‹ TournyChapitre 263 sur 494 · Jobez, La France sous Louis XV, t. 1v, p. 211, sqq · texte numérisé non relu

Jobez, La France sous Louis XV, t. 1v, p. 211, sqq

2. Ces dimensions sont indiquées par Tourny dans son Instruction pour les corvées des chemins, datée du 24 décembre 1743. A. D., Gir., C 3720.

3. Ces indications se trouvent dans une lettre de Tourny à Trudaine, datée du 11 février 1755, A. D., Gir., G 1865.

4. À. D., Gir., C 1854, 4 juillet 1747, lettre de Tourny à Trudaine, et A. D., Gir., C 1857, 4 octobre 1751, autre lettre de Tourny à Trudaine.

5, Ce détail est encore fourni par Tourny à Trudaine, dans une lettre datée du 4 juillet 1747.

6. Cf., à ce sujet, une lettre de Tourny aux jurats de Bordeaux, datée du 8 octobre 1749, rappelant une. ordonnande rendue par le marquis, le 28 septembre précédent, dans Bernadau, Collection héréditaire, &. XLvIu, p. 39. Voir aussi une lettre de Tourny à Orry, du 20 décembre 1743, A. D., Gir., GC 1842. L’intendant en vint même à déterminer la composition des attelages.

Les arbres doivent servir d’escorte à la route, non seulement en exécution de l’arrêt du 3 mai 1720, trop souvent oublié, mais d’après l'instruction de l’intendant, datée du 24 décembre 1743, et d’après son ordonnance du % juillet 1744, confirmative de l'arrêt. Les propriétaires de terrains situés au bord des routes nouvellement alignées doivent planter. ou faire planter, sous peine d’amendes, le long du chemin, « soit des arbres fruitiers, tels que noyers, châtaigniers, poiriers, pommiers, pruniers, merisiers, müûriers etc... soit des arbres à ouvrage, tels que chênes, ormes, hêtres, frênes, ou autres, suivant que la nature du terrain y sera propre. » Les arbres seront plantés en droite ligne à 6 pieds au moins du bord extérieur du fossé, et à 30 pieds les uns des autres. L’intendant indique la saison où la plantation doit avoir leu, suivant la qualité du terrain; il insiste encore sur les dimensions des trous à creuser pour recevoir les arbres, sur celles des rameaux à laisser aux arbres... Défense est faite à quiconque de rompre, courber ou abattre les arbres, sous peine d’une amende de 60 1., applicable pour le premier tiers au propriétaire, pour le second à l'hôpital le plus rapproché, pour le troisième au dénonciateur. La récidive vaudra le fouet au délinquant !.

Les ponts et ponceaux par lesquels les grands chemins enjambent les rigoles, les ruisseaux ou les rivières ne laissent pas l’intendant indifférent. Le sous-inspecteur Santin note avec soin que .Tourny ne tient guère aux ponts de charpente et qu'il veut, «autant qu'il sera possible, qu’on fasse des cassis aux ruisseaux et ravins qui en seront susceptibles 2. » Quand il s’agit d’un pont à jeter sur une rivière de moyenne grandeur, dont le cours est assez rapide, Tourny n’est pas d’avis, comme Vimar, de multiplier les arches. « J'aurais désiré... une seule arche, écrit l’intendant certain jour. Le cours des eaux, auxquelles on aurait épargné un grand frottement contre les piles de l’arche du milieu, en aurait été plus facile et le vidage plus grand... »

Voilà pour la partie technique qui regarde les ingénieurs. On vient de voir que le marquis ne la leur abandonne pas tout entière.

. À. D., Gir., C 3 et-C-1992, 25 juillet 1744, ordonnance de Tourny. AUD Gir., C.1835, 9 septembre: 17953:

. À. D., Gir., C 1856, 11 avril 1749, leltre de Tourny à Trudaine,.

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Mais il se réserve de préférence ce qui concerne plus proprement l’économie des chemins. Le marquis ne veut pas tout sacrifier à la beauté des alignements, comme l'ingénieur en chef serait tenté de le faire. Les routes ont une fonction : elles doivent servir au commerce; elles sont d'intérêt public. « J'ai cru, écrit Tourny, : que les chemins, étant .pour ‘aller suce ssivement d’un lieu à un autre, et conduire ainsi aux lieux les plus éloignés, il fallait souvent sacrifier la beauté des alignements à ce que demandait cette idée, d'autant qu’autrement on tombait dans le cas des doubles chemins ceux de ces beaux alignements et ceux de ces villages 1. » I dit encore: « J’ai cherché, autant qu’il ne s’est pas trouvé d’inconvénients trop forts, à aboutir aux villages, à les traverser, et à profiter du terrain des chemins qui y conduisaient 2. » Et enfin : « Mon intention est de n’affecter aucun endroit de préférence pour faire passer le chemin..…., mais de le décider par ceux qui conviendront le mieux, tant à raison du commerce à procurer que du plus ou moins de facilité à le faire faire et du plus ou moins de dommage qu'il coûtera 5. »

L'aménagement ainsi entendu devient rationnel: il n’aboutit pas à une transformation arbitraire de l’économie générale. Tel que lentend Tourny, l’aménagement est déjà dans la topogra- phie; on l’en dégage, en essayant de comprendre et de coordonner les divers facteurs naturels et humains, qui ont créé et qui font vivre la route, le relief, le sol, le climat, la répartition de la popu-. lation, l’activité agricole, industrielle et commerciale, enfin le charroi et la. circulation. En d’autres termes, la route ne doit pas être considérée en elle-même; elle doit répondre aux traits de la topographie, aux circonstances et aux désirs des habitants. L'aménagement, conçu pour le bien public, ressort du vœu général. Et l’intendant de Bordeaux est ainsi amené à procéder pour la réfection de ses routes de Guienne d’une façon tout autre que d'Étigny, son collègue de la généralité d'Auch. «Ce dernier, écrit Marie de Saint-Georges, avait adopté une voie plus courte. Tout à coup, par ses ordres, des routes furent tracées en tous sens,

1. À. D., Gir., G 1847, 27 octobre 1744, lettre de Tourny # Trudaine. 2. A. D., Gir., C 1847, 28 octobre 1744, lettre de Tournv. 3. À, D

+ D., Gir., G 1835, 17 juillet 1754, minute de l'intendant, sur une lettre de Santin,

les peuples contraints à les exécuter, sans pouvoir espérer de repos qu'après la confection ?». Tourny, au contraire, fait travailler à toutes les routes ensemble, moins d’après son système que que suivant le vœu des populations, qui aiment travailler sur place à des besognes dont elles peuvent retirer un profit immédiat. En ces matières, l’intendant n’impose pas sa facon de voi, même lorsqu'elle est incontestable. Tourny, qui avait la passion des belles routes, voulait essentiellement les rattacher à la vie générale. Il n’y voyait pas que des engravements ou des empierrements se prolongeant entre deux fossés; il n’y voyait pas que de longs rubans déroulés à l'infini dans les plaines etsur les coteaux ; il y voyait ses chantiers, c’est-à-dire une des meilleures parties et des plus vivantes de sa généralité, où ses administrés, oubliant un moment leurs intérêts personnels, se vouaient au bien publie, et où ils trouvaient en outre le moyen de souder ensemble les villes, les villages, les campagnes, mises en contact par la route, en dépit des obstacles et de l’espace.

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