‹ TournyChapitre 448 sur 494 · V. — Au Dix-Neuvièeme Siecle · texte numérisé non relu

V. — Au Dix-Neuvièeme Siecle

Le dix-neuvième siècle n’est plus le siècle de Tourny, mais il devient celui de sa statue, pour que son souvenir n’ait plus à compter avec le temps.

C’est un culte officiel que la Restauration voue au marquis, et le comte de Tournon, préfet de la Gironde, se classe d'emblée parmi ses plus fervents admirateurs ?. L’exemple du marquis le guide comme il avait inspiré le citoyen Roullet, pendant la Révolution, et l’intendant Dupré de Saint Maur, sous l’ancien régime. « Son génie vaste et son ésprit observateur, disait le comte de Tournon. n'ont presque laissé à ses successeurs d’autre soin que celui d’entretenir ses ouvrages, soins dont malheureusement ils se sont mal acquittés.. C’est à refaire son ouvrage que nous voulons mettre notre gloire. » En menant à bonne fin l'investissement du Château- Trompette, en le rasant pour planter les Quinconces, le comte réalisait un des desseins les plus chers au marquis, et il méritait ainsi de lui être associé dans le souvenir de la postérité.

Il le mérita d’une autre manière encore, en travaillant à Fœuvre de la statue du grand homme. C’est sur sa proposition que le Conseil Général de la Gironde vota en 1822 l'érection à Tourny d’une statue en marbre, qui devait être inaugurée en 1825, sous le préfet baron d’'Haussez. Les administrateurs du second empire ajoutèrent aux embellissements conçus par le marquis un bel ensemble de percées intérieures et se consacrèrent à l’entreprise de la canalisation des eaux. Ils durent s’apercevoir eux aussi que les maximes de Tourny étaient toujours bonnes à suivre. Un maire

L. C'est à ce concours que Bernadau se plaignit de n'avoir qu'un accessit, tandis que le prix était décerné à Jouannet, dont le mémoire, plus littéraire, est aussi beau- Coup plus vide, el ressemble moins à un exposé historique qu’à un solennel discours. Le concours avait d'ailleurs été ouvert pour le prix d’éloquence, sur l'initialive du préfet Fauchet, en 1808. Bernadau, Œuvres héréditaires, 7131, t. XXIV, p 404, Bulletin polymathique du Muséum. Compte-rendu de la première séance publique de la Société philomalhique du Muséum, 14 septembre 1808.

2. Sur le comte de Tournon, on peut consulter utilement la thèse de Pabbé Moulard,

impérial de Bordeaux rappelait à son conseil que les administrateurs doivent le même soin et le même zèle aux intérêts collectifs qu'aux intérêts individuels, et un auteur qui écrivait en 1857 put regretter encore que le marquis ne fût plus de ce monde pour collaborer avec l’empereur : « Si Monsieur de Tourny avait vécu de nos jours, que de grandes choses il aurait exécutées ! Quels prodiges de luxe et d'économie seraient déjà réalisés ! Quelles séductions attireraient dans nos murs les industriels, les négociants et les voyageurs! Appuyé sur un gouvernement aussi fort que celui de l'Empereur, disposant du crédit illimité accordé au génie moderne par la trinité de l'association, de la vapeur et de l'électricité, il aurait doublé en quelques années la population de Bordeaux et quintuplé les revenus de la Caisse municipale. Avec quel superbe dédain il aurait traité les petites jalousies, les petites économies, les petites idées qui sont encore si en faveur de nos Jours! L'Empereur, se seraitil écrié, entend donner pleine satisfaction à tous les besoins moraux et matériels des travailleurs; tous ceux qui directement ou indireetement s’opposeront aux projets d'amélioration et d’embellissement conçus dans l'intérêt du peuple, seront impitoyablement privés des faveurs gouvernementales. Je m'inquiéterai fort peu des fusions de coteries politiques, mais je veillerai résolument à ce que les fautes des administrateurs de la cité ne fassent pas remonter jusqu’à l’empereur la désaffection qu’elles inspireraient à la population. Mes amis, mes collaborateurs et moi, seront ceux qui déploieront le plus de zèle et d'intelligence, dans l’œuvre de la régénération bordelaise et girondine. Je veux que tout le monde ici travaille au bien-être commun, parce que c’est la volonté de l'Empereur !. »

Tourny ne tiendrait-il pas aujourd’hui à peu près le même langage ? Nous ne lui posons pas la question. En tout cas, comme sa tradition est de tous les régimes sans exception, elle s’est conservée sous la troisième République presque aussi vivante que sous l’Empire, pendant la Révolution et sous la Royauté.

Le dix-neuvième siècle à pris fin , à Bordeaux, sur un nouvel hommage de la ville à son bienfaiteur. La municipalité républicaine

1. Extrait d’une étude de M. de Saulnier, intitulée Les intérêts de Bordeaux, 1857. Étude communiquée par M. Georges Boubès, adjoint au maire,

de 1900 a remplacé Ja statue de marbre de Tourny par une statue de bronze. À cette occasion, des discours ont été prononcés par le Maire, par M. de la Ville de Mirmont, par M. Froment, directeur de l’Académie de Bordeaux. Chacun d’eux est venu apporter au grand homme le tribut de son admiration et le témoignage de reconnaissance et d'affection que tous les Bordelais doivent à leur Tourny.

Nos édiles l'ont dit avec raison : la statue de Tourny « administrateur clairvoyant et un peu rude, créateur au génie profond et impérieux, grand solitaire impassible et sûr de ses desseins !», cest de celles bien rares, dont le temps consolide l’immortalité, aux pieds desquelles les mouvements tumultueux et changeants de l'opinion publique viennent doucement expirer sans les ébranler, ni les atteindre ?. »

1. À. C., Bordeaux, Bulletin municipal officiel du 1° avril 1900. Procès-verbal d’inauguration ,27 mars 1900, discours de M. de la Ville de Mirmont. 2. Ibidem, discours du maire. s

Page 1