VII. — L'Observation stricte de la Règle
En tout et pour tout, le commissaire départi voulait imposer aux jurats l’observation stricte de la règle. Il était prêt à ne leur rien passer, Il alla jusqu'à contester au Corps de ville le droit de disposer des billets de comédie, et 1l prétendit obliger les officiers
1. Ces renseignements nous sont fournis par un mémoire établi en 1773 par l’intendant de Bordeaux, sur la question des finances municipales. A. D., Gir., C 3661.
2, À. D., Gir., C 1069, 19 juin 1751, lettre de Dupin à Tourny.
3. Sur ce fait, Saint-Florentin demanda des explications à Tourny par sa lettre du 8 septembre 1751, Tourny les lui fournit, par sa réponse du 28 septembre suivant, ATP AGIT, CGUING:
Dhi:\te
municipaux à lui rendre tous les devoirs dus à sa charge, à répondre très exactement à ses leltres, à les conserver et à les classer. Pour les faire rentrer dans le rang, il imagina de les soumettre à une consigne.
Le 27 septembre 1751, 1l leur recommande de dresser, à partir du 1er janvier suivant, un répertoire général de leurs délibérations, registre par registre !. Le 4 décembre, il leur écrit plusieurs lettres : dans l’une, il se plaint de leur retard à lui retourner un plan et un mémoire qui leur ont été remis depuis deux mois; dans une autre, il les invite à mettre plus d'ordre. dans leur correspondance, puisque leurs visites en corps à l’intendance ne sont plus de saison. «J’ai eu lieu, leur dit-il, de connaître, Messieurs, en plusieurs occasions, qu’il est intéressant pour un certain ordre d'administration, qu'indépendamment du compte que souvent vous pouvez avoir à me rendre verbalement sur différents objets dont je vous écris, vous me fassiez des réponses ou par lettres ou par simples mémoires sommaires, que ceux d’entre vous qui me viendront parler me laisseront. Vous sentez que sans cela, vous avez par devers vous ce que je vous écris, et que la plupart du temps, je n’ai rien par devers moi des éclaircissements ou instructions que je vous demande, pas même la preuve de la réception des ordres que j'ai donnés.J’en parlai, Messieurs, avanthier à deux d’entre vous qui, sans doute, vous en auront informés. Je vous prie de plus, pour que rien n'échappe, de faire tenir un registre où mes lettres seront transcrites, ainsi que vos réponses ou mémoires sommaires, qui seront censés en tenir lieu?.» A
l'appui de ces exigences, Tourny citait un arrêt qui venait d’être
rendu sur le classement des archives communales, mais il avait surtout le souci d’enfermer la Jurade dans un ensemble de règlements, d'instructions et de consignes d’où elle ne pourrait plus jamais sortir.
Pour la même raison, il tint la main à ce que ses rapports avec l'hôtel de ville fussent parfaitement conformes aux règles de l'étiquette, admises par la tradition. Avant 1750, la question de
4 Il le leur demande par sa lettre du 27 septembre 1751. A. D., Gir., C 1079, copie. 2, À. C., Bordeaux, BB, registre de correspondance de Jurade pour 1751-1752, 4 décembre 1751, lettres de Tourny aux jurats, transcription,
l'étiquette ne se posait pas. « Tout le monde vous dira ici, écrit le 12 novembre 1750 l’intendant à Saint-Florentin, que si sous aucun intendant, ils (les jurats) n’ont été veillés de si près pour les empêcher de mal faire, surtout de’ dissiper, ils n’ont en même temps, sous aucun, été traités avec autant d'attention, de politesse, d'amitié. Un jurat gentilhomme, avocat, où négociant n’était pas chez moi comme un officier municipal, maiscomme un ami à qui je cherchais à donner de la considération et procurais tous les petits plaisirs qui pouvaient être à ma: disposition !...» À partir de 1750, sa brouille avec les jurats empêche Tourny de les recevoir comme des hôtes; ses facons ne peuvent être aussi amicales et affectueuses; mais il s’efforce de ne rien laisser percer de son mécontentement intérieur, et plus que jamais sa correction est parfaite ?. Il se donne ainsi le droit d’exiger des officiers municipaux qu'ils le traitent avec autant d’égards. S'ils y manquent, il dénoncera leur tort au ministre impitoyablement.
C'est ainsi qu'arrivant de sa tournée, le 23 novembre 1751, il signale à Saint-Florentin que les jurats ont omis de lui faire visite, «comme c’est l’usage %. » Le ministre est bien obligé de lui donner raison. Quelques jours plus tard, à l’occasion des visites du premier de l’an, il relève des inexactitudes dans le procès-verbal consigné sur le registre de Jurade : il n’a pas reconduit les officiers municipaux jusque dans la cour de l’intendance, comme le prétendent les jurats5. Il se plaint encore de la façon peu décente dont ils correspondent avec lui, malgré ses instructions réitérées : ils répondent à ses lettres par de simples feuilles volantes. « Je vous déclare, leur écrit-il, que je ne prends pour réponse des feuilles volantes; je ne les garde que pour les envoyer au ministre avec les réflexions qu’elles méritent 6. »
Ces détails-ne vaudraient pas d’être signalés, s'ils n’avaient un
1. A. D., Gir., C 916, 12 novembre 1750, lettre de Tourny à Saint-Florentin.