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V. — La Question financière

Pour l’exécution de son plan, qui comportait des remaniements considérables, l’intendant devait pouvoir disposer de fonds très importants, pour couvrir les frais résultant des expropriations, des déblayements nécessaires, et de la construction d’édifices nouveaux.

Les indemnités allouées aux propriétaires expropriés varient suivant l'importance de l’immeuble, mais aussi quelquefois suivant les recommandations. Ainsi, l'abbé Navarre, chanoine de Saint- Seurin, peut s’estimer heureux de trouver un protecteur dans le duc d’Argenson. Le ministre lui fait promettre 41000 1. payables en 1? ans, pour un îlot de 5 maisons, ? échoppes et 3 chais, avec quelques terrains vacants qu'il possède « en dehors des portes

1. A..D., Gir., CG 1174, lettre de Lemoyne à Tourny du 4 janvier 1756. La correspondance de Tourny et de Lemoyne est réunie dans la liasse C 1174, intéressante à consulter. On y trouve l’anectode suivante. Tourny, de passage à Paris, vient voir Lemoyne dans son atelier. Il remarque un portrait du roi. L’artiste envoie le portrait au marquis qui répond : « N’exigez pas, je vous supplie, que ce soit en présent que je l’aie reçu ». A. D., Gir., C 1174, 23 juin 1754, copie de la lettre de Tourny.

3, À, D., Gir., C 1174, 30 mai 1754, lettre de Lemoyne à Tourny.

Dauphine et Dijeaux1. » Un sieur Fauquier, conseiller au Parlement, obtient 20000 1. pour deux maisons et un terrain qu'il cède à la ville près de la porte Saint-Julien’. L'affaire serait bonne pour l’exproprié, sil était absolument sûr de toucher les 20000 livres dans un délai déterminé : mais le versement des fonds se fait longtemps désirer. En outre, dans certains cas, les experts préposés aux estimations ne sont pas tendres pour les réclamants, et les propriétaires qui croient utiles d’insister sont menacés sinon des foudres de la justice, du moins des foudres de l’intendant, qui est juge et partie dans l’affaire. « I1 vous est aisé de comprendre, écrit Tourny à l’un d’eux, que si vous ne vous portez pas de bonne grâce à tout ce que dessus, il y a des voies de droit qui suppléeraient, auquel cas vous n’auriez rien à espérer de ladite somme de 300 1., à laquelle je détermine la ville pour aplanir toute difficulté ?. » Tourny a quelque raison d’être économe ; les adjudicataires des travaux se montrent tellement exigeants dans les devis qu'ils établissent ! C’est 1300 1. qu'il faut compter pour la démolition de 6 maisons qui encombrent la place Royale 4. Les travaux de bâtisse et de décoration coûtent plus cher encore. Un monument comme la Bourse ne se construit pas à moins de 373000 I. IT faudra payer 300000 I. pour le Jardin public. Une porte revient à 120000 livres. Suivant le même tarif ,un fronton vaut 2600 1., un groupe 600, un chapiteau 60, un vase 75, une simple tête 455. Si l’on songe à la quantité de têtes, de vases, de chapiteaux, de groupes qui furent sculptés, si l’on fait le dénombrement des portes et des autres monuments qui furent édifiés, on a tôt fait d'évaluer les frais de construction à plusieurs millions de livres. Et encore, est-il bien entendu que les ouvrages d'intérêt local, comme la fontaine des Augustins, sont à la charge des habitants du quartier, et que

1. Ce sont les clauses du marché, passé entre Tourny et Navarre, À. D., Gir., C 1157, 25 septembre 1747. t 2. Voir la lettre de Tourny à Cholet, datée du 29 avril 1751, A. D., Gir., C 18.

3. A. D., Gir., GC 1166, 17 mars 1746, lettre de Tourny à un propriétaire.

4. Ce prix représente le montant d’une adjudication. Il est indiqué à Tourny par Maignol, procureur syndic de la Jurade bordelaise, dans une lettre du 17 avril 1745, A. D., Gir., C 920. Tourny écrit à M. de Ségur que l’adjudicataire a fait une bonne affaire, grâce au peu d'intelligence des architectes de Bordeaux.

5. Pour tous ces prix, voir essentiellement les liasses C 1173 et C 1191, aux Archives de la Gironde.

6. A. D., Gir., C 1223, 10 juin 1752, décision de Tourny. Les habitants du quartier étaient, pour la plupart, des juifs.

toutes les maisons à construire sont payées par les acquéreurs qu’elles trouvent.

Tous les expédients qu’il imagine ne dispensent pas l’intendant d’être en peine pour les versements à opérer. La ville n’a pas assez de revenus. L’excédent des impôts ne donne que des ressources illusoires. La recette la plus forte est obtenue par la vente des emplacements qui sont propriété communale; un fonds de 380000 livres est ainsi réuni par le lotissement des terrains du portt. Quand le produit des ventes est insuffisant, le marquis. pour balancer la dépense, demande l'autorisation de puiser tantôt dans la caisse des maisons démolies, tantôt dans celle des 3 sous pour livre.

Toutes deux sont largement mises à contribution : la caisse des maisons démolies donne pour les travaux 42108 L. en 1744 et 3516 en 1745. A la suite d’un arrêt du 10 octobre 1748, qui confirme l’intendant dans le droit de faire servir les fonds de cette caisse aux frais d’embellissement?, elle donne encore 25000 I. cette année même ; puis 42511. en 1750, 8800 en 1752, 70155 en 1753, 26665 en 1754, 32375 en 1755 et encore 30000 !. en 1700 € Quant à la caisse des trois sous pour livre, elle fournit pour les travaux, 60000 1. en 1743, 46000 en 1744, 49000 en 1745, 80000 en 1746-7, 20000 en 1748-9, 26000 en 1749-50, 29000 en 1750-T, 24000 en 1751-52, 54000 en 1753-54, 64000 en 1755-56, 13000 en 1756-57, plus de 100000 dans le cours de l’année suivante 4.

Pour combler le déficit, qu’on ne peut amortr malgré tout, Tourny en vient à payer de ses deniers, au point de ruiner sa famille ?

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