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IV. — Le Piédestal de la Statue équestre

Un revêtement de marbre manquait au piédestal de la statue équestre prématurément inaugurée. On parla un moment d'y suppléer par un revêtement de plâtre. Ge projet, dont Gabriel jugeait l'exécution inutile et dispendieuse, fut sagement écarté par Tourny#. L'intendant trouva, qu'à tout prendre, mieux valait «présenter aux yeux des étrangers l'œuvre complète 5. »

La guerre, l'absence de Verberekt, et l’entreprise de la Bourse retardèrent dé plusieurs années lexécution du piédestal. En 1749, Tourny l’eût confié à Francin si la.matière première s'était

Voir la lettre de Tourny à Gabriel, du 24 octobre 1749, A. DE Gr, CULTAE Ibidem. | :

A. D., Gir., G 1177, 15 mars 1750, lettre de Gabriel à Tourny.

4. Le fait est mentionné par Gabriel, dans la lettre qu’il adresse à l’intendant, le 14 septembre 1743. A. C., Bordeaux, D D 23, 14 septembre 1743.

5. A. D. Gir., C 18, 19 septembre 1743, lettre de Tourny au contrôleur général Voir aussi la lettre de Tourny à Gabriel, datée du 29 septembre 1743,

SETÈRNE

trouvée sur place! Mais les beaux marbres étaient encore à chercher,

L'intendant espéra un moment tirer parti de blocs qui encombraient la rivière depuis plus de 80 ans. Il commit l'inspecteur des marbres pour se rendre compte si les matériaux immergés pouvalent être utilisables. Le résultat fut négatif ?,

Le marquis espérait encore dans la complaisance de Lenormant de Tournehem qui avait promis de faire venir des marbres des # Pyrénées, mais cette combinaison échoua tout comme la première ?, . De guerre lasse, Tourny se tourna vers le pays du marbre, “ vers Carrare. Il écrivit au ministre du roi auprès de la République Ÿ de Gênes. Il lui demanda de négocier un marché pour 9600 pieds cubes de marbre blanc, « sinon de toute beauté, comme on le

demande pour une statue, du moins beau jusqu’à un ceftain point et veiné !, » Le marbre à grosses veines lui semblait préférable 5.

En même temps, Gabriel établissait le plän du piédestal avec un mémoire sur l'appareil des marbres. Il insistait pour l’exclu- . sion du bronze dans l'exécution des ornements. Il indiquait au marquis, toujours en peine de ses marbres, les noms de deux propriétaires de carrière habitant Carrare mêmes.

Le sieur de Tarlé, inspecteur des marbres, alla en Italie, et fit affaire avec le sieur Manzoni, le plus accominodant des négociants de Carrare, qui tous demandaient des prix excrbitants. Manzoni consentait à céder 6 blocs de 378 pieds cubes pour 304871. 108., « du plus beau marbre blanc, veiné à grosses veines 7»

1. A. D., Gir., € 1377, 24 octobre 1749, lettre de Tourny à Gabriel.

2. Sur les marbres de la rivière, voir les lettres échangées, dans le cours de 1748, entre Tourny et Lenormand de Tournehem. A. D., Gir,, C LS.

3. Correspondance échangée dans les derniers mois de 1749. A. DEPOT CALI77; Tourny demandait qu'on laissät à Bordeaux, au passage, quelques-uns dès marbres qui étaient destinés à Paris. Lenormand ne se souciait peut-être pas de favoriser ainsi les Bordelais, dans la concurrence qu'ils faisaient aux Parisiens, au point de vue de l’embellissement de leur ville. Il se contenta de répondre que l'ouverture de la carrière sur laquelle il comptait n’avait pas donné les résultats attendus.

4. À. D., Gir., CG 1177, 6 novembre 1749, lettre de Tourny au ministre de France, à Gênes.

5 I fait part de cette impression à Gabriel, dans une lettre du 25 juin HT TA D: Gr C1377:

6. A. D., Gir. C 1178, 19 avril 1750, lettre de Gabriel à Tourny.

7, À. D., Gir., G 1177, 8 septembre 1751, lettre de M. de Tarlé à Tourny.

La livraison serait faite à Agde et le transport aurait lieu, d'Agde à Bordeaux, par le canal: du Midi. Le marché une fois conclu, la question passa de l’intendant à la Jurade; la ville s’engagea par contrat daté du 31 août 1751. Une délibération de Jurade du 18 avril 1752 autorisa le sieur Cholet, trésorier de la ville, à emprunter la somme de 40000 1. pour le paiement?.

Les marbres arrivèrent à Agde au mois d'octobre, ils furent reçus à Bordeaux plus d’un an aprèst. Un complément d’expédition fut fait dans le courant de 17555.

La livraison finissant par excéder la demande, Tourny s’intéressa au placement des blocs dont la ville n'avait pas besoin. Manzoni lui adressa deux tables de marbre, en témoignage de reconnaissance. Le marquis eut la délicatesse de ne pas accepter le cadeau; il répondit au négociant que Îles tables lui seraient payéesf.

Quand Francin avait quitté Bordeaux, vers 1751, en laissant inachevé le piédestal de la statue, Tourny avait écrit : « Nous nous sommes promis, moi de l’en charger, lui d'y travailler aussitôt l’arrivée des marbres7. » La matière se trouvant à pied d'œuvre, le sculpteur allait pouvoir se mettre à l'ouvrage. A Paris, il avait employé une partie de son temps à composer des modèles sous la haute direction de Gabriel. L'architecte, trouvant dans le projet de Francin « un peu trop de fatras de rochers », avait conseillé au sculpteur de consulter Bouchardon et Pigalle *.

Par ailleurs, le 9 mai 1754, un contrat en bonne et due forme était. conclu entre Claude Francin, Tourny et les Jurats, « au sujet

1.2À, D:, Gir., C1177, 7 octobre 1754, lettre de Tournv aux jurats de Bordeaux.

2. Délibération’ publiée dans les Arch. hist. du dép. de la Gir.;, 1913, t. XLVIIL p. 450.

3. Voir, à ce sujet, la lettre du sieur Durand d'Agde à Cholet, datée du 17 octobre 1752 et publiée dans les Arch. hist. du dép. de la Gir. 1913, t. XLVIII, p. 451.

4, À. D., Gir., QG 1177, 8 février 1754, procès-verbal de visite par Bonfin et un jurat.

5. Il est question de cet envoi dans la requête adressée par le sieur Durand à Tourny, le 1e mai 1755, A. D... Gir., G 1177, et Arch. hist. du dép. de la Gir., 1913, t. XLVIII, p. 461.

6. A. D., Gir, G 1177, 11 juin 1754, lettre de Tourny à Manzoni.

7. A. D., Gin, G 1178, 14 août 1751, lettre de Tourny à Gabriel.

8. A. D., Gir., G 1178; 9 octobre 1751, lettre de Gabriel à Tourny. En toute occasion, Gabriel recommande la simplicité dans la décoration. C’est ainsi qu'il avait déjà mis en garde le marquis contre la recherche et le fatras, à propos de l'exécution des portes des galeries couvertes de la Bourse. A, D., Gir., GC 2829, 16 février 1747, lettre de Gabriel à Tourny.

des marbres à poser et des bas-reliefs à faire au piédestal de la statue de Louis XV.» Le sculpteur s’engageait à mettre en place, dans les derniers mois de 1756, ou dans le cours de l’année suivante, toute la marbrerie et toutes les sculptures du piédestal, à savoir : « au milieu des faces des bouts, les armes du Roi du côté de la rivière, et les armes de la ville, du côté de la ville, 4 consoles aux angles avec chutes en feuilles de chêne et 4 trophées d'armes sur les angles du soubassement ?.» Il n’était pas fait mention dans le contrat des bas-reliefs à insérer dans les deux grands panneaux du piédestal, bien que Gabriel y eût fait allusion dès 1750. Le sujet devait en être fourni, seulement en 1756, par la belle victoire du maréchal de Richelieu à Port Mahon.

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