I. — La Famille des Aubert
Louis Urbain Aubert, marquis de Tourny, intendant de Bordeaux entre 1743 et 1757, appartenait à une famille noble, mais de petite extraction, assez voisine de la roture!. Léon Urbain Aubert, le père de l’intendant, compte parmi les nouveaux riches du début du XVIIIe siècle. Il sut se mettre à la suite du comte de Pontchartrain; il prit les biens du chancelier à ferme, et il tira parti de ses premiers bénéfices, en prêtant beaucoup, à un taux élevé.
Au moment voulu, pour assurer l’avenir de sa maison, il réalisa sa fortune. Il acheta des charges, d’abord celle de secrétaire du roi, puis cellé de receveur des finances à Caen, enfin, en 1708, celle de Président de la Chambre des Comptes, Cour des Aides et finances de Rouen. Il acheta en outre plusieurs domaines: en 1698, celui de Tourny, qui devint marquisat en 1702, celui de Carcassonne, celui de Mercey, celui de Pressagny l’Orgueilleux, celui de la Falaise, et dans la même année 1714, celui de la Queue d’'Haye.
En 1716, Léon Urbain ou le Président Aubert, comme dès lors on l’appelle, est de ceux dont la fortune est taxée arbitrairement. Il se voit dans l’obligation de verser au Trésor plusieurs centaines de milliers de livres. Quelle que fût l'importance de
1. Les Aubert avaient un blason, de sable à l’aigle d’or regardant une étoile du
même.
LVIIT INTRODUCTION
ce prélèvement, son avoir n’en fut pas tellement diminué el sa réputation n’en souffrit pas un tel dommage qu'il dût renoncer dans les années suivantes à établir ses enfants honorablement et avantageusement.
De son mariage avec Marie-Anne Le Tellier, fille de Jean Le Tellier, secrétaire du roi, maison eb couronne de France, il avait eu sept enfants, trois filles et quatre garçons. Des quatre garcons, les deux plus Jeunes sont inconnus; l’aîné Michel ne fut qu’un pauvre déshérité, sourd-muet et sans discernement; Louis Urbain, le cadet, était né à Paris, le 16 mai 1695. Des trois filles, l’une, Marie-Thérèse, entra à 17 ans, en 1706, au couvent de la congrégation de Vernon: la seconde, Catherine Suzanne, fut mariée en 1703 à Léon Etienne le Camus, maitre des requêtes, puis intendant de Pau; la troisième, Marie Catherine, active mais impérieuse, brouillonne et maladive, attendait encore en 1716 de trouver un mari.
Philippe d'Orléans, régent de France, lui en procura un en 1720; il la fit marier, pour le plus grand bonheur du Président, avec François de Médavy, déjà mür, mais de grande noblesse, héritier des maréchaux de Médavy et des comtes de Grancey. À son tour, Louis Urbain épousait un an plus tard, sans doute par la volonté de son père, une riche héritière, Jeanne Claude Cherouvrier des Grassières, fille de Jean Cherouvrier, secrétaire du roi, inspecteur général de la Marine en Bretagne et receveur général des domaines de cette province.
Tout l'avenir de la famille semblait devoir reposer sur le cadet de la maison. Les biens des Médavy et des Grancey lui revien-. draient par l'intermédiaire de sa sœur destinée à devenir prématurément veuve, sans avoir de postérité. La faveur du comte de Pontchartrain lui était acquise, puisque la comtesse était sa marraine. D'autre part, dès le 30 mars 1709, le Président et sa femme avaient pris leurs dispositions pour que Louis Urbain fût reconnu leur principal héritier, à la place de leur aîné Michel. Le Président donnait au même Louis sa procuration en 1719, et il y ajoutait encore, deux ans plus tard, en mariant son héritier, la terre, seigneurie et marquisat. de Tourny, avec toutes les appartenances et dépendances, sans aucune réserve, le tout de sept mille livres de revenus, «avec tous les meubles meublants, |