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Liasse C 910, aux Archives de la Gironde

4. Le fait est rapporté par Tourny dans sa lettre à Saint-Florentin du 12 septembre 1750, À. D., Gir., G 916. Les jurats n’ont jamais pensé à contester son exactitude,

LA

À partir du mois de mai 1790, les jurats font des difficultés incroyables, soit pour venir à l’intendance, soit pour prendre Ja parole en présence de l’intendant. Ils en usent ainsi à l’occasion de l’élection du député de la ville, et encore à propos de la liquidation des comptes de la Compagnie d’approvisionnements. Les jurats répondent bien à l’appel de Tourny, mais quand il veut leur communiquer le mémoire de la Compagnie, «tous restent immobiles et se taisent, à l'exception du sous-maire» qui me dit, écrit le marquis, «qu'il prendrait le mémoire si je voulais, mais que ce ne serait pas pour le lire alors; qu'il l’emporterait, que les jurats l’examineraient à l'hôtel de villet.» Le temps n'est pas loin où les jurats se dispenseront de faire visite à l’intendant à la veille des élections, ou encore quand il sera sur le point de partir en voyage, ou lorsqu'il sera de retour ?.

La Jurade se compromet davantage quand elle essaie de présenter la justification de ses procédés nouveaux. Tourny s'étant plaint au contrôleur général des difficultés résultant pour l’administration, de la susceptibilité ombrageuse des jurats, Saint- Florentin leur demande, pour leur trouver une excuse, de rechercher, depuis trente ans, dans leurs registres, les «délibérations par lesquelles il paraîtra que les jurats auront été mandés par MM. les intendants, pour se rendre à l’intendance en corps, qu’ils s’y sont rendus en corps, ou ont refusé de s’y rendre#.» Les officiers municipaux n’ont pas à chercher beaucoup pour trouver qu'il n’en existe point d'exemple, ce qui leur permet de traiter de «nouveautés » Les instructions de l’intendant. Mais ce dernier a beau jeu de montrer que les jurats jouent sur les mots : ils parlent de visites en corps, ce n’est pas de ces visites qu’il est question ; il s’agit de savoir si les Jurats ne venaient point chez lui, en conférence, au moins dix fois par mois. Tourny cite des dates, et-il apporte pour preuves les comptes rendus qu'il à fournis de ces assemblées. Que les jurats cherchent donc, non pas dans

1. Récit de Tourny dans sa lettre au contrôleur général, en date du 11 août 1750, A. D., Gir., G 1378. Document cité par M. Marion, Une famine en Guienne, P. 37. 2 Tourny s’en plaint dans une lettre qu'il adresse à Saint-Florentin, le 14 août

or Ci0,916; 3. A. D., Gir., G 916, 28 août 1750, leltre de Saint-Florentin aux jurats,

les délibérations, mais dans les lettres qué le marquis ou ses prédécesseurs leur ont écrites à propos de ces assemblées *.

La lumière se fait, mais Saint-Florentin, tout en gourmandant les jurats, s’en prend aussi à l’intendant, comme s'il avait tort, même d’avoir raison. Il écrit aux premiers : «J'ai reçu la lettre par laquelle vous vous êtes plaints que le huit août dernier M. de Tourny a exigé de vous que vous vous assemblassiez chez lui. Dans un corps composé avec choix comme le vôtre, le zèle du service devrait seul prévenir ces sortes de discussions; il n’est pas possible que vous remplissiez l’administration qui vous est confiée sans une relation intime avec l’intendance, et il convient que quand M. de Tourny vous fait savoir qu'il a à vous communiquer des ordres du roi ou choses intéressantes pour le service, vous vous rendiez chez lui. Ce n’est pas que vous deviez changer le lieu de vos délibérations, qui ne peut être qu’à l’hôtel de ville, mais uniquement aller entendre ce que M. de Tourny aura à vous dire des intentions du roi, et conférer avec lui suivant que le pourront exiger les occasions et les circonstances. Il vous est d'autant plus nécessaire d’éviter des délicatesses mal placées qu'elles vous rendraient répréhensibles, au lieu que le roi veut bien prendre le soin de vous maintenir dans vos. droits et prérogatives, et écouter les représentations que vous aurez à lui faire sur ce qui pourrait les altérer ? |

Ces propos sont autrement ménagés que ceux de la lettre adressée à Tourny par Saint-Florentin; le ministre à l'air de vouloir le sacrifier aux jurats. [lui fait savoir assez brutalement: « C’est uniquement pour éviter que l'autorité de votre charge ne soit compromise par une décision contraire à vos prétentions, qui deviendrait publique, qué je leur mande (aux jurats) qu'ils doivent se rendre tous chez vous quand vous le demandez. Mais il a été trouvé au contraire que, comme toutes les fois que vous avez à mander les jurats, il n’est point question d’apparat, vous ne devez point les mander tous, et qu'il suffit que l'hôtel de ville vous députe deux jurats, comme au Parlement, pour entendre

. A. D., Gir., C 916, lettres de Tourany des 8, 12 et 19 septembre 1750. 9. A. D., Gir., C 916 et A. C., Bordeaux, BB registre de correspondance pour 1750- 1751%0 octobre 1760, lettre + Saint- Foret aux jurats de Bordeaux.

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ce que voux aurez à leur dire, et en faire leur rapport à l'hôtel de ville1...»

Les jurats ont l'adresse d'élever jusqu’au Pouvoir central,

Je débat de toutes les questions qui les intéressent. A chaque fois

que l’intendant voudrait amorcer la discussion, le ministre prévient ses réflexions par des conseils ou plutôt par des remontrances. Une difficulté est soulevée, certain jour, par la nomination des trésoriers de l'hôpital: Tourny en rend compte à Saint-Florentin qui le rend aussitôt responsable, qui lui reproche d’être intervenu, qui lui déclare : « Vous n'avez point d'attribution particulière pour connaître de ces élections 2. » Le marquis ose insister sur un autre point, à propos des réunions tenues à l’intendance. Le ministre lui répond : « Vous en voulez faire une loi. C'est ce que le roi désapprouve, parce qu’il aime la douceur et la conciliation. Je vous en ai dit mon sentiment en plus d’une occasion. Je vois avec peine le peu d'impression qui vous en demeure ?.» L'intendant frémit sous le reproche; il ne l’accepte pas; il n’a pas peur de répondre au ministre : «Je n'ai, Monsieur, jamais reçu de lettre de l'espèce de celle à laquelle j'ai l'honneur de répondre »; il expose longuement sa Justification et il termine en réclamant plus de justice et plus de bonté.

Pendant ce temps, les jurats exultent, et ils entendent développer leurs avantages. Ils se passent de répondre aux lettres de Tourny 5. Quand l’intendant s’absente , les Jurats refusent d’entrer en relations ave son subdélégué, de Sorlus *. Ils voudraient voir venir à eux le subdélégué qui refuse à son tour d'accéder à leur demande. Tourny, que de Sorlus informe, se plaint au garde des sceaux de la conduite des jurats, qui est « contre raison, contre toute règle d’administration?. » Il rend compte de l'incident à

1. A. D., Gir., C 916, 5 octobre 1750; lettre de Saint-Florentin à Tourny.

2. À. D., Gir., GC 1100, 16 octobre 1750, lettre de Saint-Florentin à Tourny.

3. A. D., Gir., C 916, 30 octobre 1750, lettre de Saint-Florentin à Tourny.

4. À. D., Gir., C 916, 12 novembre 1750, lettre de Tourny à Saint-Florentin. Voir aussi ses lettres des 23 novembre et 5 décembre 1750.

9. A. C., Bordeaux, BB, registre de correspondance pour 1751-1752, 4 février 1751, lettre de Tourny aux jurats.

6. Par un billet du 6 juin 1751, de Sorlus avait prié les jurats de déléguer chez lui l’un d’entre eux, A. D., Gir., G 916, copie.

A. D., Gir., G 916, 13 juin 1751, lettre de Tourny au garde des sceaux.

Saint-Florentin. « Le fondement de la protection que vous leur accordez, lui écrit-il, est l'impression qu'ils ont eu l'adresse de vous donner que je cherchais à les inquiéter !. » Tourny se plaint encore à de Courteille de l’outrage qui lui est fait : « Tous Messieurs. les Intendants sont blessés en ceci, par rapport aux conséquences 2.» Pour se prémunir contre toute surprise, il se renseigne auprès d’un capitoul, pour savoir comment à Toulouse le Corps de ville en use avec le subdélégué *.

Toutes ces démarches de l’intendant annoncent l’action vigoureuse qu'il va entreprendre contre la Jurade, dans l'espoir de la

faire rentrer dans le rang.

1. A. D., Gir., C 916, 13 juin 1751, lettre de lourny au garde des sceaux.

2. A. D., Gir., C'916, 24 juin 1751, lettre de Tourny à de Courteille.

3. La démarche de Tourny nous est connue par la réponse de de Couloussac, l’ancien .capitoul de Toulouse, et subdélégué d'Agen; A. D., Gir., C 916, 27 juin 1791.

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