‹ TournyChapitre 373 sur 494 · NAN SR RES EEE · texte numérisé non relu

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Florentin est faux et courtois. Son attitude put faire illusion à ceux qui l’approchaient comme de Courteille ; et Tourny s’y trompa peut-être. De Courteillé n’écrivait-il pas au marquis,le 15 octobré 1751: « Monsieur de Saint-Florentin, instruit des faits, vous rend dès à présent la justice qui vous est due»; et Comarrieu, le fidèle Comarrieu, n’allait-il pas plus loin encore, quand il écrivait de Paris à l’intendant de Bordeaux : « Monsieur le due d’Aiguillon m'apprit en même temps, que dans un dernier entretien qu'il a eu avec Monsieur de Saint-Florentin, ce ministre lui dit plus d’une fois qu’il commençait de s’apercevoir qu’il s'était trompé grossièrement sur l’idée qu'il avait prise de M. de Tourny et qu’il lui devait plus de justice 2.

Dans l'amitié que Saint-Florentin témoignait à Tourny, on peut noter cette nuance asez délicate : s’il ne se disait pas son ami seulement du bout des lèvres, il ne l’assurait pas non plus d’une amitié profonde et d’un attachement sentimental. Saint-Florentin n’entendait donner son amitié qu’à condition : il se déclarait l’ami de Tourny, quand l’intendant se rendait au bien du service, et il lui retirait cette même amitié quand l’intendant avait l’air de subordonner le souci du service à ses vues personnelles. Tourny n’était rien pour Saint-Florentin qu’un intendant, dont les mérites étaient appréciables, mais qui comprométtait sa situation en opprimant les administrations communales. C’est ainsi qu'on le lui représentait, c’est ainsi qu’il s’obstinait à le voir, sans aller davantage au fond des choses. |

Il s’en tient donc aux apparences, et il a l’air de défendre les intérêts du service, en toute impartialité. «Je ne suis pas l’avocat des jurats », déclare-t-il un jour’. Cette attitude lui donne toute liberté pôur reprocher à Tourny ses prétendus torts. Le ministre ne s’en fait pas faute : sur chaque affaire, 1l bâtit un réquisitoire et il ne manque pas d’habileté pour tourner contre l’intendant tous les actes el tous les écrits par lesquels Tourny s'efforce de mettre la Jurade à la raison. A l’entendre, le marquis aurait été le premier responsable, en gardant rancune aux jurats d’un défaut

1. À. D., Gir., C 916, 18 octobre 1751, lettre de M. de Courteille à Tourny. 9. AUD... Gir.. G 2297, 26 décembre 1752, lettre de Comarrieu à Tourny. 3. A. D., Gir., G 916, 22 octobre 1751, lettre de Saint-Florentin à Fournyÿ.

de complaisance de leur part, lors de la candidature de Beaujon. Tout le reste de la querelle aurait été la conséquence de ce premier malentendu, et c’est uniquement pour se venger, et non pour soutenir le bien du service, que Tourny serait parti en guerre-contre la Jurade, qu’il aurait dénoncé ses abus l’un après l’autre, abus qu'avant mai 1750, il tolérait fort bien !. « Les grands avantages tirés de la bonne constitution de l’hôtel de ville de Bordeaux nous sont connus, écrit le ministre à l’intendant; vous y avez applaudi, et vos applaudissements n’ont cessé que depuis le refus que les jurats ont fait de porter Beaujon à la place de député du Commerce. Je le sais de vous-même. C’est donc non le service du roi, mais un mécontentement personnel, qui vous a indisposé contre les jurats.…. Je vous exhorte à vous rendre sans partage à l’œuvre du service ?.» La grande force de cette argumentation est de donner à penser ‘que, quoi que fassent les jurats, l’intendant en porte la responsabilité, parce qu’il a été le premier fautif.

Partant de là, on peut croire que le commissaire départi trouve moyen, à l’occasion, de faire passer ses volontés avant les ordres du roi. Saint-Florentin lui écrit avec un méchant sourire qui fait mal : « Sa Majesté qui est très persuadée qu’elle peut rendre des arrêts sans la permission de MTS les intendants qu'elle consulte quand elle juge à propos, mais qui ne connaît point de règle qui l’y oblige, n’a pas jugé à propos de rien changer à celui que je vous ai adressé de sa part, et Sa Majesté m'a paru surprise qu’on eût imaginé qu'on pouvait faire un établissement public sans lui en avoir rendu compte et sans qu’elle l’ait approuvé 3.»

La situation du marquis est ainsi compromise à la Cour. Trouvé, l'agent des jurats, peut y intriguer à loisir et mettre Comarrieu, l’homme de Tourny, en échec. Si l’on va dans certain bureau où domine Saint-Florentin, que n’entend-on pas dire de l’intendant? L'agent des jurats sème les mensonges, et les commis se font un malin plaisir de les colporter : «Que n’ai-je point souffert de l'homme des jurats, dit Comarrieu ! # Il a peur de le rencontrer; une pareille rencontre est de mauvais augure, surtout quand Trouvé est sou-

AD TGIr AC 916, 8 septembre 1751, lettre de Saint-Florentin à Tourny. A. D., Gir., C 916, 8 septembre 1751, lettre de Saint-Florentin à Tourny. A. NSAOù 510, 12 mai 1754, dépêche ministérielle à Tourny.

+ D. Gir., G 8297, 1er janvier 1753, lettre de Comarrieu à Tourny,

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riant; son sourire annonce toujours quelque fâcheuse aventure, un arrêt tout frais éclos que Saint-Florentin aura obtenu, en niant l'évidence, pour faire le malheur de Tourny, et le bonheur de ses Jjurats.

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