‹ TournyChapitre 386 sur 494 · PRE · texte numérisé non relu

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sur elle le Parlement, si elle n’est point tombée ici dans le mépris aux yeux du public, il ne s’en faut de guère. De temps en temps, elle cherche à s’en relever par des arrêts sur les droits du roi, qui, n'étant pas approuvés par M.le Contrôleur général, lui en attirent la cassation avec des lettres de réprimande, ce qui augmente son avilissement.…. 1, »

Quelque dur qu'il soit pour la Cour des Aides, ce jugement de Tourny parait, en grande partie, fondé. La Cour se donne parfois du mouvement, mais il est rare que ses interventions aboutissent. Elle perd son temps à protester contre l'établissement du vingtième; ses protestations lui attirent un blâme, bientôt suivi d’un ordre formel d'enregistrement ?. Quand, découragée de se montrer à propos des lois générales, elle réduit son rôle à intervenir dans les détails de l’administration, elle commet trop souvent l’imprudence de renchérir sur les ordres du commissaire départi, de les contrecarrer ou de les traverser. Elle trouve alors un ennemi dans l’intendant. À propos de la perception de l’impôt, il se plaint de ses vagues déclamations; à propos d’une taxe d'office cassée par la Cour, peut-être inconsidérément, il rappelle encore les juges des Aides à l’observation des règles *; le ministre encourage le successeur de Tourny à suivre l'exemple du marquis, pour contenir «l’empiètement » de la Cour, atteinte de «folie tourmentante #, »

Dans une affaire qui le touchait tout particulièrement, Tourny eut mal au cœur de trouver la Cour peu disposée à le satisfaire, mais 1l dut éprouver aussi une certaine joie à triompher de sa résistance. Le frère de Beaujon, le grand négociant bordelais, voulait obtenir la charge d’avocat général à la Cour des Aides de Bordeaux. Pour arriver à ses fins, il ne se conforma peut-être pas à toutes

1. À. D., Gir., documents non elassés, 5 avril 1749, lettre de Tourny au chancelier, relative au frère de Beaujon qui voulait acquérir une charge d’avocat général à la Cour des Aides, et dont il sera question par la suite.

2. Voir la dépêche ministérielle du 18 juillet 1749 à la Cour des Aides, A. N., OL 508. Tourny avait informé le contrôleur général de la résistance opposée par la Cour des Aides, dans sa lettre du 14 juillet 1749. A. D., Gir., GC 3216, copie.

3. Il fait en sorte de pouvoir à son tour faire casser l’arrêt de cassation rendu par la Cour des Aides, comme le contrôleur général l’y encourage. A. D., Gir., C 3232, 28 février 1749, lettre de Tourny à M. d’'Ormesson.

4. À. D., Gir., C 3336, 1758, analyse de document relevée sur l'inventaire sommaire,

les règles, et il se mit par là dans son tort; d'autre part, la cabale agit contre lui, au Parlement et même auprès du chancelier. Tourny prit alors sa défense avec autant de chaleur que les erinemis de Beaujon en avaient mise à l’attaquer. Il fit tant et si bien, il rétorqua si péremptoirement toutes les bonnes et toutes les mauvaises raisons alléguées par le chancelier, que celui-ci finit par se laisser convaincre ?.

Cependant le marquis s’était trouvé entraîné, par là chaleur de la lutte, à mettre en cause, ce qui était grave, certains conseil-

lers du Parlement.

II — L'Alliance de Tourny et du Parlement.

Le Parlement de Bordeaux était-il pire que les autres ? D’Argenson eut-il raison d'écrire : « Ce sont gens fermes, chauds, ignorants et intéressés. J’ai vu souvent au Conseil privé des traits qui prouvent que le Parlement de Bordeaux est une des mauvaises jugeries du royaume?». {attitude qu’eut le Parlement de Bordeaux pendant la famine de 1748 tendrait à le faire croire.

La Cour souveraine avait gêné l’action de l’intendant, du moment que celui-ci s’était mis à la tête de toutes les autorités pour le salut de la province*. Le Parlement, réservant dès lors son indépendance, était intervenu isolément, et assez souvent en concurrence avec Tourny ‘. Certains magistrats étaient allés plus loin encore; ils avaient fait naître des incidents de nature à soulever l'opinion. Le public s'étant laissé ébranler, le Parlement n'avait pas manqué de « donner de la trompette », en dénonçant les abus de pouvoir que le commissaire départi se permettait : Tourny n’entreprenaitil pas de contester au Parlement sa juridiction naturelle, alors

1. Le dossier de cette affaire figure parmi les documents non classés, aux Archives de la Gironde. Il comprend toute la correspondance échangée entre Tourny et le chancelier sur la question, du 16 mars 1749 au 11 avril 1750.

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