeaux comptait en 1754 50500 plants; celle de Villeneuve était passée de 2000 en 1728, à 24000 en 1754. Un progrès analogue s’observait dans les autres, dans celle de Périgueux à la porte du Mercadieu, dans celle de Nérac, dans celle de Libourne sur les bords de la Dordogne, dans celle de Duras qu’arrosait le Drot, dans celle d'Agen, dans celle de Sainte-Foy d’abord supprimée, puis rétablie . On estime que, vers le milieu du XVIIIe siècle, les pépinières de Tourny comptaient 310595 müûriers prêts à être livrés aux particuliers, sans compter des milliers d’ormeaux, de noyers et d'arbres de toute espèce qui étaient à Villeneuve et à Bordeaux.
Des pépinières, l’œuvre de l'arbre se répandit sur l’ensemble des généralités. Dès 1743, les particuliers connaissaient à Bordeaux le chemin de la pépinière 4; par la suite, ils y vinrent plus que jamais,
1. A. D., Gir., C 1494, 3 avril 1756, lettre de Tourny à Trudaine.
2. Pour 1747, A. D., Gir., C 1484; pour 1749, A. N., E 2291, arrêt du 8 juillet 1749; pour 1750, A. N., E 2300, arrêt du ? juin 1790; pour 1753, A. N., E 3328, arrêt du 29 mars 1753; pour 1754, A. N., E 2337, arrêt du 19 juin 1754; pour 1755, A. N., E 2347, arrêt du 3 juin 1795.
3. Les plans de la plupart des pépinières de Guienne sont conservés dans la liasse C 1493, aux Archives de la Gironde. Sur ce même sujet, voir O. Granat, La politique économique des Intendants de Guyenne, p. D:
4. O. Granat, La polilique économique des Inlendanis de Guyenne au xvrire siècle, p. 9. Il est fâcheux que l'étude de M. Granat manque de références.
e! lPintendant prit ses mesures de facon à pouvoir donner satisfaction à toutes les commandes. Il se chargeait d’ailleurs de les provoquer en n’accordant qu'aux planteurs de mûriers la permission d'étendre leurs vignobles! Aux planteurs les plus empressés, il promettait des primes et des moins-imposés?. Il défendait les arbres contre les dévastateurs?. Il protégeait les planteurs contre les agents du fisc.
L'intendant constate dès 1751 que « le goût de la culture du mûrier se répand fort dans la Généralité.» Il signale l'apparition, surtout aux environs de Bordeaux, d’un grand nombre de petites pépinières appartenant à des particuliers4 L'arbre envahit les jardins, les champs, les grands chemins, et les abords des villes Il joue son rôle, comme Tourny l'avait souhaité, dans l’agriculture, dans l’industrie et encore dans le nouvel aménagement qui transfigure la province. .
1. Le fait à été relevé par M. Marion dans son livre sur Machault d° Arnouville, p. 435.
2. Nous l'avons vu pour Seguy. Pour un autre exemple, on pourra consulter la ettre dé Tourny au chanoine Piot, datée du 4 février 1745, A. D:;:Gir;,-G11483;
4. A. D., Gir., C 1489, 8 janvier 1751, lettre de Tourny à Trudaine.