CHAPITRE I
La Querelle de l’Académie.
[. Les Entreprises de l’Intendant-Architecte. —— II. Les Partis à l’Académie. — II]. L’Intervention de Montesquieu. -— [V. La Médiation de Trudame. — V. La Médiation du Marquis de Paulmy.
L — Les Entreprises de l’Intendant-Architecte.
Les académiciens de Bordeaux furent les premiers à s’insurger quand, lors de la création de ses allées, l’intendant les invita à changer de logis.
La paix des académiciens avait failli être troublée lors de la mise à l’étude du plan de M. Dasfeld. Elle le fut en 1743 par les entreprises des Jacobins. À propos d’un échange de terrain, les bons religieux eurent le mauvais esprit de détruire le mur du jardin de l’Académie. A son tour, en 1746, Tourny dessinant le plan de ses allées, se proposa de prolonger leur façade jusqu’à la rue
Mautrec au delà de l'Académie dont la façade serait ainsi masquée. Pour parer à ce désastre, les académiciens n’avaient pas de temps à perdre.
. L'intendant prit les devants. Il écrivait plus tard: « Le projet n'allait que jusqu’au voisinage de l'Académie, avec intention de le compléter, en poussant la ligne de maisons jusqu’à la rue Mautree. ; mais l’Académie, tombant par là dans le cas d’être masquée, e’était un trop mauvais tour à lui jouer, pour que je ne m'’arrêtasse pas jusqu'à ce que j'eusse trouvé un moyen de la dédommager, de façon qu’elle en retire un avantage qui lui fera accepter la chose avec plaisir! » Tourny crut trouver la solution la plus élégante en amenant la ville à faire ouvrir une belle rue entre l’église des Jacobins et l’esplanade, L'Académie y gagnerait une nouvelle façade. En échange du terrain qu’on lui prendrait, elle recevrait de la ville tout l’espace compris devant sa maison, elle y bâtirait la bibliothèque et la grande salle qui lui manquaient, et elle y «retrouverait la belle rue qu’elle perdrait à son ancien bâtiment *»
Tel est le projet que l’intendant soumit d’abord à quelques académiciens dans des conversations particulières et qu'il communiqua ensuite, le 12 avril 1749, au plus grand nombre de ses collègues réunis en assemblée générale, extraordinairement. « À la pluralité des voix, sans la contradiction seulement de quelques personnes, il fut délibéré que le projet était avantageux à l’Académie, et qu'elle abandonnerait toutefois et quand la ville voudrait, la partie en question de son jardin, pour le terrain qui lui était proposé sur le devant 3. »
La Compagnie avait fait confiance à Tourny, qui, sans apporter de plan, avait déclaré d’une façon toute spontanée « que s’il était chargé par sa place de défendre les intérêts de la ville, il ne devait jamais perdre de vue ceux de l’Académie, et qu'il était impossible que sa main droite travaillàt jamais contre sa main gauche»
1. A. D., Gir., G 3306, 1er septembre 1749, lettre de Tourny à l’évêque d’Agen, minute autographe.