‹ TournyChapitre 345 sur 494 · VI. — La Défense de l’Intendant · texte numérisé non relu

VI. — La Défense de l’Intendant

Être traité d’usurpateur par le ministre d’un roi dont on étend le pouvoir et qui se prétend l'héritier de Louis XIV, la chose était si forte, que l’intendant blämé éprouva quelque surprise d’avoir à se justifier. Cette surprise paraît fréquemment dans la correspondance de Tourny.

Quand le ministre le rappelle à l’observation stricte des ordres du monarque, il se déclare convaincu, il cède, il se soumet. «Le roi, écrit-il,est le maître d’ordonner que dans l'administration qu'il m'a fait l'honneur de me confier, je me comporte de telle ou telle manière, et personne ne sera jamais plus exact que moi à remplir les intentions de Sa Majesté ?, » Mais 1] s’insurge au moment d’après, quand on a l’air de croire qu'il est impopulaire, quand on l'invite à se faire aimer. [Il trace alors sa propre histoire, et il commence par rappeler que son souvenir est resté bien cher à Limoges. « Songez, Monsieur, je vous supplie, écrital à Saint-Florentin, que je ne suis point un homme qui entre dans le monde et dont le caractère ne soit ni fait, ni connu. Treize années d’intendance dans le Limousin, où le souvenir de mon adn:nistration est aussi chérie que respectée, n’y laissent douter à personne qu’à la plus exacte justice et au travail le plus infatigable, j'ai toujours joint l'esprit de douceur et de concihation. Cet esprit m'a suivi ici où le naturel du pays et la cons- Lilulion particulière de la ville m'ont fait connaître qu'il m'était encore plus nécessaire que partout ailleurs. Aussi ne m'en suis-je écarté dans aucune occasion, et a-til produit, que malgré les réformes que J'ai été chargé de faire sur quantité de parties qui

1. A. N., OL 511, 6 mai 1756, dépêche ministérielle à Tourny. . r. A. D, Gir,, C 916, 12 octobre 1750, lettre de Tourny à Saint-Florentin,

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L'EXERCICE DE L'AUTORITÉ 083 péchaïient.…, personne n’a cru avoir à se plaindre de la façon dont j'en ai usé! »

Il en à usé même si bien à l'égard de sa province, que le contrôleur général Machault lui reproche de mettre l'intérêt de ses administrés au-dessus de celui du roi. Sa nouvelle province l’a conquis. Son caractère le porte maintenant à faire prévaloir le bie public sur tout autre motif?., Son administration a pu se modifier #; mais en se modifiant, elle s’est rapprochée du peuple. Que lui reproche donc Saint-Florentin ? Si le ministre estime que les intendants ne doivent plus être les agents de l'autorité et de la souveraineté royale, Tourny ne comprend plus. Il est l’homme de la province, mais il est aussi l’homme du roi.

En portant atteinte à son autorité de commissaire départi, c’est celle du roi qu’on diminue. (Qu'il est important, écrit Tourny, pour l'administration des affaires du Roi, que son (Commissaire que 20 années de fonctions ont dù faire paraître ni méchant, ni étourdi, ni ignorant, ni inappliqué, soit soutenu de toute l'autorité qui le peut faire craindre, pendant que pour se faire respecter, il remplit tous ses devoirs avec la plus exacte justice, et que pour se faire aimer, il emploie beaucoup de douceur. »

La hiérarchie des pouvoirs doit être maintenue, pour que leur collaboration soit possible. « Il faut que les inférieurs croient de la bonté, de la douceur dans ceux qui sont préposés au-dessus d’eux, mais il faut aussi qu'ils ne s’imaginent pas qu'on peut les mécontenter sans qu’ils y fassent attention, sans qu'ils le sentent. Il n’y aurait bientôt plus de frein pour retenir ces inférieurs, lorsque quelque intérêt, quelque passion les mettrait en mouvement. Je crois avoir assez d'expérience dans le monde et avoir fait assez de réflexion sur le genre humain, pour être convaincu qu’un intendant dont on aurait cette opinion ferait mal les affaires du Roi et

1. A. D., Gir., C 916, 12 novembre 1750, lettre de Tourny à Saint-Florentin. 2. A. D., Gir., C 910, 10 juillet 1750, lettre de Tourny à Saint-Florentin. Tournÿ

dit exactement : «le bien public que mon caractère me porte à faire prévaloir sur

tout autre motif. »

3. A. D., Gir,, C 1236, 9 mai 1750, lettre de Tourny. « Les circonstances changeant, la façon de se gouverner doit aussi Changer. »

4. C’est la thèse que Tourny soutient dans la lettre qu'il écrit à d’Argenson, le 11 novembre 1750, A. D., Gir., GC 1219.

5, A. D., Gir., C 916, 15 août 1750, lettre de Tourny à Saint-Florentin.

du public ?, » Pour que tout aille bien, il faut que tout reste dans l’ordre ?.

Le principe de l’omnipotence royale doit être sauf. Ce principe doit être admis sans limitation, sans qu’on puisse réprocher aux agents du monarque des abus de pouvoir, sans qu'on puisse regarder autrement que comme des usurpations les prétentions formées par les vieilles puissances féodales, Cours souveraines ou Corps de ville. Colbert disait: « Les bruits de Parlement ne sont plus de saison, ils sont si vieux, qu'on ne s’en souvient plus #. » Tourny n’a pas une opinion meilleure à l’égard des jurats de Bordeaux : « Ce n’est que par usurpation, écrit-il, qu'ils se sont décorés du titre de gouverneurs, comme ont fait, à Agen et à Condom, les maires et consuls de ces villes, sans y avoir plus de droit #. », EE 1l ajoute pour se justifier des usurpations qui lui sont imputées à luimême : « J'ai toujours pensé, et j'ai vu mes confrères penser de même que, lorsqu'une matière n’est pas de la compétence des juges ordinaires, et que les contestations auxquelles elle peut donner lieu doivent être décidées au conseil, il est de notre devoir, ou du moins de notre prudence, de pourvoir provisoirement comme commissaire du conseil à ce qui peut se trouver d'instant ou d’avantageux au service, sans prétendre nous attribuer aucune juridiction personnelle. La confiance due à ceux qui remplissent nos places dit assez le bien qui peut résulter de là, et fait présumer qu'il n’y a aucun mal à en craindre. »

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