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nade à l'endroit même où devaient se développer les allées du marquis.
La critique de l’intendant englobait tout l’ensemble de la cité, exception faite pour la place royale. « Tout le reste de la ville, -écrivaitl, est un composé de vilaines maisons sans symétrie, sans commodités, entre lesquelles passent des rues très étroites et nullement alignées. Ses dehors n’ont pas été moins négligés, il n’y à aucune promenade ni à pied, ni en carrosse, en ne comptant point pour promenade le bord de la rivière, le long des faubourgs des Chartrons et de la Manufacture, ce bord de la rivière n'en pouvant servir, attendu qu’il est entièrement livré à l’'utile, étant continuellement occupé des chargements et déchargements. Les autres endroits qu’on aurait pu destiner à faire des promenades, tels que les terrains bordant les fossés, ont été abandonnés aux décombres, Jusqu'à y faire des élévations qui ont coupé la communication d’une porte à l’autre! »
La matière du chef-d'œuvre existait; mais le chef-d'œuvre restait à produire.
Le premier souci de Tourny fut de mettre de l’ordre dans les constructions, de les apüurer un peu comme des comptes, de les soumettre à des règles, comme une matière quelconque d’administration, d’en proscrire la fantaisie, d'enlever au premier venu le droit de bâtir à sa guise, d’intéresser le public à une entreprise d'aménagement systématique, à une œuvre d'ordre et de clarté.
Pour qu'il n’y ait plus de confusion possible, et pour pouvoir se permettre d’aller de l’avant, Tourny écrit, dès le 15 février1744, aux bayles et syndics des maîtres architectes et maçons de Bordeaux : « Les projets que je forme pour embellir… les dedans et dehors de la ville de Bordeaux. demandent que je veille qu’il ne soit fait aucune nouvelle construction qui puisse contrarier ces projets. Je vous charge d’informer tous les maîtres architectes et maîtres maçons de cette ville que je leur défends, ainsi qu’à
1 A. D., Gir., C 1219, lettre de Fourny à d’Argenson, ?7 janvier 1744.
vous, de commencer aucune bâtisse, soit dans la ville, soit dans les faubourgs, sans m'avoir apporté un mémoire qui explique l'espèce de bâtiment qui leur sera proposé à construire.., le nom, demeure et qualité du propriétaire, l'alignement qui aura été donné par MM. les Trésoriers, et sans que sur le tout je leur aie délivré mon vu-bon..…. 5»
Une consigne du même genre a été déjà dictée à MM. les Trésoriers, pour qu'ils cessent à l’avenir de confier à des incapables le soin du pavage des rues, et pour qu’ils cessent aussi de rétrécir les rues par de mauvais alignements: « Non seulement, leur écrit-l, vous ne songez point, Messieurs, lorsqu'il se rebâtit des maisons, à les faire reculer sur un alignement convenable, de façon à procurer par la suite des temps une largeur commode et une droite ligne aux rues de cette ville.…., mais de plus, quand il s'ouvre de nouvelles rues, vous ne vous attachez pas à leur assigner des alignements qui s'accordent à celles déjà formées ?. »
Sous peine d'amende ou sous peine d’un blâme, les rues devront être à l’avenir bien pavées et bien alignées. Pour que le pavé s’use moins vite, Fourny prend une ordonnance réglementant la longueur des clous à mettre aux bandes des roues. Pour que la chaussée soit tenue propre, l’intendant prend d’autres mesures #. Il en prend même pour l’éclairage, en vue de l'établissement de lanternes dans certains quartiers 5.
Les maisons, comme les rues, se mettent à l’ordonnance. Non seulement elles rentrent dans le rang, mais pour peu qu'elles soient en vue, elles sont construites sur un plan uniforme, avec la décoration réglementaire. Ce sont partout les mêmes combles d’ardoises apparents, les mêmes rez-de-chaussée surhaussés d’entresols, compris dans un même mouvement d'arcade en plein cintre: ce sont des lignes indéfinies de refends horizontaux, de guirlandes
1. A. D., Gir., C 1295, 15 février 1744, lettre de Tourny aux bayles et syndies des maitres architectes et maçons de Bordeaux.
2. A. D,, Gir., G 2403, 19 novembre 1743, lettre de Tourny aux officiers du Bureau des finances chargés de la voirie. =
3. À. D., Gir., C 4214, 28 septembre 1749, ordonnance de Tourny.
4. Cane RATE une ordonnance de Tourny du 1e septembre 1756, preserivant le curement des aquedues. A. D., Gir., G 1240.
5. Le quartier nouveau des Chartrons, A. D., Gir., C 1077, 29 décembre 1746, ordonnance de Tourny,