A. C., Bordeaux BB, registre de Jurade, 31 août
autorilés de la ville députèrent vers lui. Les jurats Roche et Dumoulin se rendirent, pour le saluer, à l'hôtel de l'intendance, revêlus, suivant l'usage, de leurs robes noires, bonnets et chaperons de livrée, el précédés de six archers du guet, avec un officier à leur tête.
À quelque temps de là, Tourny vint à son tour à l'hôtel de ville. Il s’y présenta, précédé de cavaliers de la maréchaussée, sans se douter que l'accès de la ville était interdit aux troupes armées, autres que les archets du guet. Comme il attentait ainsi aux prérogalives de la Jurade. les jurats lui firent la leçon ; il l'accepta de bonne grâce, et tout fut oublié 1.
À la suite des jurats de Bordeaux, nombre de consuls vinrent apporter à Tourny l'hommage de leur ville. Les délégués de Libourne arrivèrent des premiers ?. Le corps de ville d'Agen mal informé, semble-L-il, attendit le 5 septembre pour choisir deux députés qui partirent d'Agen, le-7, et qui furent rendus seulement le 8 à Bordeaux. Ils se présentèrent à l'intendance, pour faire leur compliment dans la journée du 11. La réceplion que leur fit Tourny les consola sans doute de n'être pas arrivés à temps. «Il les accueillit, dirent-ils, avec beaucoup de politesse etles assura de son attention pour Agen.» Deux jours après, quand les consuls vinrent prendre congé, ils furent aussi charmés des égards qu'on leur témoigna $. Les députations se succèdent ainsi pendant toute la première moitié du mois de septembre. Il n'est pas jusqu'aux communautés de second ordre, qui ne s’imposèrent des frais pour faire leur cour à l’intendant. La Réole et Clairac ne furent pas les dernières : et à Langon, le maire Partarrieu se députa lui-même avec l’un de ses deux jurats #.
L'Aquilaine a des aulomnes ensoleillés : Tourny profite des derniers beaux jours pour parlir en tournée, en vue du département des tailles, et il s'empresse de rendre, par la mème occasion, leurs visiles, aux communautés.
1. A. C., Bordeaux, BB., délibération de Jurade du 9 septembre 1745. 2. À. C., Libourne, BB 22, délibération du 9 septembre 1743.
3. À. G., Agen, BB 75, journal des consuls, 4 septembre et jours suivants.
4. A. C., La Réole, BB 24, 7 Septembre 1743. — À. C. Clairac, registres de Jurade, t. 1v, 15 septembre 1743. — A. C., Langon, BB 2, 12 Septembre 1743. — A. C., Cadillac, CC 10, payement des frais de députation, etc... =
Dès le 20 septembre, il se trouve à Libourne !. Son arrivée était annoncée pour sepl heures du soir: il devait venir en bateau; onze pelits canons de fer, rangés sur le quai devaient tirer la salve d'usage. L'intendant leur brûle la politesse : il arrive par la voie de terre, à trois heures de l'après-midi. Les jurats vont le visiter, revêlus de leurs robes et de leurs chaperons de livrée, et précédés, suivant l’usage, de six valels de ville, porteurs de hallebardes. Le maire s'excuse de n'avoir pas assisté au débarquement. Tourny répond fort gracieusement qu'il est bien aise de lui avoir épargné celle peine. On se relire, pour laisser seul le trésorier, qui offre à l'intendant les honorifiques d'usage, trois douzaines d’ortolans et autant de bouteilles de vin vieux qu'on a eu grand’peine à se procurer. Le maire rentre alors pour présenter deux requêtes à Tourny, l'une pour la diminution du rôle de la taille, l'autre pour la conservalion des privilèges des bourgeois.
Le lendemain, l'intendant reçoit le corps de vitle à la table de son subdélégué. Il saisit, paraît-il, l'occasion pour vanter le « Saint-Émilion » et il comble d'aise les officiers municipaux, en leur en commandant queiques pièces « pour sa lable el pour son usage parliculier. » Après le repas, il demande à visiter la ville; on lui montre les ports, la place publique et l'hôtel de ville; il critique le plan du « Fer à cheval » qu'il faudra construire en pierre dure ; il trouve la place belle, mais il songe à la débarrasser de la halle qui la dépare. Dès cette première visite, il aurait suggéré aux officiers de ville le projet des allées qui portent son nom *?.
Il continue ensuite sa tournée par Périgueux el par Sarlat 3. Dans les premiers jours d'octobre, on le-trouve à Agen. Les consuls s'avancenk à sa rencontre, jusqu'aux limites de la juridiction. Pour recevoir dignement l’intendant, la communauté s'impose de 4I8 I. ;
1. Avant que Tourny se mit en route, M. de Gourgues l'avait invité à venir résider, comme Boucher. au château de Vayres, près Libourne, Cf., A. P., Comte de Grancey, lettre de Loison à Tourny du 13 septembre 1743.
2. La première visite de Tourny à Libourne a pris, dans la tradition, l'ampleur d'un événement. Des détails ont été ajoutés aux faits que mentionne le procèsverbal. Cf: A. C., Libourne, B B 22, 20 et 21 septembre.1743, et Souffrain, Essais sur Libourne, p. 395.
3. Dans ses Annales d'Agen, p. 433, Malebaysse mentionne cette circonstance, à
la date du 5 octobre 1743.
elle achète deux barriques de vin vieux et elle fait remettre en
élat les deux cours de la Maison du Roi !.
IIL — L'Hôtel de l’Intendance.
Ayant achevé ses visites ?, ainsi que Île département des tailles, Tourny revient à Bordeaux s'installer à l'hôtel de l’intendance.
Cet hôtel n’est autre que le vieux château de Puy-Paulin, ancienne résidence des dues d'Épernon. Il s'élève entre la rue du Chapeau-Rouge, l'église de Puy-Paulin et la place du même nom. Il se compose de plusieurs bâtiments datant d'époques différentes. Le principal corps de logis long de 102 pieds, large de 22 à 25, haut de 45, est encadré par deux grosses tours en saillie sur la la cour et sur le jardin. La façade est percée de 9 portes, croisées où demi-croisées au rez-de-chaussée et au premier étage; de 7 croisées ou demi-croisées au deuxième; de 6 petites ouverlures au troisième. Le toit de charpente plate, avec le parapet des machicoulis, fait l'effet d’être à l’ilalienne. La disposition des appartements est la suivante : dans les deux tours montent en spirale deux grands escaliers; l’on trouve, au rez-de-chaussée, une salle de domestiques, une salle d'assemblées, un cabinet de lravail; au premier, une anlichambre, un cabinet de compagnie etune chambre à coucher; au deuxième, les chambres des domestiques; au troisième, un vaste grenier rempli de vieux meubles, de planches et de loiies qui servent pour la décoration, les jours de fêles. Au delà des tours, presque sur la même ligne, deux bâtiments contiennent l’un, les cuisines, les offices, les salles du commun; l’autre les bureaux, les remises elles écuries. L'ensemble manque de confort, d'élégance et de solidité; la plupart des ouvertures ont été percées après coup; les murs sont nus malgré quelques mauvais lambris; on y surprend des lézardes et des crevasses menaçantes. Le château se ressent d’être resté sans toiture et comme à l'abandon, pendant cinquante ou soixante ans *.
1. Malebaysse, op. cit., p. 433 et, pour les frais de réception, A. C., Agen, CC 436, 11 octobre 1743, état des dépenses.
3. Sur le château de Puypaulin, voir un mémoire sans date, A. D., Gir., © 1193. Il faut aussi rappeler le tableau que Boucher en traçait: « La maison que vous habiterez,
écrivait-il à Tourny le 15 juillet 1743, appartient au roi. Elle est belle et grande, . mais vous n'y trouverez comme moi que les quatre murailles... A, D., Gir., C 909.
Tourny fit son possible pour le rendre habilable. Le devis des réparations, qu'il fit établir, alleignit un prix élevé; Orry l'agréa quand même, parce qu'il ne dépassait pas le strict minimum. Les premiers travaux furent entrepris dès 1744. Une grande porte cochère fut placée en avant du châleau, du coté du Chapeau- Rouge ; elle fut flanquée de deux pavillons dont l’un devait servir d'orangerie |,
Le vieux manoir commença bientôt à reprendre vie. L'intendant mit dans ses écuries huit chevaux de carrosse assez beaux el bien assortis ?; il fil faire, spécialement pour Madame l'Intendante, une « berline toute neuve, doublée de velours cramoisi à ramages et dorée en plein ÿ. » Il était désireux de recevoir, et de donner des fêles. Les réceptions alternèrent avec les concerts qu'il aimait fort. À certains. jours, les invités furent si nombreux, à l'intendance que les murailles du pauvre château s'en trouvèrent comme. ébranlées : « C'élait miracle, écrit l’inlendant, qu'elles se soulenaient, à chaque occasion de beaucoup de monde 5. »