VI. — Le Renversement des Alliances
La situation de Tourny se gâte tout à fait, parce qu'il a contre lui une coalition. Les jurats qui ont entraîné le ministre ont conquis encore le Parlement.
. A. D., Gir., CG 1207, 21 février 1756, lettre de Tourny au contrôleur général. : Voir, à ce FE les lettres adressées, le 6 mars 1756, par Lo au contrôleur général et à Saint-Florentin, A. D., Gir., C 1207, copie. 3. A. C., Bordeaux, BB, registre de jiradé pour 1755-1756, délibération du 7 mai 1756. A. D., Gir., G 1207, copie de la délibération. 4, A. N., O1 511, 9 mai 1756, dépêche ministérielle au contrôleur général.
Le temps w’était pas éloigné cependant où jurats et parlementaires entretenaient les plus mauvais rapports. L’intendant parle lui-même de « l’inimitié » bien décidée qu’on remarquait jusqu’en 1751 entre la Cour et l'Hôtel de ville *. Les deux autorités avaient été en concurrence, en 1745, à propos d’une distribution de médailles 2; elles se trouvaient encore dans la même situation, deux ans plus tard, quand les officiers de la chancellerie près le Parlement de Bordeaux dénonçaient les atteintes que les jurats voulaient donner à leurs privilèges *.
La Cour souveraine ne perdait pas une occasion de faire sentir son ascendant à toutes les autorités cadettes, y compris les jurats et ces derniers auraient été malmenés par le Parlement plus souvent sans doute, si Tourny ne les avait pris sous sa protection, en les mettant sous sa tutelle.
Après 1790, la Jurade rentre en grâce auprès du Parlement, au moment du changement de procureur syndic. Thibault, successeur de Maignol, n’a pas des accointances seulement avec les bureaux du ministère, il a son entrée à la Cour souverairre, il l’a chez le premier président et il y fait pénétrer la Jurade à sa suite 4. Les deux autorités jusqu'alors rivales se découvrent des intérêts communs: l’une comme l’autre souffrent du régime de centralisation et d'administration personnelle établi par l’intendant; elles ont le même programme dans la question des vins; elles ne sont pas loin d’être d'accord dans la question des blés; pour défendre les privilèges de la ville, les magistrats sont les mieux qualifiés, et les jurats ne le sont pas moins pour soutenir la cause des grands propriétaires qui siègent au Parlement ; en liguant leurs intérêts particuliers, Jurade et Parlement peuvent faire échec à la politique d'intérêt général, de bien public, voulue et suivie par Tourny. Il convient que les magistrats redeviennent les Pères du peuple; il convient que les jurats redeviennent les maîtres chez eux. Le procureur syndic et le clerc de ville font de fréquentes visites au premier président; les jurats eux-mêmes sont conviés à la Cour
1. A. D., Gir., G 911, pièce détachée dans le dossier des élections de Jurade de 1755.
2. Voir la dépêche ministérielle du 23 mars 1743 à Tourny; A. N., O1 506.
3. D’Aguesseau envoie à Tourny le mémoire des officiers, par une lettre du 11 octobre. 1745: AD. Gin; Ch3888: |
4. A. D., Gir., G 911, pièce détachée du dossier des élections, pour l’année 1755, déjà citée. : |
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