Cf. Brives-Cazes, op. cit., p
Maison du roi mis au service de la dauphine, les réparations à faire aux chemins, les approvisionnements à envoyer aux lieux d'étape !, etc ..…etc.
Le détachement de la Maison du roi devait comprendre environ 409 personnes et 500 chevaux ?. L'escorle était placée sous les ordres du duc de Lauraguais, désigné par le roi pour recevoir Îa future dauphine à la frontière d'Espagne. Le duc avait besoin de 2 attelages pour lesquels d'Argenson écrivit à Tourny ; l'intendant s’empressa d'offrir les 8 beaux chevaux de son écurie el la berline neuve de l’intendante *.
La route des petites Landes, par où devait passer le cortège, élait loin d’être en parfait état. On signalait de mauvais pas, à l'entrée de Castres et à la sortie de Barsac {. En certains endroils, le chemin était comme obstrué par les arbres dont les branches n'auraient pas manqué de briser les vitres des carrosses. Tourny se rendit sur les lieux pour pouvoir surveiller lui-même les travaux. La vue des ornières à combler, des arbres à ébrancher ne lui fit pas perdrecourage. Ilécrivait de Bazas à Orry, le I3novembre 1744 : «J'ai l'honneur de vous écrire de Bazas, où je suis venu pour examiner l’élat de la route que je fais réparer depuis des temps pour le passage de la princesse. Je vais aller, en faisant le même examen, jusqu'à l'extrémité de ma généralilé. Les pluies qu'il y a eu cette automne ont beaucoup nui à la réparation; je me flatie néanmoins qu’elle sera de façon à satisfaire *. » Une fois la route en état, l'essentiel était fait, mais les maisons qui devaient recevoir la princesse el la suite devaient être sérieusement réparées. L'intendant fitmettre une cheminée à la cure de Captieux 5; d’autres
1. L'intendant avait pris les devants en s'informant, dès le 31 octobre 1744, auprès du ministre de la province, de la date du voyage, de la composition du cortège, etc... Saint-Florentin lui répondit le 9 novembre, en même temps que Maurepas, A. D., Gir., C 3638, passim.
2? La composition du cortège est indiqué en détail par un état de la liasse C 3638, aux archives de la Gironde.
3. Cf. même liasse, A. D., Gir., C 3638, lettres de Tourny à d'Argenson. Tout un dossier de la liasse concerne les berlines.
4. Cf. Brives-Cazes, op. cit., p. 112, note au bas de la page.
5. A. D., Gir., C 3638, lettre de Tourny au contrôleur général, du 13 novembre 1744. Cette lettre est très longue et très importante.
6. Madame de Brancas a demandé une cheminée à la maison de M. le Cuné de
Captieux. Elle a encore exprimé le désir que les croisées fussent vitrées et les appartements tapissés. Suit le détail des dépenses, A. D., Gir., C 3638.
aménagements suivirent; tout allait bien. Le marquis restait seulement confondu devant ce paysage des Landes que la princesse devait avoir constamment sous les yeux. Elle n’en serait pas égayée, et ce Bazadais, si misérable, ne lui donnerait pas une idée avantageuse’ de son fulur royaume.
Un paysage est impossible à réparer. Cependant Tourny voulait absolument empêcher les Landes de déshonorer sa généralité.
À force de chercher l'élément de beauté qui pourrait pallier leurs misères, il imagina, Comme une trouvaille, un décor à la Potemkine. Un pin n’est pas trop laid quand il est de hauteur moyenne, quand le fût est bien élagué, quand il porte une «jolie houppe de verdure ». Pour qui passe en carrosse, très vite, entre une haie de pins très rapprochés, ces pins font l'impression d'arbres taillés à la française. Ce décor, comme une façade, pourra dissimuler au mieux le grand vide des Landes. En conséquence, sur 800 toises, avant et après Captieux, l’intendant donne l’ordre de planter des pins hauts de 10 pieds, distants de 24 pieds, dont la « houppe» sera de 2 à 3 pieds. A mi-chemin de cette immense avenue, par où la princesse fera son entrée dans la généralité de Bordeaux, on dressera un arc de triomphe de verdure où la princesse lira des compliments de bienvenue, en patois gascon, relevés d’une inscription latine « Fortuna negat, jubet amor, nalura Juvat. » La princesse, ne sachant pas le latin, ne manquera pas d’être émerveillée !. |
L'avenue et l'arc de triomphe donneront un avant-goût de la décoration de Bordeaux. D'un coup de sa baguette magique, le fameux Servandoni, l'incomparable metteur en scène, vient de . changer la grande ville en une féerique merveille ?.
La porte de St-Julien, où aboutit la route de Toulouse, est bien
1. Toute cette mise en scène est réglée dans un document de la liasse C 3638, qui n'est ni signé, ni daté, mais qui émane de l’Intendance, et qui est corrigé de la main même de Tourny. Pour l'arc de triomphe champêtre, élevé dans la lande de Captieux, voir A. N., Ft‘bis 8457 ; il est reproduit à la fin de l’atlas et sur la dernière feuille de la route des petites landes; le compliment de bienvenue consiste en ces simples mots: « A la boune arribade de noste Dauphine.»
2. Sur la décoration de Bordeaux, voir en plus de Brives-Cazes déjà cité, Ber-
nadau, Spicilège, 71, t. I, n° 15. — Dom Devienne, Histoire de la ville de Bordeaux, troisième partie, p. 287. — surtout le carton EE %3-2 des Archives communales
de Bordeaux, qui renferme la description exacte des divers ouvrages, avec les inscriptions.
68 L'INTENDANT DE BORDEAUX trop laide pour être montrée à Bordeaux: un are de triomphe se dresse devant elle, rehaussé de colonnes doriques etd’un fronton où deux grandes volutes encadrent les armes de l'alliance. La rue Bouhaut, qui fait suite, manque de point de vue; on lui en donne un, en élevarit à son extrémité un palais peint en perspective, avec des arcades enrichies d'orne-
la dauphine, à son entrée dans
ments. Un autre arc de triomphe annonce l'entrée de l'hôtel de ville. Un temple ionique, à la grecque, attire les yeux dans le fond de la cour. La décoration triomphe encore mieux à l'hôtel des Fermes « déjà si bien paré de lui-même »; la grotte de la fontaine semble être transportée au royaume des fées.
A mesure que les préparatifs avancent, que la date du voyage approche, l’ardeur de Tourny se réchauffe de l'impression du succès qu'il pressent. Il voit l'effet produit d’après celui qu'il veut produire. C'est dans la fièvre qu'il prend ses derniers arrangements.
Les questions d’étiquetle étaient depuis longtemps réglées. Tous les gîtes étaient arrêtés. À Bordeaux, la dauphine devait descendre à l'hôtel de ville. L’intendant eût élé trop heureux sil avait pu y placer le portrait de la princesse ?.
Par ailleurs, Tourny n'a rien laissé au hasard; il a tout arrêté : relais, repas, ameublement. Il a réquisitionné les meubles, les lits, les chaises, les tables, les berlines... el surtout les denrées: .«Il est ordonné, dit-il dans son ordonnance du 17 décembre 1744, aux bouchers de Portets et de Castres de s'entendre entre eux pour Luer suffisamment de bœufs, veaux et de moutons, pour la subsistance des personnes de la suite de Madame la Dauphine, sous peine d'être personnellement responsables des événements et d'être déchus du privilège de tuer ci-après aucune sorte de viande ?, »
1. Dans sa lettre du 5 décembre 1744, A. D., Gir., C 3638, Tourny confie à d’Argenson son idée de placer à l'hôtel de ville le portrait de la dauphine. Il s'est vainement adressé, dans ce but, à l'évèque de Rennes. Il demande si d'Argenson ne pourrait pas lui procurer une copie de l'original qu'on a envoyé d'Espagne,
2. A. D., Gir., C 3638, ordonnance de Tourny du 17 décembre 1744.