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I. — Le Passage d’une Princesse

À peine Tourny avait-il séjourné quelques mois à Bordeaux que son zèle pour le monarque se trouva mis à l'épreuve.

On se souvient qu'en 1725 le duc de Bourbon avait renvoyé à ses parents la petite infante Marie-Victoire. En 1744, la Cour de France répara l'injure faite à la Cour d'Espagne en appelant l'infante Marie-Thérèse-Antoinette à devenir l'épouse du dauphin. L'on se préoccupait de hâler ce mariage, en raison de la mauvaise santé du dauphin et du roi. La future dauphine devait suivre le même chemin que sa sœur, qui élait passée par Bordeaux, du temps de l’intendant Boucher.

Le passage d'une princesse, l'événement élait grave pour un intendant. « La maudite besogne que des passages, écrivait un

Jour certain collègue de Tourny. Je souhaite bien sincèrement n'avoir à m'en mêler de mes jours, » À ces réceptions solennelles, l’on jouait son avenir et la faveur du roi. Si l’on gagnail, on pouvait espérer attirer sur soi l'attention du monarque, l’on s'assurait sa bienveillance pour un avancement prochain. Tourny se persuada qu'il devait gagner la partie, et son zèle fut stimulé, à la pensée même des obstacles qu'il allait avoir à surmonter. C'est quand des princes passaient que se découvraient toutes les tares de la province et tous les défauts de l'intendant chargé de l’administrer. Les routes n'étaient jamais assez bonnes: les réserves de vivres n'étaient jamais assez abondantes. L’intendant paraissail au-dessous de sa tâche si les préparatifs n'étaient pas parfaits, si la mise en scène n'élail pas séduisante, si l'accueil du public n’était pas chaleureux. Le Pouvoir central était même assez disposé à rendre le malheureux intendant responsable des intempéries qui pouvaient relarder les voyageurs. Le prédécesseur de Tourny n'avait pas eu à se féliciter des passages de l’infante; une première fois, les chemins s'étaient trouvés si mauvais que le cortège avait dû passer sur des pierres et sur des fascines ?. Une seconde fois, l’ordre avait été troublé par une malencontreuse querelle entre le Service de la Bouche et les Jurats de Bordeaux, chacun ayant voulu servir le repas de l'infante; enfin, il était arrivé qu'une tempête déchaïînée sur la Gironde avait englouti plus d’une cenlaine de barques amenées pour le passage du cortège, y compris la chaloupe de la princesse ?.

Le marquis fit l'impossible pour éviter tous ces malheurs et pour mettre toutes les chances de son côté.

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