Cf. M Marion, Une famine en Guyenne, p
4. On lit par exemple dans une lettre de Machault à Tourny, en “aate du 29 février 1748 : « Comme le Parlement de Bordeaux a jugé à propos d'écrire au roi pour lui demander de nouveaux secours, il ne m'est pas possible de répondre à ce que vous m'avez marqué de votre côté, at ’à ce que Sa Majesté se soit expliquée. » A. D. Gir., G 1405.
que lui-même faisait « les changements les plus considérables et les plus importants, sans jamais consulter le Parlement».
Et cependant Tourny faisait l’impossible pour ne pas engager de,conflit avec la Cour souveraine. Pendant la famine notamment, il s’efforça, tout en réservant ses droits supérieurs de commissaire du roi, de ne pas se compromettre personnellement dans la lutte engagée entre les magistrats et le Pouvoir central. Lorsque survenait un incident, il voulait toujours régler l'affaire à l'amiable, il s’efforçait de convaincre les magistrats, il offrait de leur communiquer toutes les pièces du procès, pour leur ôter jusqu’au moindre doute?. Quand il s’agit de faire emprisonner le domestique d’un conseiller au Parlement, le marquis aima mieux encourir les reproches du ministre que de prolonger la détention du coupable. Le domestique ayant été frappé d'expulsion, l'intendant s’en remit au premier président pour l'exécution de l’ordre*. Quand le moment fut venu de signifier au Parlement les mesures prises contre trois de ses membres, les sieurs de Blanc, de Grissac, et Dudon, Tourny hésita beaucoup avant d’en prendre la responsabilité et le chancelier dut lui écrire, en lui envoyant l'arrêt : « J’aurais fort souhaité aussi bien que M. le Contrôleur Général de pouvoir l’adresser à un autre que vous, afin d'éviter, s’il eût été possible, de vous commettre de nouveau avec le Parlement, mais on ne pouvait pas l'envoyer directement à cette Cour; et après tout, comme il n’y a pas actuellement de Commandant à Bordeaux, vous êtes le seul homme du Roi à qui l’on puisse faire remettre un pareil arrêt».
Combien Tourny aurait préféré être intendant dans une ville qui n’eût pas eu de Parlement ! « Si je n’étais point dans une - ville à Parlement, où il y a des esprits brouillons toujours prêts à saisir avec avidité les plus petites occasions de critiquer sans
1. Reproche adressé à Tourny par le Parlement, dans un mémoire au chancelier
du 18 juin 1748. A. D., Gir., C 1399.
>. Voir la lettre de Tourny au procureur général du Parlement, du 17 mai 1748, A. D., Gir., G 1399. La démarche de l’intendant auprès du procureur allait à l’encontre des règles de l'étiquette. |
3. Voir la dépêche ministérielle adressée à Tourny le 22 mai 1748, A. N., O1 508 et A. D., Gir., G:1399, ét la lettre de Saint-Florentin à l’intendant, du 7 juin suivant; AD GW, 101399
4. À. D., Gir., C 1399, 9 juillet 1748, lettre de d’Aguesseau à Tourny.
raison, ni mesure, je prendrais parti... 1» Étant dans une ville à Parlement, il regarde comme indispensable d'entretenir une certaine bonne intelligence avec la Cour souveraine 2.
Pour assurer cette bonne intelligence, il s'était attaché, dès son arrivée, à gagner l’amitié du premier président, comme celle du procureur général. I n'avait manqué aucune occasion de nouer des rapports personnels avec certains magistrats, il les recevait chez lui, à sa table*; il leur faisait fête, autant qu'il le pouvait. Pour clore au plus tôt sa querelle avec le Parlement, au moment de la famine, il n’avait pas craint de faire le premier pas; il n’eut pas de plus grande joie que lorsque se produisit l’apaisement : et c’est ainsi que, par une politique très adroite où la séduction et les bonnes grâces jouaient leur rôle, Tourny, tout en tirant à lui l’autorité, tout en multipliant les évocations qui privaient les Cours de leurs causes, conservait encore en 1753, et même en 17544, l'alliance du Parlement: « Depuis 9 ans que j'ai l'honneur d’être Intendant de Bordeaux, écrivait-il, J'ai entretenu avec M. l’Archevêque, M. le Premier Président du Parlement et M. le Procureur Général, l'intelligence la plus intime, sans qu'elle ait été altérée un seul moment. Elle a été utile au bien public et a passé de nous quatre dans le plus grand nombre des membres du corps, surtout dans les plus estimés 5.
1. A. D., Gir., C 1399, 30 août 1749, lettre de Tourny au contrôleur général.
2. Le 18 mai 1748, Tourny écrivait au chancelier : « Je me suis toujours étudié à entretenir tant avec M. le Premier président du Parlement de Bordeaux qu'avec toute la Compagnie en général et en particulier, cette bonne intelligence pour faire le bien el j'ai eu jusqu'ici le bonheur d'y réussir ». Il écrivait encore au contrôleur général, le 31 mai suivant : « Mon système a été de conduire toujours en pareille occasion les choses par la douceur, et d'entretenir autant qu'il serait possible avec les Corps une certaine bonne intelligence qui me paraît nécessaire, pour mieux opérer le bien, de part et d'autre. » A. D., Gir., C 1399.
3. On lit dans une lettre du 15 novembre 1753, adressée par un parlementaire à de Lamontaigne fils, conseiller au Parlement de Bordeaux : « Quelques-uns de nos Messieurs dinèrent, ce jour-là, chez M. l'intendant, ce fut la elôture de nos plaisirs, » B. M., Bordeaux, fonds Lamontaigne, carton 2, lettre no 928. à
4. On en trouve la preuve dans un billet adressé par Leberthon à Tourny, le 11 avril 1754, A. D., Gir., C 1415.
1.9; A. D; Gir,, C.911, 22 juillet 1752, lettre de Tourny au garde des sceaux,
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