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III. — Les Portes des Allées

Tourny fit servir à l’encadrement de sa promenade deux portes de ville, la porte du Chapeau-Rouge et la porte Saint-Germain qu'il transforma très habilement en portes d’allées.

Du côté de la Garonne, la porte du Chapeau-Rouge, ou porte Royale, devait former, suivant l’intendant lui-même, comme une transition entre les allées et la place Royale. Elle se présentait sur

1. A. D., Gir., C 1217, mémoire sans date, de la main de Tourny.

2. A. D., Gir., C 1219, 25 septembre 1750, lettre de Tourny au directeur des fortifications de la province.

3. Voir dans les liasses G 1217 et C 3307, aux Archives de la Gironde, plusieurs

1éttres de d’Argenson ou de d’Hérouville, où le ministère marchande encore son appro-

bation.

lé prolongement de la façade de la Bourse, et elle devenait ainsi «un accompagnement et en quelque façon une dépendance de latPlacez y; tandis que, d’autre part, elle devait mettre une barrière entre le quai et la promenade, sans borner la vue, en s’accommodant du plein air des allées, par une exécution aisée et légère, où ne manquerait ni la grôce, ni même la fantaisie. Tourny parlait de cette porte à Gabriel, dans ses toutes premières lettres; les srands travaux de la Bourse ne la lui faisaient pas oublier. L’ancienne porte du Chapeau-Rouge devait être redressée, suivant lui, par rapport à la Bourse, eb aussi par rapport «à la chaussée de pavé du dedans de la ville et à la porte Dauphine qui est au bout de cette chaussée de pavé?.» L'architecte partageait cet avis : «Cette porte, écrivait-il, fait partie du projet général de Ia place et doit y faire liaison sans y paraître postiche. » Tout en traitant la question de principe *, Gabriel pensait peut-être n'avoir point à passer de sitôt à l'exécution. Tourny le surprit, quand il lui manda, quelques mois plus tard, que le temps était venu de reprendre la porte du Chapeau-Rouge.

Sans balancer, l'intendant proposait à son architecte, et 1l lui fit admettre l’idée d’une porte en grillage à claire-voie#. Les travaux de fondation et de nivellenient commencèrent dès la fin de l’année 1746 5. En Juillet 1747, Gabriel envoyait le devis, le détail, les dessins et les profils de la grille 5. L'ouvrage fut exécuté en 17950, et trois ans plus tard, les jurats prenaient une délibération pour traiter avec Francin des groupes à placer sur les piliers entre lesquels était tendue la grille ?.

1, A. D., Gir, G 1191, 26 mars 1745, lettre de Tourny à Gabriel. Voir aussi la lettre de Tourny à d'Argenson, en date du ?7 janvier 1744.

A. GC, Bordeaux, D. 23, 27 mars 1744, leltre de Tourny à Gabriel. A. CG, Bordeaux, D D 23, 7 juin 1744, lettre de Gabriel à Tourny.

4. À. D., Gir., CG 1191, 26 mars 1745, lettre de Tourny à Gabriel.

». On commença par procéder à.la démolition de quelques baraques, auxquelles Tourny fait allusion dans une lettre du ? juin 1746, adressée à M. Cellier, commamndant du Chäteau-Trompette. Sur les premiers travaux entrepris, voir aussi le mémoire sans date de la liasse CG 1217.

.6. Gel envoi était annoncé dans la lettre de Gabriel à Tourny, datée du 5 juillet 1747, Ac, Gin, 2G90! ;

7. I s'agit de la délibération du 16 janvier 1753. Les jurats agréent les proposi- Lions de lrancin, qui se charge d'exécuter les deux groupes pour S.000 1 L’intendant est prié de commettre pour lexamen des maquettes de Franein «M. Gabriel et deux ou trois des plus lrabiles sculpteurs de l'Académie royale ». A. É: Bordeaux, BB, registre pour les années 1752-1753, f° 100.

LES PROMENADES DU CHATEAU-TROMPETTE o1]

La nouvelle porte fut double: un côté donnait sur la chaussée pour servir aux voitures; l’autre sur l'allée d'arbres «pour servir aux gens à pied.» Les deux piliers d'architecture étaient formés de colonnes et de pilastres accouplés. Les groupes de Francin représentérent «Mercure protégeant la ville de Bordeaux, avec 2 figures et attributs désignant le commerce, » et «le fleuve de Garonne protégeant l'Amérique, avec ? nègres et des attributs %. »

Cette entrée luxueuse eut son pendant à l’autre bout des allées, du côté du faubourg Saint-Seurin. On l’appela la porte de Tournv. Elle remplaça, aussi avantageusément que possible, l’ancienne porte Saint-Germain, où s’ouvrait tout juste un étroit passage dans une tour carrée, à. échauguettes, précédée d’une barbacane semi-Circulaire ?. La vieille tour fut jetée bas, à la suite de la délibération de Jurade du 24 janvier 1744 ?

rant de l’année 1745 4.

, Sans doute dans le cou-

Le nouvel ouvrage fut à claire-voie. Le plan avait été confié à Portier, mais Gabriel y collabora. Il modifia notamment le dessin de la grille, «l’ayant trouvé trop écrasé5.» Le sieur Voisin fut chargé de l'exécution; la décoration revint à Francin. Il composa pour la porte de Tourny deux groupes, comme pour la porte Royale.

L'ensemble fut monumental. Les deux guichets, flanquant l’ouvrage, s’appuyaient aux maisons d’angle et aux piliers de pierre que les groupes surmontaient. Entre les piliers et la porte centrale à deux battants, se développait de chaque côté une grille en fer forgé, à pointes de lance. La porte elle-même portait un fronton aux armes du roi. Les groupes représentaient des enfants porteurs d’écussons f.

1. Cette description est présentée dans la délibération précédente.

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