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V. — Le Culte du Monarque

L'intendant, qui est l’homme du roi, a pour premier devoir d'enseigner à ses administrés le respect et même le culte que lon doit à la personne royale. Tourny met à l'accomplissement de cette mission une ardeur incomparable. À

Quand Louis XV tombe malade, en 1744, et surtout quand la maladie devient assez grave pour mettre ses jours en danger, le peuple doit montrer la consternation la plus grande. Quand le monarque entre en convalescence, le peuple revient à la Joie. L'allégresse de la guérison s'impose à tous, comme l’affliction pour

4. La dépêche du 8 juillet 1754, A. N., 01510, contenait des instructions pour Tourny à propos de l'automate. L'affaire fit sensation, au point que le duc de Luynes s’y arrête dans ses Mémoires, t. XIV, p. A7.

la maladie. Tourny écrivait au corps de ville d'Agen : « Rien n'était, Messieurs, plus naturel et plus légitime que la consternation dont vous avez élé affectés en apprenant le danger où était le Roi, rien aussi de plus convenable que les prières el aumônes auxquelles vous avez eu recours pour demander à Dieu la conservalion d’un prince aussi cher à ses peuples par les vertus qui en font le bonheur ainsi que l'admiration. J'autoriserai avec plaisir tant la dépense dont vous me parlez à ce sujet que celle qui résultera de la démonstration publique de votre joie que vous allez être dans le cas de faire éclater pour sa convalescence !. » L’exemple d'Agen ne resta pas isolé; les autres villes, et à Bordeaux méme, les diverses corporations et les juifs, tous les premiers, s’empressèrent de rendre à Louis XV les mêmes hommages.

Dans des occasions pareilles, l'intendant, qui s'employait à contrôler, à diriger, puis à relater les manifestations du public, faisait l'effet d’un grand-maître des Cérémonies, sinon de quelque grand pontife, départi dans la province pour initier le Peuple dans le culte du Roi.

Bien que Tourny ne figure pas dans la liste des intendants qui ont des ordres à donner, enl’absence des gouverneurs el lieutenants généraux, à l’occasion des deuils et des réjouissances publiques ?, il ne manque pas d'écrire pour ces objets aux autorités placées sous son contrôle, et même de prendre à cet effet des ordonnances applicables au grand public.

Quand naîtront le duc de Bourgogne et le due d'Aquitaine, il imaginera de leur dédier, pour sa part, des monuments, sans préjudice des Te JJeum d'usage *, pour lesquels il donne à ses subdélégués et aux communautés les ordres les plus précis. « Sa Majesté, écrit-il, ayant mandé à tous les archevêques et évêques de son Royaume de faire chanter le Te Deum,.… je vous prie d'en informer au plus lôt... les officiers tant de justice que de

1. A. C., Agen, B B 75, lettre de Tourny du 1° septembre 1744.

2. Voir dans le registre 0506, à la date du 17 mai 1744, la liste des autorités auxquelles des instructions sont envoyées pour la célébration des Te Deum.

3. Cf. Mercure de France de janvier 1752, p. 143, pour le Te Deum en l'honneur du duc de Berry, avec la relation de la cérémonie où figure l'intendant. La cérémonie

célébrée pour la convalescence du dauphin est APPORES dans le Mercure de France de novembre 1752, p. 199.

LE SERVICE DU Roi 63

ville, afin qu'ils ne manquent pas à ceile cérémonie, et d’y faire succéder les feux de joie et autres réjouissances publiques !... »

Dans les années qui suivirent l’arrivée de Tourny à Bordeaux, les Te Deum allèrent se multipliant, à cause de nos victoires. On en chanla en juin 1744, pour la prise du comté de Nice ; en juillet, pour la prise de Menin, pour celle d'Ypres ; en août, pour la prise : de Furnes ; en novembre, pour la victoire remportée sur le roi de Sardaigne ; en Juillet 1745, pour la prise de Tournay ; au mois d'août de la même année, pour celle de Gand ; en novembre encore, pour celle de Plaisance ?. À chaque fois, et par ordre de l'intendant, les corps de ville devaient assister en robes à la solennité, entourés, suivant les lieux, des milices bourgeoises et du guet, avec léquipement complet. Après avoir entendu le Te Deum, les officiers municipaux allumaient le bûcher élevé pour la circonstance ; quant aux habitants, ils devaient danser au feu de joie, sous peine de 100 livres d'amende *.

C'était encore le Service du roi.

1. A. C:, Libourne, BB 26, 2 octobre 1751, lettre de Tourny au subdélégué de Libourne.

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