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IV. — L'Affaire des Vins du Quercy

Les magistrats ne Lardèrent pas à faire sentir au marquis le poids de leur ressentiment.

On sait que l’admission des vins du haut pays à Bordeaux était déterminée d’après des conditions très expresses, interprétées toujours par les jurats et par le Parlement avec la plus grande rigueur, et par l’intendant avec une relative indulgence. En 1753, Tourny n'avait pas craint de suspendre toutes poursuites contre certains habitants de Domme, qui s'étaient trouvés en contravention pour leurs vins, et il avait encoùru, pour ce fait, le bläme du ministre de la province. Deux ans plus tard, dans un cas tout pareil, le commissaire départi n’était pas plus disposé à sévir, à l’encontre du Parlement qui témoignait du plus grand zèle.

Le 14 août 1755, Tourny plaidait, dans une lettre au contrôleur général, la cause des gens du Quercy. Tout en reconnaissant les privilèges de Bordeaux, il alléguait « le droit naturel » en faveur des propriétaires du haut pays, et 1l arguait encore de l'intérêt général et de la liberté qui fait prospérer le commerce”. Sur la requête des gens du Quercy *, les jurats fournirent un mémoire et le premier président rédigea, au nom du Parlement, une lettre relative au même objet 4.

Au Conseil où l'affaire fut portée, l’avis de Tourny prévalut : il entraîna les suffrages . Le député du Commerce, Castaing, eut beau intervenir, le Conseil décida de faire « surseoir jusqu’à nouvel ordre à toute saisie et poursuite 5 ».

1. À. N,, O1 510, 24 mars 1753, dépêche ministérielle à Tourny. Voir aussi celle du 22 avril 1753.

2. A. D., Gir., C 1616, 14 août 1755, lettre de Tourny au contrôleur général.

3. Voir, sur cette affaire, la délibération du Bureau du Commerce, en date du 21 août 1755. A, N., F12 JOR

4. Ces mémoires sont à chercher dans la liasse C 1339, aux Archives de la Gironde. Il en est fait mention dans la lettre du député Castaing, en date du 23 août 175592

5. A. C., Bordeaux, B B 22, 23 août 1755, lettre de Castaing aux jurats, copie. On y lisait : «L'on rapportla, jeudi dernier, au Conseil du commerce, la requête que les habitants du Quercy avaient présentée, Malgré la force de vos représentations. l'avis de M. de Tourny à prévalu, Il est vrai qu'il n’a rien omis pour lui attirer de la confiance », Il a montré que la question était vitale pour le Quercy, qu’elle l'était moins pour Bordeaux, « qu’au reste votre opposition était moins fondée sur un pré Judice réel... que sur la crainte de voir insensiblement anéantir votre privilège... Ces

L'émotion fut grande à Bordeaux quand on connut, par les indiscrétions du député du Commerce, le rôle joué par Pintendant. Les jurats s’assemblèrent chez le premier président, et de méchants propos cireulèrent. En confidence , Dupin les répéta à Tourny : € Ils sont, lui écrivait-il, d'autant plus dangereux, à présent, que depuis la distribution qui se fait journellement des billets d’aver- Lissement pour le payement du ?20me de cette année, on vous impute l'augmentation sur les cotes de quelques propriétaires du

Médoc. Monsieur le Premier président, qui a d’ailleurs sur le cœur l'affaire du Terrier, peut donner des impressions extrêmement désagréables pour vous. Le ? septembre 1755, Dupin écrit encore à son chef : « Vous ne sauriez, Monsieur, vous imaginer avec quelle avidité et quelle noirceur on a cherché à vous rendre odieux, en débitant que vous protégiez les habitants du Quercy au préjudice de ceux de Bordeaux et que vous vouliez signaler votre retraite par la ruine du Bordelais». En même temps, les parlementaires continuent de s’en prendre à l’intendant à propos du Terrier. « L'un m'a dit, écrit le secrétaire, que le Parlement avait appris avec mal au cœur que vous aviez présenté Monsieur Comarrieu

à tous les ministres et que vous protégiez ouvertement la Commission contre les droits du Parlement... De là il m'a fait entendre que cette Cour ne vous verrait que de mauvais oœ1l?».

Sur ces entrefaites arrive une grave nouvelle : les saisies ont commencé aux Chartrons; le Parlement a pris un arrêt d’exécution et l’a confirmé, même après que les jurats, mandés pour la 3 circonstance, ont eu excipé des ordres donnés par le contrôleur

général ?.

L'intendant informé se plaignit de l’indiscrétion de Castaing, de l'esprit de malveillance qui animait contre lui, tant Île Parle-

motifs ont entraîné les suffrages malgré tout... Ce n’est pas, MM., concluait Castaing, la circonstance actuelle qui m'occupe. Je crains, peut-être avec raison, qu'on n’aille plus loin sur cet objet. M. de Tourny paraît le désirer beaucoup. Il est persuadé que c’est faire le bien général que d’accorder librement l’entrepôt de ces vins ».

1. A. D., Gir., C 1617, 30 août 1755, lettre de Dupin à Tourny.

2, A. D., Gir., G 1617, 2 septembre 1755, lettre de Dupin à Tourny. j 3, Voir la lettre de Dupin, en date du 2 septembre 1755, et celle des jurats, en date du 6; A. D., Gir., C 1617. Consulter aussi Labraque- Bordenave, Histoire des députés du commerce, Actes de l'Académie des Sciences, Belles-Leltres el Arls de Bordeaux, 1889,

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