Condom
La ville de Bordeaux n’est pas seule à être le théâtre des «combats d'autorité », suivant l'expression employée par le Parlement dans sa fameuse lettre du 10 avril 17561. Dans beaucoup d’autres villes de la généralité, on assiste à ce même spectacle qui suggère la réflexion suivante à un historien de F Agenais : « Déjà à
cette époque, en Agenais comme ailleurs, germent dans les esprits même les plus dévoués au régime établi, les idées d’affranchisse- : ment el d'indépendance qui devaient aboutir à 17892». Cette apprécialion ne nous parait pas absolument fondée et l’esprit public de 1789 apparaîtrait à l'analyse bien différent de celui de 1750 ou de 1755; mais on peut dire, qu'à partir de 1755 surtout, l'indépendance 4 Communautés trouve un encouragement dans l'opposition des Cours souveraines, et qu’il en résulte une fermentation générale, dont les agents directs du pouvoir ont à souffrir.
I. À D., Gir., C 3623, 10 avril 1756, lettre du Parlement de Bordeaux, déjà citée. 2. Ph. Lauzun, Documents inédits relatifs à l'entrée du duc d'Aiguillon à Agen et à Condom en 1751, p. I, de l'avant-propos.
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LA RÉPERCUSSION DANS LA PROVINCE wi
La petite ville de Condom qui avail fait des difficultés en 1751 pour rendre les honneurs au duc d'Aiguillon, quand il vint visiter ses domaines, montrait encore, deux ans plus tard, beaucoup de mauvaise humeur, au sujet de la réfection des livres de cadastres pour charges et décharges. L'objet du litige était mince, mais la discussion n’en demanda pas moins plusieurs années pour aboutir. La Communauté avait pris à cet effet deux premières délibérations, les 24 septembre et 8 novembre 1753, et l'intendant avait rendu une première ordonnance, le 10 mars 17514. Le 13 mars 1755 encore, on voit le sieur Champenois offrir d'effectuer le travail pour 1000 livres: sa proposition est acceptée. Mais le sieur Pelanque, secrétaire de la ville, se fait prier pour donner communication des anciens registres qu’il détient; il offre, de son côté, de faire le travail pour 1500 livres. Pelanque est autorisé à se pourvoir devant l'intendant’. Par une ordonnance du 1€? avril 1755, l’intendant, ou son secrétaire qui fait fonction en son absence, revient sur la décision prise en 1754 et annule les délibérations de 1753. La Com- -munauté condomoise est ainsi autorisée à donner l’entreprise à Pelanque pour le prix convenu de 1500 livres, sans compter la fourniture du papier ?.
Au lieu de s’en remettre à la décision de l’intendant, la Communauté tergiverse encore; dans sa séance du 20 avril 1795, elle accepte le projet de Pelanque, mais elle veut ne lui donner que 1000 livres et le papier. En l’absence de Tourny, Dupin écrit au subdélégué de Condom : « Monsieur l’Intendant, Monsieur, trouvera bien extraordinaire l’acte de Jurade du 29 de ce mois. A-t-on jamais vu procéder de cette façon ?.. Il y à sûrement là-dedans des motifs secrets de contradiction, dont l'intérêt de la Communauté n’est pas le principal objet. Tâchez, M., de savoir le dessous des cartes ét de me le marquer ». À quoi le subdélégué trouve seulement à répondre : « Je pense, écrit-il, que M. Pintendant pourrait bien autoriser la délibération du 13 mars, sans s'arrêter à une Jurade qui, quelquefois, est plutôt dictée par le caprice el autres choses que je ne déduis pas..."
1. Voir l'extrait du registre de délibérations de l'hôtel de ville de Condom, en date
du 13 mars 1755, A. D,, Gir., C 3384.
D., Gir., C 3384, 1°° avril 1755, ordonnance de Tourny. à D. Gir., G 3384, 8 mai 1755. lettre de Dupin au subdélégué de Condom.