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Dijeaux un décor tout spécial. Il lui laissa un peu de cet aspect guerrier dont s’honoraient celles qui la précédèrent, la Porta Jovia de l'antiquité, et la porte à barbacane du moyen âge !. L'ouvrage, dont Tourny confia le plan à Portier, l'exécution à Voisin, la décoration à Francin, et qui s’éleva api 1748 el 1752, recut pour sa part un assortiment de trophées, de casques, de piques et de drapeaux, massés en hauts-reliefs sur les contre- pentes de ses frontons triangulaires, et dans le cadre de ces frontons, d’une part les armes de la ville, timbrées d’une couronne murale, d’autre part, les armes de France, timbrées de la couronne royale et décorées de la grand’croix de l’ordre de Saint-Louis.
Au midi de la porte Dijeaux, sur la pente qui descendait au marais de l’archevêché, les Feuillants avaient un enclos qui mesurait environ «120 toises du levant au couchant, sur 80 du nord au midi.» Ce terrain était couvert dans différentes parties de buttes de terre provenant tant de la démolition d'anciennes fortilications que du dépôt des décombres de la ville. Un procès qui durait depuis plus de 140 ans entre la ville et les Feuillants, pour savoir à qui appartenaient plusieurs portions de ce terrain, avait empêché qu’on en tirât aucun parti. À peine,pouvait-on s’y frayer un chemin pour aller des portes Dauphine et Dijeaux à celles d’Albret et de Sainte-Eulalie?. Tourny engagea- fort sagement les parties à terminer leur procès. Quand il fut parvenu à les mettre d'accord, il fit déblayer les buttes pour livrer passage à son boulevard. Les déblais charriés au marais voisin servirent à l’édification d’une chaussée. Ainsi le cours d’ Albret s'établit à la suite du raccord de la rue Dauphine #.
Des allées d’Albret existaient déjà‘ On voit sur les anciens
1. Sur la porte Dijeaux, voir aux Archives de la Gironde, pour les détails de maçonnerie, la liasse C 1155; pour les comptes de Voisin, la liasse C 1221 :#bour les comptes de Francin, qui s’élèvent à 1.800 L, la liasse C 1973, 25 janvier 1753. On lira aussi avec profit, au sujet du même monument, le procès-verbal de Ja Sociélé archéologique de Bordeaux, en date du 28 février ISSI, une communication de M. Fourché à la même Société, © XXIX du Bulletin, p. 4, l'étude de l'abbé Corbin sur la Porle-liijeaux, et l'ouvrage le M. Paul Courteauit, intitulé Les Porles de Bordeaux.
2. Renseignement fourni par la lettre de Tourny à d'Argenson, en date du 30 juin 746. ND: Gir:,:.G 1219.
3.. Nous ue les détails par Tourny lui-même. A: D:, Gir:, G:.1219, 30 juin 1744, lettre à d’Argenson.
4 Cf. lettre de Tournyÿ à d’Argenson, en date du 6 mars 1747, A. D., Gir., C 1219.
plans, qui datent d'avant Tourny, un chemin ouvert entre le mur dé clôture du jardin de l’archevêché et le canal où s’écoulent les eaux de la Devise. Ce chemin, utilisé pour le transport des vins de Graves aux Chartrons, s’amorçait au chemin du Tondu; il coupait ensuite de biais le pont de Ja Mothe, puis contournait la butte de la porte Dijeaux; il remontait encore la pente du Mt Judaïque et se dirigeait enfin vers les Chartrons à travers le faubourg Saint-Seurin'. La chaussée rectiligne. de l’intendant, longue de 172 toises sur 9 de large, réduisit tous ces détours ?. Les travaux étaient déjà avancés en septembre 17454. Des ponceaux furent établis pour l'écoulement des eaux. Une ordonnance fut rendue, prescrivant aux riverains du Peugue de procéder au déblaiement de son lit. Comme le cours Tourny, le cours d’Albret fut planté d'arbres aux environs de 1748.
Au sortir des marais, et une fois dégagé de ce mauvais pas, le boulevard se heurtait au saillant du fort du Hâ, et aux remblais de la plate-forme. Comme il avait procédé pour l'investissement du Château-Trompette, l’intendant engagea des négociations avec le ministre de la guerre pour serrer de près le fort du Hà *. Quand il y fut parvenu, comme l’enceinte de la ville tournait brusquement de l’ouest au sud, il prit le tournant assez à l’avance, pour élargir l’angle saillant.
Il. — La Façade du Midi.
La plate-forme de l’'Ormée, contiguë au château du Hâ, apparaît à Tourny comme un ouvrage inutile et même nuisible. En demandant à d’Argenson la permission de le niveler, il s’acharne avec un sourire malin sur ces fortifications d’un autre âge, incapables de faire peur. «lee jardin de ce château, écrit-il en parlant du HA, est bordé au midi, du côté de la porte Sainte-Eulalie, par un rem-