‹ TournyChapitre 62 sur 494 · INTRODUCTION LXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXI

ne devaient compter pour lui, Louis Urbain Aubert s'élève à un nouveau degré de la mérarchie administrative: il devient maître des requêtes, toujours à la faveur d’une dispense, après avoir acheté la charge à Urbain de Lamoignon, seigneur de Courson, conseiller d'Etat, imtendant de Guienne.

On était en plein conflit parlementaire. Le nom de Tourny est mentionné dans les lettres patentes du roi datées du 27 Sép tembre 1720, qui établissaient une chambre de vacations composée de maîtres des requêtes, en vue de remplacer provisoirement le Parlement exilé à Pontoise.

Tourny ne se contente pas de siéger dans cette Cour exceptionnelle au moment où le cours ordinaire de la justice est momentanément suspendu. Il passe tour à tour des Requêtes de l'hôtel au Conseil privé du roi. Il fait partie d’un certain nombre de bureaux. Le 21 mars 1722, on le choisit pour remplacer au huitième et au douzième le sieur Hérault, désigné lui-même pour l’intendance de Tours. Au huitième bureau, Tourny est appelé à traiter des aflaires concernant la fourniture des vivres, étapes, fourrages, lits d’hôpitaux et de garnisons aux troupes de Sa Majesté; au douzième bureau, il examine les questions concernant les économats et les comptes des commis à la régie des biens des religionnaires fugitifs. En 1724, il est attaché au troisième bureau qui s'occupe de la liquidation des dettes de Communautés d’arts et métiers. En 1725, nous le trouvons au quatrième bureau chargé de l'examen des privilèges de Paris. Comme si tout cet apprentissage ne lui suffisait point, le jeune marquis profite d’une occasion qui s'offre à lui pour aller remplacer à Nantes, en 1725, son beau-père receveur des domaines de Bretagne.

Pendant cinq ans encore, Tourny devait rester maître des requêtes. Le temps dut lui paraître long. Il profita de ses loisirs, pour se consacrer à sa famille en même temps qu’à ses domaines. Il avait eu en 1722 son fils aîné, Claude Louis, qui devait plus tard lui succéder à l’intendance de Bordeaux; il eut en 1725 une fille, Catherine Marie Félicité, qui devait, malgré lui, entrer au calvaire et qui mourait prématurément en 1753 ; il allait encore avoir deux autres fils, Bernard Augustin, le futur abbé de Tourny et Gallyot,

l'homme de guerre de la famille.

Quand ce dernier naquit en 1731, le marquis était depuis un an

LXTI INTRODUCTION

l A à -ê ôleur intendant de Limoges. Ce fut peut-être le nouveau contrôleu général Philibert Ofry qui, ayant pu apprécier ses mérites, lui fit

attribuer ce poste intéressant.

Pour un débutant plein d’ardeur, l’intendance de Limoges semblait être un poste de choix : la généralité était pauvre, mais elle pouvait être tirée de sa misère; la situation de Limoges comportait .beaucoup d’avantages. En outre, l’intendant pouvait y être le maître; il n'avait pas à compter avec la présence d’une Cour souveraine, imbue de sa dignité et férue de ses traditions; la Cour des Aides n’était qu’à Clermont, et les Parlements, pour Limoges, à Bordeaux, et à Paris, pour Angoulême.

A peine arrivé, Tourny se mit à l’œuvre sous la direction bienveillante mais ferme de Philibert Orry, qui soutenait jusqu’au bout ses collaborateurs, mais qui exigeait d’eux une ponctualité soutenue, et qui leur demandait de faire respecter par tous les droits du roi, de prendre à cœur la perception de ses finances, d'enrichir le royaume par l’industrie et le commerce, et d'assurer, dans la mesure du possible, le salut et le bien-être des administrés.

Comme intendant de justice, le marquis parut souvent à la tête du présidial de Limoges, pour juger souverainement, les causes qui lui étaient attribuées. Ses fonctions d’intendant de justice sont pourtant celles qui parurent l’intéresser le moins. Il ne s’en servit point pour augmenter son influence et, dans les cas un peu difficiles, il montra quelques hésitations. Il nese pressa point d'informer contre les jansénistes accusés de pernicieux complots.

Comme intendant de police, le marquis fit merveille. En ce qui concerne la police de surveillance, il introduisit à Limoges des réformes particulièrement importantes. Les habitants répétaient trop souvent qu’un Limousin avait policé Paris, mais que tout Paris ne parviendrait point à policer Limoges. Tourny enleva toute valeur à ce dicton en renouvelant les règlements, en renforçant les pouvoirs du lieutenant général de police, en limitant les droits prétendus par l’évêque, en établissant, dans tous les quartiers, des commissaires de police assistés de plusieurs huissiers,

Page 1