IV. — Le Drainage
De même qu'il voulut exploiter les grandes rivières, l’intendant arrêta son attention sur les petits ruisseaux et sur les marécages, d'autant que la province avait grand besoin d’être assainie par le drainage.
Les eaux de ruissellement débordaient hors des ruisseaux encombrés de broussailles. [Il était urgent d’y porter remède, « soit pour dessécher des terrains que la négligence sur ce point a rendus aquatiques, soit pour préserver des récoltes que détruisent les débordements. » L’intendant prit à cet égard nombre d'ordonnances, le plus souvent, écrit-il, « à l’occasion des grands chemins auxquels cette matière se trouve connexe.» Ces déci-
. D., Gir., C 1844, 1748, devis des ouvrages à faire.
2: À. D., Lot-et-Garonne, C 6, 7 septembre 1744, ordonnance de Tourny.
3. A. D., Lot-et-Garonne, C 6, 24 décembre 1753, ordonnance de Tourny.
4. A. D., Gir., C 1358, 29 août 1752, lettre de Tourny à M. de Baudry, copie cor
rigée de la main de Tourny.
sions, dont les unes s'appliquent au curement des ruisseaux, dont. les autres visent l'entretien des canaux, stipulent d’une manière générale que “ les proprietaires des fonds aboutissants aux ruisseaux dont est question seront tenus chacun en droit soi,-dans la quinzaine de la signification de la présente ordonnance, de recurer le long de ses possessions les lits desdits ruisseaux, couper les arbres, broussailles, jettins et autres obstacles à l’écouleuent des eaux, ce faisant, de donner au lit des dits ruisseaux 10 pieds de gueulée, réduits à À par le bas. » Les contrevenants s’exposent à se voir décerner l’exécutoire du payement destiné aux manœuvres qui auront fait le travail à leur place, par ordre de l'administration 1.
Lorsque les opérations de drainage n'’entrent pas dans ses projets de grands chemins, on trouve Tourny plutôt timide. Il renvoie les plaignants à leurs juges naturels, à la maîtrise des eaux et forêts et surtout à la Cour de Parlement?. En 1749, un arrêt du Conseil, daté du 10 juin, attribue au marquis la connaissance des travaux de drainage à effectuer sur requête du duc de la Force dans la région de Sainte-Foy. Le marquis peut s’acquitter de sa commission sans difficulté. Mais quand le sieur de Bastard, grand-maître des eaux et forêts de France auw département de Guienne, voulut rendre une ordonnance pour le curement de £ertains ruisseaux, le Parlement fit opposition par un arrêt du 17 mars 1752. L'affaire ayant été renvoyée par le rrinistre devant Tournv, aux fins de cassation de l'arrêt d'opposition et d’évocation de la cause au Conseil #, l'intendant de Bordeaux n'osa pas se prononcer tout à fait pour le grand-maitre, quoique «le bien public» parlàät hautement en sa faveur ?.
À propos de la question des marais, Tourny ne discute pas
1. Comme exemple, l'ordonnance de Tourny, du 5 septembre 1746, A. D., Gir., CG 4. L’intendant rappelle les ordres qu'il a donnés dans une lettre au subdélégué de Lesparre, du 4 février 1746, A. D.; Gir., C 368. On verra aussi les documents des liasses C 1358 et C 1853, aux Archives de la Gironde.
2. A. D., Gir., C 1358, 29 août 1752, lettre de Tourny à M. de Baudry.
3. Tourny accepte de faire droit à la requête du duc, en se chargeant de l’affaire, A. D., Gir., GC 1856, 25 mai 1749, lettre de Tourny à M. d'Ormesson. Un arrêt du 10 juin 1749 le commet à cet effet, A. N., H 1551.
4. Pour le renvoi à Tourny, voir la lettre de M. de Baudry adressée à l'intendant, et datée du 4 juillet 1752.
5. A. D., Gir,, C 1358, 29 août 1752, lettre de Tourny à de Baudry.
davantage la compétence de la Cour souveraine, et il se sent tout aussi embarrassé pour intervenir, bien que sa généralité et Bordeaux même soient très menacés par les miasmes pestilentiels des marais de Bordeaux, de Blanquefort, de Parempuyre, de Soussans, de Montferrand, de Casteljaloux, de Lesparre, etc...
C'est bien malgré lui que l’intendant s'engage dans l’interminable procès débattu entre le maréchal de Duras et l’association formée en 1677 pour le desséchement des marais de Bordeaux. Ex 1747, Jean Coudol lui présente une supplique comme syndic des propriétaires des marais de Bordeaux. Une enquête est ouverte après beaucoup d’autres. Trois ingénieurs experts, dont Claude Vimar, ont à la conduire. Tourny ne peut se dispenser de présider, mais il s’abstient, de prendre position sur le fond de l'affaire 1. °
Quand il intervient, de son chef, c’est qu'il y est amené par la construction de ses chemins. La grande chaussée de Blanquefort l'intéresse. Pour assurer son assiette, il pense à faire curer les différentes jalles et à leur ajouter des canaux pour faciliter l’écoulement des eaux? Certains se persuadent alors que l’intendant est acquis à la cause du maréchal de Duras. Tournÿ a beau jeu de répondre dans une lettre à Trudaine. « Vous savez que je ne suis pas payé pour sacrifier tout à ce côté-là... Vous penserez que Je suis conduit par les vues du bien public et vous penserez Le PET RE
Pour les marais de Soussans, l’intendant invite les principaux habitants des villages environnants 4 « se syndiquer » , pour étudier la question du desséchement 4 Pour les marais de Montferrand, il est commis par le roi pour mettre d'accord la Commu-
1. Sur l'affaire des marais de Bordeaux, voir Dautet, Historique du Desséchement “du marais qui s’élend sur le territoire des communes de Bordeaux, Bruges, Le Bouscat el Eysines, dans la Renue Philomathique, 1906, p. 242. Aux Archives communales de Bordeaux, on trouve, entre autres pièces, la supplique de Jean Coudol, datée de 1747, - et le procès-verbal de la visite faite aux ouvrages ordonnés par le maréchal de Duras sur la Jalle, daté du 8 novembre 1749. A. C., Bordeaux, D D 33.
2. On trouve le dossier de l'affaire dans la liasse C 1853 des Archives de la Gironde. Voir, en particulier, l’ordonnance de Tourny du 8 octobre 1752,
3. À. D., Gir., C 1862, 17 juin 1752, lettre de Tourny à Trudaine.
4. À. D., Gir., C 1355, 7 juillet 1744, réponse de Tourny sur requête de Joseph de Mons, baron de Messan.
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nauté avec les « Dessécheurs! ». Il est supplié par les gens de Casteljaloux de travailler au desséchement de leur marais ?, et la duchesse de Gramont lui demande d'accepter de juger une contestation pour des travaux urgents aux marais de Lesparre*.
L'œuvre du drainage occupe Tourny comme celle de laménagement des rivières, mais il n’y consacre pas tous ses soins, comme à la réfection des routes et à J’embellissement des villes.