IV. — Sarlat
Le Sarladais souffrait de longue date de l’excès des charges qui lui étaient imposées. Quand il réitéra ses plaintes en 1756, ce ne fut pas la Communauté même de Sarlat, mais le Clergé et la Noblesse de l’élection qui prirent l'initiative.
Les agents généraux du Clergé de France, les abbés de Crillon et de Jumilhac, signalèrent à Tourny un certain nombre d'impôts indûment établis, d’après eux, sur le Clergé de Sarlat. Ces impôts pesaient notamment sur des biens appartenant au Clergé et affermés à des taillables?. L'’intendant s’empressa de répondre à leur requête le plus favorablement qu’il put, en rejetant sur le syndic du diocèse la responsabilité de l'erreur commise : « Si les ecclésiastiques du diocèse de Sarlat ont été imposés pour des biens qu'ils ont donnés à ferme, ils ont raison de réclamer contre les cotes qui leur ont été personnellement faites, et sont dans le cas d’en obtenir la décharge 5. » Comme s’il avait moins de courage, maintenant, pour surmonter les résistances et pour faire taire les récalcitrants, le commissaire départi se porte à des concessions que naguère 1l n’aurait pas admises.
La Noblesse du Sarladais se plaignit, comme le Clergé, d’être vexée dans ses prérogatives. Pour des retards de payement dans les impositions, la subdélégation de Sarlat avait adressé à un grand nombre de nobles une lettre circulaire dont le ton était menaçant. La circulaire, qui s’inspirait d’une ordonnance de l’intendant rendue le 15 février 1756, faisait craindre aux gentilshommes retardataires qu’ils pourraient être contraints au payement de leurs dettes par garnison de la maréchaussée 4.
L. Voir leur lettre du 16 juillet 1756, adressée à Tourny, A. D., Gir., C 1317. 2. A. D., Gir., C 469, 3 avril 1756, lettre adressée à Tourny par les agents généraux du Clergé de France.
3. A. D., Gir., C 469, 10 avril 1756, réponse de Tourny aux agents généraux du Clergé, minute autographe. )
4. La lettre circulaire était ainsi conçue : « Monseigneur l’Intendant vient de rendre une ordonnance le 15 du courant, en conséquence des ordres du Conseil contre Messieurs les gentilshommes qui ordonne d'envoyer un cavalier dela maréchaussée, faute par eux d'avoir payé leurs impositions. Comme vous êtes dans le cas, je vous supplie d'envoyer payer, au plus tard, le jour des Cendres. Je serai très fâché de vous
faire des frais. Mais je ne puis m'empêcher de suivre les ordres qu'on me prescril, » À, D, Gir., C 469, 29 février 1756, |
Cent Le vo
Ces menaces ayant fait scandale, l’intendant ne craignit pas de désavouer ses subordonnés et de revenir sur ses instructions personnelles pour rendre la paix au Sarladais et aussi pour se la rendre
à Tui-même. « J'ai été d’une surprise sans égale, écrivit-il à la sub-
délégation de Sarlat, à la vue d'une lettre dont copiesera ci-jointe, écrite le 29 février par le sieur Brugère à M. de !la Brousse de Messet. Il n’est personne qui, en la lisant, n'imagine que sans aucun motif particulier, j’ai donné des ordres indéfinis pour con-
traindre par garnison de maréchaussée toute ia Noblesse du Sar-
ladais au payement de ses impositions.… Si le sieur Brugère avait envoyé aux redevables une co pie de mon ordonnance du 15 février au bas d’un extrait des arrérages qu’ils doivent de leurs imposi-
tions, chacun aurait connu Île motif de cette ordonnance, et $e
serait empressé de s'acquitter pour éviter la garnison dont il se serait vu menacé, au lieu qu’une lettre, conçue dans des termes aussi généraux et aussi peu convenables, a dû produire un effel
contraire. Je vous prie, Monsieur, que pareille chose n'arrive plus...
Au surplus, le mauvais usage fait de non ordonnance me détermine
à la révoquer = »