V. — L’Incendie de la Salle de spectacle
Dans une autre grave affaire qui éclata bientôt après, le Parlement prit encore plus le parti des jurats contre le commissaire du Roi.
Dans la nuit du 28 au 29 décembre 17955, un violent incendie détruisit la salle des spectacles contiguë à l'hôtel de ville. Pourquoi l’intendant et les jurats eux-mêmes ne furent-ils avertis que par le tocsin et non pas par la garde ? Où le feu prit-il ? au premier étage, comme le dirent les Jurats, ou bien au second, dans le local affecté par eux au nommé Gaëtan. leur prête-nom dans l’entreprise du spectacle ? Pourquoi, contre toutes bonnes règles, ce Gaëtan avait-il été autorisé à accumuler dans son magasin toutes sortes de « marchandises d’épiceries les plus inflammables » ? Pourquoi la ronde, prescrite par les règlements, n’eut-elle pas lieu dans la salle de spectacle à dix heures et à minuit ? C’étaient là les secrets de l’incurie municipale 3%.
Une fois de plus, l’intendant la dénonça, et il se préoccupa en même temps de faire rebâtir au plus tôt une salle de spectacle, pour détourner le public des funestes Jeux de hasard.
Les jurats, se défiant de Tourny, firent appel au Parlement. Ils commencèrent à s'adresser à la Cour pour le procès-verbal des dégats, et ils produisirent autant de témoins qu’on voulut, pour affirmer que le feu avait pris non pas chez Gaëtan, comme tout le monde le pensait, mais à l'étage au-dessous, ce qui allait contre la vraisemblance.
1. A. D., Gir., C 1617, 12 Septembre 1755, lettre de Tourny à Trudaine, copie.
2. Voir, à ce sujet, Labraque-Bordenave, 0p. it, p. 345. Le 17 septembre 1756, des ordres étaient envoyés non pas à Tourny, mais au comte d’'Hérouville, nouvellement nommé commandant de la province, pour «arriver à un accommodement entre les propriétaires de vins du Quercy et les négociants de Bordeaux. »
3. Sur ces diverses questions, voir les lettres de Tourny au comte d'Hérouville,
en date du 29 décembre 1755 et du 5 janvier 1756. A. D., Gir., CG 1207, copies.
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Le Parlement intervenant, l’intendant s’abstint de commettre son subdélégué pour suivre Paffaire, quelque droit qu'il eût de connaître des questions intéressant l’hôtel de ville.
IF était assez embarrassé pour faire choisir aux jurats l’emplacement d’une salle « provisionnelle ». Il prévoyait toutes les difficultés que ce choix comporterait. « Cet incendie, écrivait-il, va être un nouveau sujet de zizanies pour savoir s’il doit y avoir une salle provisionnelle et où on la mettra ?...»
Pour sa part , Tourny pensait que le mieux était d'installer la salle provisionnelle dans le local de l’ancienne. Cet avis, parce
qu'il était celui de l’intendant, avait peu de chances de rallier
les autres autorités. «Ç'a été assez, écrit le marquis, que j’aie témoioné de penser ainsi, pour qué le Procureur syndic ait pris à tâche de s’y opposer et de prétendre qu’il fallait chercher un autre local 5». Avec la meilleure grâce du monde, le marquis se porta à chercher , avec les jurats, cet autre local. La difficulté du choix apparut bientôt. On proposait tous les jours quelque nouvel emplacement : on parlait de la place du Marché Royai, d’un terrain en bordure des allées de Tourny, d’un emplacement joignant la porte Dauphine, d’un autre situé sur les Fossés des Salinières, d'un autre encoré rue Leyteire, enfin de limmense jardin du sieur d’'Arche, entre la rue Leyteire et la rue du Mirail. Au lieu de choisir entre ces locaux, la jurade les admit tous successivement et indistinctement. Après quoi, elle finit par revenir au premier avis de Tourny : on installerait la salle provisionnelle sur l'emplacement de l’ancienne #.
Lorsque la décision fut bien prise, quand on apportait déjà les planches nécessaires à la bâtisse nouvelle, Le Parlement intervint et fit cesser tout travail. L’intendant parvint bien à convaincre le premier président, mais la Cour, assemblée, se prononça à la majorité de sept voix contre l’ancien local.
1. Sur l'attitude qu'il compte adopter, Tourny renseigne le comte d’Hérouville dans sa lettre du 5 janvier 1756, déjà citée.