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Coll. MÉAUDRE DE LAPOUYADE
, D } ) L'EXERCICÉ DE L'AUTORITÉ 585
Pouvoir central. La situation est grave pour Tourny, et d’une façon: plus générale, pour le régime. La carrière de l’intendant s’encombre de difficultés toujours nouvelles qui lui font dire : « Avouez qu'il faut beaucoup aimer le bien public, pour ne pas être rebuté au milieu de tant de difficultés !, »
D'autre part, l’organisation monarchique semble menacée de décomposition. L'autorité qui est en discussion est aussi en péril, par ce fait que les pouvoirs, qui en détiennent une partie, se font concurrence, que l’unité n’existe pas entre les agents du roi, ministres et intendants, et qu’elle tend au contraire à s'établir entre les magistrats du peuple, Parlement et Corps de ville.
Les ministres intriguent auprès du roi. Les intendants discutent les ordres des ministres. Les Parlements, avec tous leurs suppôts, procureurs, avocats, huissiers, sergents, font des remontrances et entravent l'exécution des arrêts du Conseil. Les Communautés se dispensent d'observer à la lettre les ordonnances des commissaires départis. Les autorites se contrecarrent, et comme leurs ordres se contredisent, ils risquent de n’être plus obéis. Tourny essaie en vain de se faire illusion. Il écrit à propos d’une de ses ordonnances, dont l’exécution appartient à la Jurade de Bordeaux : «Je ne crois pas qu'aucun huissier, par la crainte de déplaire à la respectable Jurade, fasse défaut de signifier mon ordonnance ?. » Son impuissance, 1l la constate journeliement. Les prud'hommes de Libourne ne sont pas plus exacts aux séances du Corps de ville quand il les rappelle à l’ordre. Il a beau prendre des ordonnances pour hâter la reddition des comptes, dans les diverses Communautés, l’opération demandée,n’en est pas avancée davantage‘. L’administration de l’intendant n’aboutirait à rien, s’il ne suppléait à l’exercice de l’autorité par son influence personnelle, s’il n'avait le don de faire vouloir à autrui ce qu’il veut lui-même. Mais précisément
1. A. D., Gir., C 1219, 28 août 1750, lettre de Tourny. Voir aussi, dans la même liasse, sa lettre du 13 juin 1750.
2. A. D., Gir., C 1019, 8 juin 1751, lettre de Tourny à son subdélégué de Bordeaux. de Sorlus.
3. On s’en convaincra, en parcourant le registre de délibérations B B 28, aux Archives communales de Libourne. Voir notamment le procès-verbal du 4 juillet 1756.
4. Tourny le constate lui-même. Voir son ordonnance du 24 avril 1754, A. D., Gir., G 509, minute autographe.
par là , il a l'air de tirer tout le pouvoir à lui, et ses initiatives servent d'excuse et d'encouragement aux usurpations des autres.
Ainsi se démontre l'exactitude du mot d'Albert Sorel : « On vit alors ce qui paraît le plus intolérable aux peuples, l’anarchie dans la centralisation. Chacun tire à soi... Tous les pouvoirs
sont en conflit 1. »