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IV. — La Main-d'Œuvre

En ce qui concerne la main d'œuvre, Tourny vint en Guienne avec l’idée bien arrêtée d'employer les corvées « dont il compte faire un grand usage, » écrit-il à Trudaine, le 6 décembre 1743 ?.

A ce sujet, il fait paraître le 20 décembre 1743 une longues ordonnance, suivie quatre jours plus tard d’une instruction également fondamentale ?

Après avoir constaté, dans le préambule de l’ordonnance, l’état déplorable des chemins et l'insuffisance des finances communales, pour y porter remède, l’intendant énonce les mesures à prendre

Des corvées d'hommes et de voitures devront être employées sur tous les chemins de communication de la généralité. Les maires, consuls, jurats et syndics de villes, bourgs et paroisses seront tenus de conduire ou faire conduire, à tour de rôle, les corvéables suivant les billets d'avertissement qui leur seront envoyés. [ls remettront au subdélégué un état des manœuvres et des voitures. Ils requerront, pour la corvée, tout taillable en état de travailler ou de faire travailler, y compris les bourgeois qui pourront, d’ailleurs, se faire remplacer par de bons journaliers. Des exemptions seront accordées

‘l. A! D., Gir:, C 1864,.états de paiement.

2. À. D., Gir., C 1842, 6 décembre 1743, lettre de Tourny à Trudaine. Sur la question, voir la thèse de M. Haliault Gabriel, La Corvée royale au xvrire siècle, Paris, 19084 3. On trouve l’une et l'autre dans la liasse C 1993 aux Archives de la Gironde. L’ordonnance se rencontre également dans la liasse C 3 et l'instruction dans la liasse : 3720. L’ordonnance a été conservée aussi dans les Ne communales, notamment à Agen, À. C., D D 18. Elle figure dans Vignon, op. cil., L. 111, p. 8, parmi les pièces

justi ficatives,

seulement aux valets des ecclésiastiques, gentilshommes el commensaux de la Maison du roi. La corvée sera de trois jours de suite; la journée sera comptée de 5 ou 6 heures du matin en été à 7 heures du soir, et de 7 ou 8 heures à 5 en hiver, avec un repos de 2 heures, à 11 heures. Les syndics ou leurs adjoints devront être les premiers à l’ouvrage, et ils devront le quitter les derniers. Les propriélaires ou fermiers devront faire arracher eux-mêmes, dans les trois jours, les arbres susceptibles de gêner les travaux. Nul ne pourra mettre opposition aux décisions prises. Les contrevenants soul menacés d’une amende de 10 EL Elle pourra s'élever à 90, s'ils sont syndics.

L’instruction du 24 décembre apporte au règlement précédent quelques précisions nouvelles. En principe, les corvéables qui ne peuvent travailler, mais dont les facultés sont suffisantes, doivent fournir des journaliers. Pour se faire exempter de la corvée, les infirmes et les indigents auront à produire un certificat du curé de leur paroisse. Les syndics cobserveront dans les paroisses où il y a des maçons, carrieurs, paveurs ou autres gens entendus de cette espèce, de les partager à différents jours et différents ateliers. » Les syndies ne devront pas ignorer non plus qu'il est permis « de tirer de toutes carrières ou pierrières ouvertes les pierres nécessaires à la réparation des chemins, même d'en ouvrir de nouvelles. » On trouve dans les archives des pièces originales se référant au service des corvées, modèles de létat des corvéables dressé par les maires et consuls, formules imprimées de billets de corvées, procès-verbaux d'élection de syndics, commissions délivrées à ces syndics par le subdélégué de l’intendant qui eut peut-être à en désigner certains d'office.

A propos de cas particuliers, l’intendant se trouve amené par la suite à prendre des ozdonnances éonfirmatives ou explicatives de celle de 1743. Le 3 février 1744, il déclare dans une lettre que les officiers du présidial d'Agen sont exempts de la corvée. Il confirme peu après l’ordre d'emprisonnement prononcé par son subdélégué de Nérac contre trois manouvriers de la paroisse de Thouars qui se sont signalés par leur mauvaise conduite à la corvée ?.

1. Lettre transcrite dans la Collection des Archives historiques du département de la Gironde, 1907, €. xuir, p. 333. j :

?. A. D., Lot-et-Garonne, C 39, 13 avril 1744, ordre de Tourny.

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Il menace les paroisses du Bourgès et du Cubzaguais de faire voiturer à leurs frais les pierres nécessaires à la construction d’un pont, si elles ne s’acquittent pas de çette tâche par corvée! Il refuse de reconnaître l’exemption prétendue, à l'égard de la corvée, par les bourgeois d'Agen ? et par ceux de Périgueux #. Au sujet de travaux mal faits par les corvoyeurs, il prend l'ordonnance du 24 avril 1746, stipulant que «les défaillants des dernières corvées seront tenus de remplacer... tous les jours qu'ils ont manqué, à peine d’être condamnés au double des dits jours qui seront remplis par des manœuvres, dont le payement sera ordonné sur eux, » et sans préjudice des amendes qui leur seront inflivées proportionnellement à leurs contraventions et à leurs facultést, Dix ans plus tard, Tourny fait allusion, dans une lettre au contrôleur général, aux services que lui rend la Maréchaussée, en paraissant de temps en temps sur les’ ateliers, et servant « par là à y maintenir le bon ordre. »

L'impression suivante se dégage de cet ensemble de: décisions et de mesures. Tourny à la plus grande confiance dans l'emploi des corvées, malgré les réclamations sans nombre qu'ellés lui attirent, et malgré les difficultés qui en découlent pour le reste de son administration. Au lieu de s’en tenir à cette règle, constamment admise, que la corvée est due par les taillables seuls, l'intendant de Bordeaux s'occupe de suivre son idée que la corvée est un service public et de bien public, auquel en principe tout le monde est astreint, voire même un président de la Cour des Aides?, voire même la Maréchausséef. Nul, d'après lui,

2. A. D., Gir.,. CG 1835, 13 août 1744, lettre de Tourny au Corps de ville d'Agen. Trudaine confirme les instructions données par Tournv dans la lettre qu'il lui adresse, le 2 octobre 1744, A. D., Gir., C 1847. Pour la suite de l'affaire, voir les cahiers des jurades d’Agen, A. C.; Agen, BB 76, 2 janvier 1745 notamment.

3. L’ordonnance que prend Tourny, le 22 avril 1750, à l'égard des bourgeois de Périgueux, témoigne d’un grand esprit de conciliation. A. D., Gir., C 1256. Les bourgeois restent astreints à la corvée; mais Tourny leur permet de s'acquitter en journées de manouvriers.

5. A. D., Gir., C 1867, 5 juillet 1756, lettre de Tourny au contrôleur général.

6. Comme exemples, les plaintes des gens de Libourne, A. C., Libourne B B 22, février 1744, et celles des gens de Casteljaloux, B B 20, 1748.

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