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CHAPITRE XIV

Tourny devant l'Historre.

[L. Les Portraits de Tourny. — Il. L'Homme. -— Il. L'Œuvre. -— IV. Le Jugement de l'Histore. — V. Le rôle historique de Tourny.

La figure de Tourny nous a été conservée par nombre de documents, qu’il nous plaît de classer géographiquement, pour ainsi dire, d’après les villes entre lesquelles ils se trouvent répartis.

Paris a gardé le plus beau des portraits de Tourny, celui dont la facture est la plus brillante, une très séduisante peinture de Tocqué, datée de 1733, et provenant du château de la Falaise. Nous avons fait la connaissance de ce chef-d'œuvre chez le comte de Grancey.

En 1733, Tourny avait trente-huit ans; il était dans la force de l’âge, sans avoir atteint encore la plénitude de son talent. Dési-

1. L'étude très détaillée et très minutieuse des portraits du grand intendant a été faite tout récemment par M. Meaudre de Lapouyade, dans un excellent article intitulé l’Iconographie de Tourny, Revue historique de Bordeaux, octobre-décembre 1919.

reux de plaire, il paraît satisfait de lui-même, et comme heureux de vivre, Avec beaucoup d’adresse, le peintre l’a représenté à micorps, le buste légèrement penché en avant, la tête tournée de troisquarts à droite; il a su le faire poser. Dans le tableau, les tonalités picturales se font mutuellement valoir : on remarque dans l’ouverture de l’habit plutôt: sombre la veste de brocart d’or; par un effet contraire, la cravate de soie noire tranche à son tour sur la chemise de batiste; enfin le visage frais, aux carnations délicates, s'offre avec grâce, entre les boucles floconneuses de la perruque très légère.

Limoges n’a rien de comparable à ce morceau de choix. Cependant l’ami et le collaborateur de Tourny, M. Juge, avait demandé au marquis de laisser, en souvenir, son portrait à la capitale Hmousine, avant de la quitter. L’intendant promit, mais nous ne saurions dire s’il fut fidèle à sa promesse. Les plus savants érudits de Limoges n’ont pu nous fournir aucun renseignement: On peut voir seulement dans le musée de céramique un émail catalogué Tourny; l'inscription du catalogue est récente et elle est sans doute inexacte; le portrait n’est pas ressemblant. Limoges n’a du marquis que des gravures qui sont partout 7,

C'est à Bordeaux que sont groupées presque toutesles pièces de l’iconographie du grand homme, statues, bustes, peintures, pastels, sans parler des gravures. Dans sa capitale favorite, la figure de Tourny est devenue depuis longtemps,pour les artistes, un thème de prédilection.

Au moment de la Révolution, les Bordelais avaient perdu, sinon le souvenir, du moins la trace des portraits dé Tourny. Après bien des recherches vaines, Bernadau, avec son flair de limier, put enfin en découvrir un. Tout fier de lui, il annonça en 1806 qu'il avait retrouvé la peinture dont lintendant avait fait présent à son ami, le négociant Jarreau ?. Le portrait Jarreau était échu au sieur Dufaut et il se trouve être actuellement la propriété de M. Mirc. Ce

1. M. Fray-Fournier, qui a dressé le Catalogue des portraits limousins el marchais, Limoges, 1896, signale trois gravures représentant Tourny, une de Légé, une de Conquy, une de Lacour. Dans son Ouvrage sur le personnel administratif de l'ancien régime, p. 37, Boyer de Sainte-Suzanne signale encore une lithographie de Rougé qui est reproduite dans Bernadau, Histoire de Bordeaux, 2° édit., 1839, p. 78. M. Meaudre de Lapouyade mentionne de son côté une lithographie Colin.

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