‹ Tourouvre et ses souvenirsChapitre 11 sur 13 · CENT ANS DE VIE PAROISSIALE ET COMMUNALE US · texte numérisé non relu

CENT ANS DE VIE PAROISSIALE ET COMMUNALE US

voie publique. Il était enjoint aux aubergistes, cafetiers et cabaretiers d'éclairer tous les soirs le devant de leur établissement, et il leur était expressément défendu de vendre après dix heures du soir sonnées. Il était défendu de porter du feu à découvert. De même d'installer des jeux de hasard dans les rues, places et lieux publics de la commune. Défense était faite de monter dans les arbres de la place de l'église, de nuire à leur écorce, d'en couper les branches, d'en arracher les feuilles et d'y causer aucun dommage. Il était aussi défendu de faire galoper des chevaux dans le bourg. Les pères et mères de famille, les tuteurs, maîtres et maîtresses étaient rendus responsables de toutes les contraventions se produisant par les mineurs, pupilles ou domestiques sous leur dépendance (i).

Des réparations à la toiture de l'église, à l'horloge et à la justice de paix, avec le vote d'un traitement pour l'institutrice, complètent les actes administratifs de cette année 1837. Ce traitement de l'institutrice était pour suppléer la perte de la somme qu'auraient dû lui verser les enfants d'indigents.

Le 5 février 1838 eut lieu l'installation d'un comité local d'instruction primaire.

La création de routes et leur entretien pour faciliter les communications avec les localités du voisinage furent aussi le constant souci de l'administration de ce temps.

Quand il s'agit de supprimer le passage si raide de l'ancienne côte de Sainte-Anne, le conseil à bon droit demanda le passage de la route nationale à partir du Gué-à-Pont par le bourg de Tourouvre.

(1) Reg. des Délib. Année 1837.

Comme il y avait un débours à faire, ce vœu ne fut pas exaucé, mais, du moins, un débouché fut donné pour le bourg par le raccord du chemin des Touches au bas de la côte de Sainte-Anne.

C'est en ce temps aussi qu'eut lieu le dégagement des abords de l'ancien château, qui, vendu à la bande noire, dut en partie disparaître. Seul, l'un des pavillons fut conservé, avec une partie des jardins et de l'ancien parc. Du moins la commune y obtint cet avantage qu'elle fut, à cette occasion^ dotée d'une place et d'une rue nouvelle, la place Chéron et la rue Mondrel.

C'est à ce moment qu'il fut aussi question de l'agrandissement du cimetière .

On traita aussi de l'adjonction des communes de BivilliersetdeLa Ventrouze à Tourouvre; des votes furent émis dans ce sens, et quoique réunissant la majorité des suffrages, restèrent sans effet. D'ordinaire, les petits ne se laissent pas manger par les gros sans résistance, c'est leur droit.

Le Ier août 1846. M§r Rousselet, le nouvel évêque de Séez. enlevait M. l'abbé Filleul à Tourouvre, pour l'associer à son administration comme vicaire général. Le plus surpris de cette nomination ce fut lui-même, tant la modestie était sa vertu propre. 11 emporta tous les regrets de ses paroissiens (1).

C'est l'année suivante seulement qu'eut lieu la nomination de son successeur. M. l'abbé Victor Auvray, précédemment curé de Neuilly-sur-Eure. Il trouvait le champ bien défriché, il n'avait qu'à semer pour moissonner. C'est ce qu'il fit sans retard.

1 M. Filleul a exercé pendant vingt-deux ans les fonctions de vicaire général, et il est mort à Séez, au mois d'avril 1869, après une longue et douloureuse maladie.

D'un caractère ferme et résolu, mais sans rien céder à la précipitation, M. Auvray sut donner à son administration cette activité toujours tempérée par une sage prudence, qui ne bâtit jamais sur le sable mais sur le terrain ferme. Son zèle eut toujours cette action sage et persistante, qui trace chaque jour le sillon et y jette de bons germes.

A son arrivée, une question qui s'imposa, ce fut celle du presbytère, car les vieux bâtiments à cet usage menaçaient ruine. Tout bien considéré, la commune préféra ne point rebâtir à cet endroit la demeure presbytérale, ce qui, d'ailleurs, lui procurait l'avantage de pouvoir encore agrandir la place publique de ce côté de l'église. Elle commença tout d'abord par louer successivement divers immeubles, pour servir provisoirement de logement au clergé, jusqu'au jour où la propriété Mongréville, qui n'était autre que le pavillon de l'ancien château avec ses dépendances, se trouvant mise en vente, elle en fit l'acquisition pour servir désormais de presbytère. Ce fut, de toute manière, une excellente opération, et qui honore l'administration qui a su la réaliser.

Le 2 octobre 1847, le roi Louis-Philippe, exécutant un projet qu'il caressait depuis quelque temps, entreprit le voyage de la Grande-Trappe, pour voir par lui-même cette vie monastique récemment ressuscitée en France, et porter ses encouragements à ces moines agriculteurs, à qui le gouvernement aimait à faire appel pour la colonisation de l'Algérie. A cette occasion, l'Administration des Ponts et Chaussées hâta les travaux de la route de Tourouvre à Bubertré, et pour que le carrosse royal pût circuler sans trop de difficulté, le sable fut jeté en abondance sur l'encaissement du nouveau chemin.

Tourouvre tint à recevoir dignement le roi de France à son passage : un arc de triomphe fut dressé, avec tous les préparatifs voulus pour la réception du cortège royal. La garde nationale rendit les honneurs, et la population se mit en frais pour saluer le passage du souverain. Le roi Louis-Philippe était accompagné de la reine Marie-Amélie, dont le nom était alors si populaire, puis du duc de Montpensier, de la duchesse de Nemours et du duc de Wurtembert, fils de la duchesse Marie d'Orléans. Une compagnie de cavalerie escortait le cortège roval. Selon l'usage des souverains en France, ils entrèrent à l'église de Tourouvre, pour y saluer Dieu en passant, et furent harangués parle curé du lieu. Le roi, comme souvenir de son passage, donna à l'église un ornement blanc avec orfrois dorés, et se composant d'une chasuble, de deux tuniques et de trois chapes i .

A quelque temps de là, une nouvelle révolution jetait le roi Louis-Philippe à bas du trône, et pendant quelques jours semait l'effervescence au milieu des populations. Les patrouilles des gardes nationales cherchaient partout des insurgés qu'on ne saisissait nulle part.

M. Allée fut alors nommé maire de Tourouvre. et sa courte administration ne s'est guère signalée que par le vote de centimes additionnels pour la

i Quand le cortège royal reprit le chemin de la Trappe, on raconte que le bon curé de Buhertré l'attendait à la barrière de son presbytère, et qu'il se présenta à la portière du carrosse royal, pour adresser à Louis- Philippe cette courte mais peu banale harangue :

Sire, Jamais un aussi petit endroit N'avait vu un aussi grand roi.

Cela valut i son église une chasuble et une chape.

confection du chemin du Gué-à-Pont, et par une délibération relative au chemin de Tourouvre à Mauves.

Le 11 décembre 1848, avaient lieu, par toute la France, les élections pour désigner le président de la nouvelle République. Voici quels furent les résultats pour le canton de Tourouvre : on y comptait dix-neuf cent soixante-deux votants ; dix-huit cent soixante-neuf suffrages se réunirent sur le nonr du prince Louis-Napoléon Bonaparte ; le général Cavaignac en obtint quatre-vingt-sept; Ledru-Rollin, quatre, et Lamartine trois. Il y eut seulement deux bulletins nuls.

Un nouveau régime commençait. M. Roger fut nommé maire, mais ne fit que passer à l'administration. Son seul acte administratif que nous ayons à signaler est celui de la reprise des droits de pacage dans la forêt, que Ton avait voulu restreindre dans ces derniers temps.

M. Bailly lui succéda et s'occupa à diverses reprises de l'entretien des chemins et de la réparation des bâtiments communaux. On trouve aussi, sous son administration, le rejet des dépenses faites pour la construction d'un arc de triomphe, à l'occasion du passage du roi Louis-Philippe. Le vent avait alors changé.

En revanche, on trouve une distribution de secours aux pauvres (1).

Les bruyères de la Grandinière furent aussi reconnues alors comme biens communaux.

Le jour de marché fut définitivement fixé au vendredi, à cause des jours des autres marchés voisins.

1) R>'g. des Délib. Année 1849.

En 1852, M. Robert Durand était nommé maire de Tourouvre, et, en cette qualité, il recevait du Conseil municipal la prestation du serment de fidélité à la Constitution et au Prince-Président.

Quelques jours plus tard, le Conseil envoyait une adresse au chef de l'État, avec l'expression de ses souhaits « pour que le Sénat, usant de tous ses droits, proclamât, dans le plus bref délai, Son Altesse Impériale le prince Louis-Napoléon, Président de la République, Empereur des Français (1) //.

Le 20 février de l'année suivante, c'était, de sa part, encore une adresse de félicitations à l'empereur Napoléon III, à l'occasion de son mariage avec M la comtesse de Montijo.

Ce qui n'empêchait nullement l'Administration municipale de penser aux intérêts de la commune, par la demande de l'installation de quatre foires et par le projet de construction d'une halle.

M. Auvray, de son côté, sans négliger les œuvres de zèle pastoral, s'appliquait activement à améliorer l'état de choses dans son église.

Ce fut dans ce temps qu'il fit au Conseil municipal la proposition qu'on lui abandonnât le métal de la vieille cloche, en lui assurant, d'autre part, une somme de quinze cents francs ; il se chargeait dans ces conditions d'y ajouter une somme de trois mille francs, et ainsi de doter l'église d'une sonnerie de trois cloches fort convenable. Cette proposition fut acceptée, et le projet, peu après, très bien réalisé.

La décoration de l'intérieur de l'église suivit d'assez près ce premier travail. La voûte reçut des pein-

1 Reg. des Délib, 1- octobre [83:

Copie du tableau de Luini au rétable de maître-aute] de Tourouvre.

tures décoratives. Le maître-autel fut lui-môme rafraîchi dans le goût du temps, ce qui ne put, d'ailleurs, que faire ressortir les détails qui s'y trouvent. Le retable en bois sculpté dans le style grec est traité dans le goût de la Renaissance. Quatre colonnes torses, ornées de feuillage, soutiennent le fronton sur lequel se détache le blason des de la Vove, et que surmonte la statue de saint Aubin. Trois tableaux y apportent leur décor; mais le principal, celui du milieu, mérite qu'on le fasse ressortir. Le sujet qu'il représente est la scène de l'adoration des Rois Mages ; il offre de curieux détails très bien rendus. Il n'est autre qu'une bonne copie du tableau de Bernardino Luini. Le peintre lombard du xvie siècle passe pour être un élève de Léonard de Vinci. Il imita ce maître avec tant de succès, que parfois on les confond. Luini, à l'intelligence du clair-obscur, joint une grande vérité de carnation. Tout cela peut se reconnaître dans le tableau de ce retable. Nous avons plaisir à faire ainsi valoir en passant la copie de ce maître que possède l'église de Tourouvre.

M. Auvray fit aussi repaver le chœur en carrelage de couleur et ornementé de fleurons. De nouvelles stalles de fort bon goût vinrent ensuite compléter l'ameublement du chœur.

Mais le bien spirituel de ses paroissiens dictait aussi à M. Auvray d'autres sollicitudes. De bonne heure, elles se portèrent sur l'école, car l'enfant c'est l'avenir. A ce moment, l'école de filles de Tourouvre laissait surtout à désirer.

Le Conseil municipal, à diverses reprises, avait voté le choix d'une nouvelle institutrice, mais laïque, et sortant de l'École normale, qui, à ce moment,

était sous la direction des religieuses de l'Éducation chrétienne d'Argentan.

M. Auvray, intervenant dans la question, se proposa pour trouver qui pût tenir, dans de bonnes conditions, l'école de filles de Tourouvre, et pour cela il s'adressa aux Dames de Marie de Longny, qui portaient alors le costume laïc. Elles vinrent donc s'installer à Tourouvre, et dans des conditions assez favorables pour la commune, puisqu'elles assuraient elles-mêmes un immeuble pour le logement et les classes, à la tête desquelles furent plusieurs titulaires, la directrice seule touchant une indemnité officielle.

En 1859, une salle d'asile, approuvée de l'autorité compétente, fut annexée à l'école. Pour couvrir les frais de cette nouvelle création, M. Auvray organisait une loterie, pour laquelle l'empereur et l'impératrice donnaient même un fort beau lot. L'œuvre était fondée et rendit de réels services aux familles qui se montrèrent empressées à lui confier leurs enfants.

Déjà, M. Auvray, voulant atteindre la population tout entière, avait commencé par faire donner une grande Mission. Le moment y était, à cause du jubilé du milieu de ce siècle. Elle fut donnée par les missionnaires diocésains, à la tête desquels était alors M. l'abbé Delestang. Prêtre à la foi ardente, soutenu d'un beau talent de parole, et assez bien doué quant aux dons extérieurs, il avait du succès partout où il passait. Il en eut aussi à Tourouvre, le souvenir en est resté. On a dit que les controverses, qui eurent lieu à certains jours, avaient eu pour certains esprits l'inconvénient de laisser l'objection plutôt que la solution. Puis, comme partout où se fait le bien.

d'aucuns voulurent l'atténuer, en prétendant que les missionnaires vendaient des billets de Paradis. En réalité, ce fut un souffle régénérateur qui passa sur la paroisse. Les exercices de cette mission se terminèrent par la plantation solennelle d'un très beau calvaire, que l'on a vu longtemps à la sortie du bourg, sur le chemin des Touches, non loin de la gare.

Un bureau de bienfaisance avait été créé à Tourouvre pour subvenir aux besoins de la population indigente ; en 1854, l'administration municipale sollicitait des secours pour lui des ministres de l'Intérieur et des Finances. Le conseil se fit toujours un point d'honneur de compter le Curé de la paroisse comme membre de droit de ce bureau. Le prêtre. d'ailleurs, y a une place toute marquée, comme ministre du Dieu qui est charité, et comme pouvant le mieux renseigner sur les besoins des pauvres.

M. Auvray proposait alors une maison pour servir de logement au clergé ; le conseil ne crut pas devoir accepter cette proposition, et il se contenta de voter une indemnité de trois cents francs.

En juillet 1855, le conseil municipal ayant été renouvelé, M. Durand fut confirmé dans ses pouvoirs de maire.

C'est alors que M. de Cairon fit au conseil la proposition d'une maison avec ses dépendances, pour l'installation d'une religieuse, ou même d'une laïque, dont l'existence serait bornée au soin des malades pauvres à domicile. M. le D' Ligot, dont l'existence s'est si honorablement passée dans l'exercice de la profession médicale, proposait, en plus, une somme de trois cents francs pour l'acquisition du mobilier jugé nécessaire. Et il appuyait cette proposition de

cette observation si autorisée sur ses lèvres : « Messieurs, disait-il, je ne vous parle plus simplement comme conseiller municipal, mais comme médecin, et je vous déclare qu'il y a aujourd'hui dans le cimetière beaucoup de pauvres gens qui n'y seraient pas, s'il y avait eu des mains intelligentes et dévouées pour leur appliquer nos prescriptions médicales. » C'était le langage de la loyauté et du bon sens. Je ne sais quelles purent être les raisons de la majorité du conseil municipal à ce moment, mais la proposition fut rejetée par douze voix contre deux. Que de fois depuis on a eu lieu de le regretter, car Tourouvre n'ayant ni hospice, ni fondation de lits dans les hospices voisins, les malades pauvres restent parfois forcément dans un affreux dénuement.

Peu après, le conseil se décidait à vendre les bruyères communales, pour en appliquer le prix à la construction d'un nouveau presbytère. Puis, une lettre de M. l'abbé Lebâcheur. vicaire général, avertissait M. le Maire et le conseil municipal, au nom de Monseigneur l'Evêque, que, le logement des prêtres étant insuffisant, il fallait absolument y pourvoir. C'est alors que, par douze voix contre deux, fut décidé l'achat de la propriété Mongréville. D'où s'ensuivit l'aliénation de l'ancien presbytère et des bruyères communales. L'adjudication des travaux d'appropriation suivit de près ; ils furent confiés au sieur Soret. Et assurément cette solution était la meilleure.

Le 12 août 1860, M. Anicet-Ovide Piget était installé dans la fonction 'de maire.

C'est sous son administration que fut définitivement érigée la foire Saint-Gilles; le conseil vota

même une somme de cinq cents francs pour les frais de la fête organisée à cette occasion.

C'est en 1808 que M. Pierre Allard fut investi des fonctions de maire.

Sous les dix-huit années du régime impérial, la vie communale se passa sans rien de bien saillant ; les affaires se traitaient bien, le peuple se laissait vivre, s'associant aux principaux événements de ce temps, notamment aux campagnes militaires, où chacun prenait sa part de la gloire des armées françaises en Crimée et en Italie, jusqu'au jour où, en 1870, la déclaration de guerre à la Prusse eut pour nous de si terribles conséquences. A Tourouvre, comme partout, on sympathisa de tout cœur aux revers de la patrie, et l'on se tint prêt à faire face à l'ennemi comme il convenait, s'il se présentait. Il vint dans la région, mais, du moins, Tourouvre n'eut pas à subir le choc des armées allemandes et l'envahissement du vainqueur.

Le contingent de Tourouvre, qui dut à ce moment payer sa dette à la patrie, fit noblement son devoir.

On dut reconstituerla garde nationale, pour parer à tout événement ; car, en présence des envahissements de l'ennemi, la nation armée s'imposait.

La République venait de succéder à l'Empire, et, quoique nos populations ne soient pas pour les changements politiques, elles s'y prêtèrent pourtant assez facilement. On se fit de nouveau à la République, comme on s'était fait aux autres régimes. Mais il y eut. cette fois, ceci de particulier, qu'une poussée pour les idées avancées ne tarda pas à se produire, et se traduisit par des élections à nuances en opposition avec les idées conservatrices. Ce

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n'était, hélas ! qu'un commencement, mais qui devait conduire loin.

En 1872, M. Auvray fut nommé chanoine honoraire de Séez, à l'occasion du jubilé sacerdotal de M«r Rousselet. C'était la juste récompense d'un long et honorable ministère : la paroisse tout entière se sentit honorée par cette distinction méritée accordée à son curé. Pour le nouveau chanoine, quand on le félicitait de son nouveau titre, il disait, avec une légère pointe de malice : « C'est venu bien tard. »

En 1875, ^1- Piget reparut de nouveau à la mairie, et, chaque année, fit voter l'emploi des deniers de la commune au mieux de ses intérêts.

Comme les cantons voisins, Tourouvre eut son comice agricole, pour l'encouragement et les progrès de l'agriculture.

Le 28 janvier 1878, M. l'abbé Auvray s'éteignait après une longue et pénible maladie, laissant une mémoire honorée ; ses obsèques en furent la preuve. Quelques uns purent ne pas lui donner leur affection, mais nul ne put lui refuser son estime. Il fut un type de la fermeté sacerdotale au milieu de temps difficiles.

M. l'abbé Arsène Clérice, curé de Hesloup, lui fut donné comme successeur, au mois de mars suivant. La population lui fit grand accueil. Mais il ne fit que passer, puisque, huit mois plus tard, un nouveau décret présidentiel ratifiait sa nomination à la cure de- Saint-Léonard d'Alençon.

C'est dans ce même temps que M. Jules Allard fut nommé maire de Tourouvre; jeune et confiant dans l'avenir, il prit résolument en main les affaires de l'administration communale et s'v donna tout entier.

Les quatre derniers curés de Toùrouvre M Auvray. — 2. M. Cléricb. -- 3. M. Dumaine. — |. M. Desperriers.

On était sous le gouvernement de l'ordre moral, et, quoique le maréchal de Mac-Mahon, avec plus de droiture que de fermeté politique, essayât d'enrayer le mouvement à gauche qui se faisait sentir, il était visible que les passions politiques faisaient leur chemin. A partir de ce moment, ce fut la guerre déclarée entre le laïcisme et le cléricalisme, c'est-àdire entre l'impiété et la religion.

A M. Clérice succéda M. l'abbé Lucien- Victor Dumaine, ancien vicaire de Notre-Dame d'Alençon et aumônier militaire de la garnison de cette ville. Il fut installé le dimanche 10 novembre 1878. Ce passage des camps aux champs avait sa coïncidence, car c'est la période des luttes qui commençait pour l'Église de France.

L'un des premiers terrains où se porta la lutte fut celui de l'école, stratégie peu honorable, puisqu'elle s'attaque à la première faiblesse de ce monde.

L'année suivante, M. Jules Grévy arrivant au pouvoir, par suite de la démission du maréchal de Mac-Mahon, ce fut le signal de la lutte.

A Tourouvre, elle commença parla laïcisation de l'école communale de filles en 1879, pour la rentrée de septembre. Ce fut la première école du département ainsi laïcisée. De suite, par les soins du curé, une école libre fut reconstituée, et les Dames de Marie, étant logées chez elles, après les formalités légales, purent continuer leurs classes, et non sans succès.

Ce premier projet de laïciser l'école communale de filles en amena un autre, celui d'enlever au clergé le presbytère récemment acquis, avec ses dépendances. Mais ce dernier projet ne put aboutir, grâce à l'énergie de l'administration épiscopale.

Il faut rendre aussi cette justice aux premières titulaires de la nouvelle école qu'elles ne vinrent à ce poste qu'avec une certaine répugnance, et que, toujours, elles y furent des maîtresses modèles atout point de vue.

Depuis nombre d'années déjà, l'école de garçons était tenue par M. Alexandre Marchand, maître aussi intelligent que dévoué, et d'une sûreté de principes qui déteignait bien sur ses élèves.

Aussi l'instruction de l'enfance se trouva à Tourouvre, pour quelque temps du moins, assurée dans les meilleures conditions. A la retraite de M. Marchand il en fut autrement.

Alors commença le règne des fameux manuels civiques, dont quelques-uns furent justement condamnés par l'Église. Les enfants de Tourouvre en reçurent un de ce nombre. M. le Curé, justement alarmé, crut devoir agir avec la fermeté que lui prescrivait sa conscience, tout en y mettant la réserve dictée par une juste prudence. Il fut dénoncé en haut lieu, mais sans succès. Toutefois c'était bien la lutte engagée. Elle devait ainsi se poursuivre. Le doyen de Tourouvre cessa d'être délégué cantonal. Il faisait encore partie de la commission qui présidait aux examens du certificat d'études; bientôt il en fut exclu.

A l'hiver de 1879-1880, la neige commença de tomber en abondance à la fin de novembre, et couvrit longtemps la terre. Au courant de janvier, il y eut recrudescence de froid, et la tempête amoncela la neige à une assez forte hauteur par endroits. Comme elle avait pénétré par les tuiles sur les voûtes de l'église, un dimanche du commencement de février, le dégel se faisait sentir, une vraie

pluie passant par les fissures de la voûte se mit à inonder l'assistance, qui, pour se préserver, n'eut d'autre ressource que de tendre ses parapluies. Le souvenir de ce rigoureux hiver est resté.

Aux premiers jours de novembre 1882, un fait eut lieu qui attrista la région, ce fut l'expulsion à main armée des religieux du monastère de la Grande- Trappe. Ces hommes de la prière et de la solitude ne furent jamais à craindre pour la tranquillité de l'État ; ils donnent à tous l'exemple du travail, puisqu'ils sont moines agriculteurs ; ils font le bien dans la contrée, en portant secours à bien des misères. Pourquoi les molester ? Ils sont l'honneur et la providence du pavs. Aussi, quand on connut la manière d'agir du gouvernement à leur égard, ce fut une réprobation générale. En cela, d'ailleurs, il y avait une attaque aussi grave qu'inquiétante pour le principe de la propriété particulière. Peu à peu, on les laissa rentrer chez eux ; on fit bien, personne n'a eu à en souffrir. Dans le même temps, mourait leur Abbé, le Révérend Père Dom Timothée, grande et belle figure de moine. Il fut remplacé peu après par le Révérend Père Dom Etienne, Abbé de Sainte- Marie-du-Désert. près de Toulouse. Le doyen de Tourouvre fut convoqué pour être l'un des témoins assermentés de son élection.

C'est en 1879 que commença la construction du chemin de fer de Mamers à Laigle, qui a valu à Tourouvre une station. Les travaux exigèrent parfois des déblais et des remblais assez considérables. Comme travail d'art le double pont du passage du Gué-à-Pont est assez remarquable. Presque au lendemain de l'inauguration de la ligne, il fut le théâtre d'un déraillement, qui, heureusement, fut sans con-

séquences graves. La locomotive, par suite d'un écart des rails en cet endroit, s'en alla se coucher le long du talus du remblai. Il fallut près de huit jours pour la relever et la faire rentrer sur la voie. L'inauguration avait eu lieu en 1883. Cette ligne rend de réels services au pays.

Un jour, le conseil municipal crut devoir supprimer de son budget la somme votée chaque année pour la pension alimentaire du vicaire ; l'Evêché répondit à cette provocation en retirant le vicaire jusqu'à nouvel ordre. Et comme, à cause de la première messe, la population tenait au maintien du vicariat, une souscription spontanée de sa part reconstitua la somme supprimée, et, de nouveau, le vicariat de Tourouvre fut pourvu d'un titulaire.

Un décret ministériel de Paul Bert ayant autorisé les municipalités à désaffecter ce que le ministre appelait le superflu des presbytères, là où certaine étendue de terrain se trouvait dépassée, l'idée vint à quelques-uns de désaffecter une partie de l'enclos presbytéral. C'eût été morceler en pure perte une belle propriété et nécessiter, mal à propos, des frais de clôture. La majorité du conseil fut assez intelligente pour le comprendre, et, par deux fois, elle repoussa les motions faites dans ce sens.

Aux années 1884 et 1885, après Pâques, une mission et un retour de mission furent donnés à la paroisse par les Pères Rédemptoristes d'Argentan. Les exercices furent bien suivis, et eurent des conséquences heureuses. Le diable essaya bien de faire un peu des siennes à cette occasion, mais ses efforts de contremission furent le signe du succès des missionnaires. La création de la double association des Enfants de Marie et des Mères Chrétiennes fut l'un

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des fruits de cette mission. En souvenir de ces jours, on releva la Croix Saint-Jacques sur la petite éminence qui se trouve sur le chemin ombragé conduisant au village de Renouard.

Trois passages d'évèques ont, pour ce temps, laissé souvenir à Tourouvre. En juillet 1879, cehri du vénérable Mgr Grandin, évêque de Saint-Albert au Pôle Nord. Ses récits d'évêque missionnaire des Esquimaux impressionnèrent vivement la population. En septembre 1880, Mgr Emmanuel de Briei, alors coadjuteur de Meaux, vint donner la confirmation à Tourouvre et dans le canton, pour suppléer aux forces défaillantes du vénérable Mgr Rousselet; son air de grande bonté lui concilia toutes les sympathies. En juin 1883, Mgr Trégaro venait pour la première fois donner la confirmation à Tourouvre ; la population, ici comme partout, tint à lui faire grand accueil ; à part l'administration, chacun y mit du sien, et tout se passa très bien.

Au mois d'avril 1885, M. l'abbé Dumaine, sur la demande de Mgr Trégaro, dut donner sa démission de curé-doyen de Tourouvre, pour être pourvu de l'importante cure de Saint-Pierre de Montsort, àAlençon. Pasteur et troupeau se quittèrent à regret, en se gardant réciproquement bon et fidèle souvenir.

M. l'abbé Calixte Marre-Desperriers lui fut donné comme successeur; il prit possession trois mois plus tard.

Une donation testamentaire assez importante venait d'être faite à la commune en faveur des bâtiments communaux ; elle permit de faire quelques travaux sérieux à la toiture et au clocher de l'église, ainsi qu'au presbytère.

M. Desperriers compléta ces travaux de l'église

par le rafraîchissement des peintures des autels, et la confection de verrières nouvelles pour toutes les fenêtres qui n'avaient que des verres blancs. Les sujets de ces verrières furent choisis par leurs donateurs, et furent tous d'une très heureuse inspiration. Par les deux nouvelles verrières du chœur, se trouve fixé, dans l'église de Tourouvre, le souvenir du départ des familles tourouvraines pour le Canada, au xvnf siècle, et du passage de M. Honoré Mercier, Premier Ministre de Québec, en 1891.

Nous avons rappelé ailleurs les belles manifestations auxquelles donna lieu ce passage du Premier Ministre canadien : l'honneur en revient à M. Desperriers.

L'inauguration solennelle de ces nouvelles verrières eut lieu lors d'un passage à Tourouvre de Mgr Bardel pour la confirmation. M. l'abbé Dumaine, qui l'accompagnait en qualité de vicaire général, fut chargé de porter la parole et se plut à faire ressortir la signification et les souvenirs de ces décorations déjà si parlantes. De l'église, la procession conduisit ensuite le prélat au calvaire de la Mission de 1852, pour qu'il reçût de nouveau les bénédictions de l'Église, à la suite d'une importante réparation qu'il avait dû subir.

Quelques temps après, la municipalité retira à la fabrique, après divers pourparlers échangés à ce sujet, le terrain Concédé autrefois pour l'emplacement de ce calvaire, et elle le fit transporter dans la partie récemment agrandie du cimetière, faisant face à la croix de pierre qui ombrage les tombes.

Par les soins de M. Desperriers, une mission fut donnée à la paroisse, et non sans succès.

MgrTrégaro, heureux de récompenser les efforts

de M. Desperriers pour le bien de sa paroisse, ne tarda pas à le nommer chanoine honoraire.

Quand fut votée la loi des associations, l'école des Dames de Marié fut atteinte ; M. Desperriers se hâta de la reconstituer à l'aide de sécularisées. Mais à la suite de tracasseries suscitées à ce sujet par l'administration supérieure, d'entente avec les bienfaiteurs principaux de l'école, M. le comte et Mme la comtesse de Charencey, une nouvelle Directrice, avec un personnel nouveau, fut choisie ; et ainsi cette école a pu continuer avec plein succès les services rendus à la population enfantine de Tourouvre.

A la mort de M. Jules Allard, emporté subitement, M. Guitton, ancien notaire, fut nommé maire.

Les temps devenaient de plus en plus mauvais, quand, en 190O, la loi de Séparation vint, d'une manière aussi odieuse que brutale, détruire l'œuvre des siècles dans nos paroisses chrétiennes, et dépouiller l'Église de France de ses derniers biens.

Alors les conseils de fabrique virent cesser leur existence légale. A Tourouvre, messieurs les fabriciens avaient toujours donné la preuve du meilleur dévouement pour les divers curés et les intérêts temporels dont ils avaient la charge. C'est à ce moment aussi que Ton vit disparaître l'antique confrérie de charité, par suite de l'application de la loi sur le monopole des pompes funèbres, désormais attribué aux communes.

Quand le vent souffle aux ruines, il les accumule en peu de temps.

Tout fut donc à refaire sur de nouvelles bases, quanta l'administration du temporel de la paroisse.

M. Desperriers, aidé de son conseil paroissial, se

mita l'œuvre sans retard ; il dut louer le presbytère à des conditions assez onéreuses ; il reconstitua un nouveau budget du culte par le Denier du culte, selon les prescriptions épiscopales. Seules, contre son gré, les processions ne purent continuer à Tourouvre, où elles étaient pourtant restées populaires.

D'ailleurs, son zèle pourle bien de la paroisse ne faisait que s'accroître avec les difficultés.

C'est ainsi que le Réveil de Toitrouvre, l'intéressant Bulletin paroissial, vit le jour, et s'en alla chaque quinzaine porter dans les familles, avec le réconfort de bonnes paroles, les nouvelles qui pouvaient les intéresser. Pour donner le branle à cette œuvre, M. le curé de Tourouvre fut heureux de rencontrer le zèle intelligent de son vicaire, M. l'abbé Chantepie. Le Réveil de Tourouvre est dans sa sixième année d'existence.

A peu près dans le même temps, prirent naissance le patronage des jeunes garçons et l'œuvre de la persévérance pour les jeunes filles.

Il fallait un immeuble pour abriter ces œuvres, et leur permettre de se réunir pour entretenir leur vitalité et en donner parfois la preuve ; c'est alors que l'on vit la salle canadienne surgir de terre dans un terrain acquis à cet effet. C'est là que se font d'utiles et intéressantes réunions, et que se donnent les fêtes corporatives.

Sentant ses forces diminuer avec les années, M. Desperriersademandé à Monseigneur le concours d'un deuxième vicaire, dont il assure le traitement, et ainsi, sous sa direction, avec la collaboration dévouée de MM. Desdoits et Lelièvre, le ministère paroissial et la direction des œuvres marchent de pair, malgré le malheur des temps.

Le 22 juin 19 ri, après avoir tout d'abord hésité, par un sentiment de modestie qui l'honore, M. Desperriers finit par accepter la célébration solennelle de ses cinquante ans de sacerdoce, et des vingt-cinqannées d'administration paroissiale, qui se trouvaient coïncider ensemble. Il fit bien, puisqu'il permit ainsi à la population de Tourouvre de témoigner de son estime et de sa reconnaissance pour le prêtre qui lui avait donné la meilleure part de sa vie.

Tout fut bien dans cette fête ; l'évêque du diocèse s'y fit représenter par celui qui avait été ici le prédécesseur du jubilaire; M. l'archiprêtre de Mortagne, en retraçant sa vie à grands traits, causa à tous un réel plaisir; les prêtres originaires du lieu, ceux du canton, les anciens vicaires du héros de la fête par leur présence empressée, la population par son grand nombre, les enfants par leurs Heurs et leurs gracieux compliments, rien ne manqua, pas même le rayon de soleil qui relève si bien tout jour de fête. La vieille église s'était parée au dehors comme au dedans, et ses voûtes se plurent à retentir de chants harmonieux.

Bien entouré au banquet de midi, le héros de la fête y recueillit de délicats compliments, avec les meilleurs souhaits pour l'avenir. Un ancien maire de Tourouvre, M. le D' Schminielski, avait tenu à répondre à l'invitation qui lui avait été faite, pour s'associer ainsi à ces manifestations si bien méritées.

Le soir, une intéressante séance à la salle canadienne permit à tous de jouir des derniers rayons de ce jour de fête. Quelques instants plus tard, la réunion se retrouvait au pied de l'autel, où le vénéré jubilaire épancha une dernière fois son cœur,

et fit descendre sur l'assistance les bénédictions du Dieu de l'Eucharistie.

Quand un prêtre a passé cinquante ans à bénir les petits, les souffrants, comme les heureux, comment ne serait-il pas béni de tous ? C'est tout le secret du prestige et de la force du prêtre au milieu d'une paroisse.

En ces derniers temps, Tourouvre a vu se produire dans ses rues et dans ses demeures l'installation de la lumière électrique ; M. le curé a aimé à doter son église de ce progrès moderne, et il a bien fait. L'Eglise bénit et encourage tous les progrès honnêtes etutiles.

Celui-ci est un symbole, qui. malgré ce que d'aucuns ont pu dire, figure bien le rôle du prêtre dans la société, qui est de faire jaillir la lumière dans les âmes par la seule force de la vérité.

Nous ne pouvions mieux finir ce modeste travail que par la constatation de ce progrès à Tourouvre, et par l'hommage rendu au dévouement pastoral.

Papiers concernant la famille de Tournehœuf.

A touz ceulz qui verront ou orront ces présentes lettres, Robert Lecourt, clerc garde des Scauls de la Chastellenie de Mortaigne et tabellion du lieu, salut,

Sachent touz que par devant Colin Haut-Chesne, clerc à ce juré et establi de par nous, furent présents Colin de la Noe et Jehanne sa famé, Thomas de Villers et Marion sa famé, et Jehan Ancher le jeune tuteur, si comme par mémorial apparaît de la court le conte de Guiotet deColinet de Meules, lesquielx cognurent et confessèrent euls avoir baillé chacun pour le tout, et par non détail avoir octroyé perpétuellement à toujours à Robin Tournebuef le jeune, à Yzabel sa famé, et à leurs hoirs, pour le prix de quarante et cinq soulz tournois en monnaie courant de rente héritale à paier à la Sl-Rémy par chacun an, de laquelle rente les dits preneurs et leurs hoirs feront au fié de Francviller trente soulz et quinze soulz aux dits bailleurs et à leurs hoirs, c'est assavoir : tout Téritaige que feu Geffroi de Meules avait prinse en fiencement, si comme il apparait par lettre, que les dessus dits ont baillées au dit preneur.

à tenir, à avoir et pardurablement à pourvoir aux diz preneurs et à leurs hoirs tout l'éritaige dessus dit, si comme il se poursuit et pourporte à toutes ses appartenances, comme contenu est es dictes lettres bien etempez sans une contredit; laquelle baillée ainsi faicte les dits bailleurs promirent et gaigèrent chacun pour le tout, en bonne foy garantir, délivrer et deffendre, vers tous et contre touz, des empeschements d'eulz et de leurs prédécesseurs, ou d'autres à cause d'eulz, et avec ce rendre touz les coûts et dommaiges, que les diz preneurs et leurs hoirs pourraient avoir par deffaut de la dicte garantie au serement du porteur de ces lettres sans autre preuve faire; et accordèrent les diz bailleurs que toutes fois et quantes fois que le dict preneur ou ses hoirs asserront aux diz bailleurs quinze soûls de rente en assiette suffisante, en la faisant valoir, lui et ses hoirs demourront quites et desliez des quinze soûls qui leur fesaient. Et quant à tout ce, le dict de la Noe et sa famé, le dict de Villers et sa famé, obligèrent chacun pour le tout euls et leurs hoirs et touz leurs biens meubles et immeubles, présentz et à venir, et le dict tuteur ceux des dicts enfants, à vendre par la main de justice, pour cest faict enterignier en la manière dessus dicte.

En tesmoing de ce Nous avons scellé ces lettres du scel devant dict. Donné l'an de grâce mil CCC quarante et un, le vendredi après la Sainct-Martin d'esté.

(Au dos est écrit de la même main : )

Robin Tournebuef, etc.

clerc.

(Original en parchemin jadis scellé sur double queue.

19 Septembre 1352

A touz ceulx qui ces lettres verront ou orront, Pierre, sire de Loigny, chevalier, comme Robin Tournebuef seust été apreché par devant aucun de mes juges, pour certaines choses, dont je lui ferays demande, comme non noble, et il disait que il estait gentilhomme, et que autrefois en avait-il esté apreché à Mortaigne devant Messire Pierre de la Lande, chevalier, Guillaume Giffart, escuier, et Pierre Seger, commissaires du roy et de par Madame d'Alençon, et que bien et demeurant devant les dicts commissaires avait prouvé sa gentillesse par Messire Gillebert de Prulay. Chevalier, Messire Jean C. Mer, Chevalier, Geffroy d'Illiers et autres Chevaliers et escuyers, lesqueulx le me tesmoignèrent de bouche, et partant je tiens quitte et asoulx le dict Tournebuef de la dicte demande.

Escript à Loigny et scellé de mon scel le XIXme jour de septembre, l'an de grâce milCCC cinquante deux.

(Original en parchemin.) (Le sceau détruit semble avoir été sur simple queue.)

26 Mai 1368

A touz ceulz qui ces présentes verront ou orront, je Marie de Dillers salut. Comme Perret de Boulon, mon procureur à ce commis et establi de Moy par procuration, ayant vendu héritalement à Robinet Tournebuef le jeune et à ses hoirs, pour le priz de douze livres tournois ou de monnaie courant au pays, laquelle somme d'argent je devant dicte Marie devois à Mme la comptesse d'Alençon et du Perche, pour cause d*un certain rachat à cause de la terre de la Ventrouze, c'est assavoir trente soulz de rente héritale, laquelle rente Robert Tournebuef l'aisné me estait tenu faire chacun an aux termes accoutumez, laquelle rente, ainsi vendue de mon dit procureur comme dit est, je devant dicte Marie approuve, ratifie et confirme, et veux, consens et accorde" qu'elle vaille au dict Tournebuef le jeune et à ses hoirs, sans que moy ni mes hoirs en puissent jamais aucune chose demander, ni réclamer par raison nulle quelle qu'elle soit, par raison de la dicte vente, laquelle rente dessus dicte je dessus dicte Marie promets en bonne foy garantir, délivrer et deffendre au dict Robinet Tournebuef le jeune et à ses hoirs, franchement, quittement de toutes choses quieuconques, envers tous Seigneurs et toutes personnes, qui aucune chose en voudront demander. Et quant à toutes les choses dessus dictes tenir, garder entérignier, comme dit est, sans jamais venir encontre; je devant dicte Marie oblige moy et mes hoirs et touz mes biens meubles, héritaiges, présents et à venir, par ces présentes lettres scellées de mon propre scel. Donné l'an de grâce mil CCC soixante huit, le vendredi avant Pentecôtes, XXVIme jour de May.

Original jadis scellé en double queue.)

26 Janvier 1370

A tous ceux qui ces présentes lettres verront Henri Lecourt, clerc, garde des Sceaux de la Chastellenie de Mortaigne, salut.

Comme Robin de Tournebuef eust fait mettre en adjournement aux plez de Mortaigne le filz feu Jehan de Courteharaie et ses tuteurs, et il lui contendit demander cent soulz de rente héritale et les arrérages de diz années deus de la dicte rente, et le dict ainsi adjourné se fut deffailli et absenté par trois deffauts avec intimacion recordée, lesqueux deffauts furent jugez pour amendables, et pour les deffaux, intimacion et amende, les héritages du dict Courteharaie eurent esté déclarez par jugement entre chargez et obligez en la dicte demande, si comme par le mémorial du juge apparait que fut donné l'an mil CCC sexante-neuf le dix-septième jour de décembre, et après ce les dicts héritages eurent esté baniz pour quatre banz tous continuez de plet en plet, par lesqueux banz saisine de droit eust adjugé au dict Tournebuef des héritaiges du dict filz de Courteharaie à la value des diz amendes et des coulx et mises sur ce faict par coustume, si comme par le mémorial de la saisine apparait. Saichent tous que par devant Guiot Hugot, tabellion juré ad ce et de par nous établi, fut présent Gautier de Meules sergent, qui tesmoigna et relata par son serment que le vingtième jour de janvier l'an 1369, il avait baillé de fait sur lieux à Robin Tournebuef le jeune, procureur de Robert Tournebuef Taisné, son frère, pour et à la value de quarante livres tournois deuz

d'arrérages de la dicte rente, et pour trente soulz tournois deuz des coux, mises, mémoriaux, et gaiges assignez sur ce faiz par coustume, c'est assavoir saisine et possession héritalement de la métairie de Conlierré et des appartenances d*icelle, tant les maisons, hébergements, terres, prez, pastures, cens et rentes, comme en toutes autres choses queuconques, et est assise en la paroisse de Tourouvre, es fiez de Guillaume de Voré, et aveques d'un hommage que le dict fils avait en la dicte paroisse, c'est assavoir de Alison Courteharaie, aisnée du dict filz de tout le tenement que elle soûlait tenir de feu Monsieur Rotger de Courteharaie, jadis chevalier, sel du dict fils tant en la dicte paroisse, comme ailleurs, tant en domaines, cens, rentes, en grains, en deniers, en poulaille, boys, moulins, fieuz, arrière fieuz, hommes à foy, court, usaige, touz droits et devoirs de fieuz comme en toute autre chose queuconque que la dicte Alison tenait du dict feu chevalier, et en la manière qu'elle les soûlait tenir du dict feu Monsieur Regier et que le dict fils ou ses tuteurs les devaient tenir, laquelle saisine fut baillée par la jurée de Simon Cholet, Bertaut Beloie, Pasquier de Raingohier, Jehan Belotier, Robin Paichet, Jehan Roussel, Robert Philippe, Jehan Yvart, Jehan Bechet et plusiers autres, laquelle saisine ainsi baillée, le dict sergent promit garantir, deffendre au dict Tournebuef héritamment sur le demeurant des héritaiges du dict fils contre touz et vers touz de toutes choses queuconques en tant comme justice le polt et doit fère et comme à son office appartient.

En tesmoignage de ce nous avons scellé ces lettres des sceaux dessus dicts. Donné l'an de grâce 1369, le 26™° jour de janvier. Et demoure la rente des cent soulz de rente dessus diz en vertu pour le temps à venir. Donné comme dessus. Signé Hugot, avec paraphe.

(Original en parchemin jadis scellé en double queue.

E 8 Septembre 1372

Echanges de rentes entre le couvent du Val-Dieu et Robert Tourncbœuf le vieux.

A tous ceux qui ces présentes lettres verront et orront, Jehan, prieur du Vaudieu, de Tordre de Chartreuse et tout le couvent du dict lieu, salut.

Saichent tous que nous d'un commun consentement et unanime volonté avons baillé par eschange et transporté à Robert Tournebuef le vieux et sa famé et à leurs

hoirs en pardurable diz soulz de rente héritaux, lesquelx nous avions sur le moulin de Mézières, en la paroisse de Saint-Aubin-de-Tourouvre, et lesquelx nous avait donné en aumône Monsieur Nicholas de Runel, seigneur de Courteharaie, chevalier, pour le salut de son âme et de ses prédécesseurs, et les dicts mariés nous ont baillé et transporté en eschange de diz soulz de rente autres diz soulz de rente héréditaux, lesquelx Geoffroy Cornillel leur estait tenu faire, à cause d'un hébergement et d'une maison assise à la Barbinière es paroisses de Feins et de Tourouvre, avecq deux pièces de terre si comme c'est plus plénement contenu en ma lettre, laquelle les diz mariés nous ont baillée en permutacion et eschange de choses devant dictes, lesquelx devant diz diz soulz lesquels nous avions dessus le ■dict moulin de Mésières, nous promestons aux dicts mariez et à leurs hoirs et à touz ceulx qui de eux auront cause, deffendre et délivrer de nous et de nos successeurs pour le temps à venir, sans que jamais puissions venir encontre la dicte permutacion et eschange, ne rien

demander sur le dict moulin, à cause des susdicts diz soulz de rente héréditaulx, et quant à en tenir ferme et stable nous obligeons nous et nos successeurs, et tous les biens de notre maison tant meubles comme immeubles, présens et à venir, et en tesmoing de ce nous avons donné aux diz mariés et à leurs hoirs cette lettre scellée du propre scel de notre dicte maison. Donné l'an de grâce MCCC soixante et douze le VIIIme jour de septembre.

15 Novembre 1374

A tous ceux qui ces lettres verront Hamery Lecourtr clerc, garde des sceaux de la chastellenie de Mortaigne et tabellion du lieu, Salut.

Sachent tous que aujourd'hui nous avons vu et lu mot à mot et diligemment regardé une lettre saine et entière en scel et en escripture scellée de cire vermeille contenant la forme qui s'ensuit.

14 novembre 1374.

« Robert d'Alençon, conte du Perche, seigneur d'Exmes « et de Caniel en Caux, à nos améz et féaulx conseillers « et commissaires sur le fait des finances des acquérements « faits par gens de glèbe et des nobles fiefs acquis par gens « non nobles en nostre contée du Perche, salut et dilec- « tion. Nous vous envoions close sous notre scel la sup- « plication Robin Tournebuef contenant plusieurs choses « afin de soy exempter et franchir comme personne noble « de touz costés et de hoir en hoir de si longtemps qu'il « doit suffire sur le faict de la finance que vous li deman- « dez pour nous, à cause des acquérements de nobles fiefs « faicts par lui et ses prédécesseurs dont il a cause, puis « XL ans en nostre contée du Perche, et pour ce qu'en « cette partie et en toutes nos autres causes, nous voulons « pleinement et loyalement estre procédé, il nous plaist et « nous mandons et commettons que sa (bonne et sûre cau- « tion prinse et reçue du dit Tournebuefavant toute oeu- « vre de paier et rendre le principal, avec les dépens et « intérêts), il vous appert (dûment appelez à ce notre amé

« et féal conseiller et vicomte du Perche et nostre Procu- « reur), le frère des dits suppliants avoir esté franchy et « exempté de semblable demande et pour semblable cause « du temps de nostre très cher seigneur et frère, que Dieu « absolve, par bon, vray et loial et certain enseignement « qui suffire doit et comme personne noble et né et estant « de père et de mère nobles, et teles que par raison telles « demandes et pour teles causes ne leur durent être faites, « et aussi que en vérité et sanz aucun doute ou obscu- « rite ils furent et soient teles comme dit est, vous mettez « en souffrance le dit Tournebuef de la finance que vous li « demandez pour la cause et par la manière que dites jus- « ques à tant que ouie et vue votre relation sur ce, nous «en puissions plus à plein ordonner, et par raison tous les « héritages toute voyez d'iceluy, estant en nostre dicte « contée tenus en nostre main, jusques à tant que finale- « ment en soit ordonné.

« Donné à Bellesme le XIIIe jour de novembre l'an de « grâce 1374. » — Et estaient ainsi signées : Par Messire le Comte à la relation de son conseil, B. de Goul. En tesmoing de ce nous avons scellé ces lettres de vidimus du sceau dessus dit données l'an de grâce 1374 le 14'"° jour de novembre.

Collation faite à l'original, signé : E. Lecourt avec paraphe.

G 30 Mai 1376

A tous ceux qui ces présentes verront Hémery le Court, clerc, garde des sceaux de la chastellenie de Mortaigne, et tabellion du lieu, Salut.

Comme Ysabel, jadis femme de Robert Tournebuef l'aisné, et Symon Drouet, procureur de demoiselle Jehanne, jadis femme de feu Robert Tournebuef le jeune, en son nom et comme garde de ses enfants, si comme par procuration apparaît en laquelle il est contenu qu'il a pouvoir de gaiger, laquelle fut donnée Tan mil CCCLXXVle XXIIe jour d'octobre) aient aujourd'hui gaigé paier à Colin de St-Aignen escuier et à Thomin des Joais procureur de la femme du dit escuier à cause d'Elle douze francs d'or à paier à deux termes contenus et déclarés ou gaige de ce faisant mention, à cause et par raison de la moitié de rachat qu'il leur estait du de la mort et trespassement du dit feu Tournebeuf le jeune, à cause de la moitié de tout le tenement que la dite femme tient des dits mariés à cause d'elle en la ville et paroisse de Torrovre et ailleurs, et demeure la dicte demoiselle en son nom et au nom que dessus en la souffrance des dits St-Aignen et sa dite femme, tant à cause de tout le tenement qu'elle tient en son nom et au nom que dessus ou fieu du dict St-Aygnen et sa dicte femme, comme de Guillaume de Voiré.

Sachent tous que par devant nous fut présent le dict St-Aygnen et le dict Thomin, procureur, sa femme, qui promirent et gaigèrent garantir et défendre à la dite demoiselle et en son nom et au nom que ci-dessus dits contre

tous et vers tous, de toutes choses, envers tous seigneurs féodaux et toutes autres personnes, et rendre tous dommaiges et despens que l'on pourrait avoir sur ce par défaut de l'entérignement de ces lettres au serment du porteur d'icelles, sans autres preuves faire, et quand ad ce le dit St-Aignen et le dict Thomin procureur de la femme du dit St-Aignen en obligèrent eux, leurs hoirs et tous leurs biens meubles et héritaiges présents et à venir à vendre par main de justice pour ces lettres entérigner, renonçant à ce fait à toutes qui contre la teneur de ces lettres pourraient être opposés, lesquelles nous avons scellées d'un des sceaux dessus dits. Donné l'an de grâce 1376 le pénultième jour de mai. — S. Lecourt avec paraphe.

A l'original est attachée une copie sur papier au dos de laquelle est écrit : « J'ai trouvé ce petit parchemin avec d'autres jetés dans la poussière et abandonnés à la merci des vers, dans le château de Tourouvre, le 5 août 1809. Signé : Dugué. »

H 24 Juin 1384

A tous ceux qui ces lettres verront Hemery Lecourt clerc, garde des sceaux de la chastellenie de Mortaigne et tabellion du lieu, Salut. — Sachent tous que par devant Jehan Le Roy clerc ad ce juré et de par nous établi, fut présent Guillaume de Voiré, escuer, lequel quitta, cessa et délaissa à toujours à Ysabel, jadis femme de feu Robert Tournebeuf l'ainé et ses ayant cause d'elle et ses boursaux, à cause et pour raison d'un cheval de corvée, parce que pleniére satisfaction lui en a été faite, si comme il disait et rendre tous cous, mises et dommaiges que l'on pourra avoir sur ce, par défaut de cette quittance non entérignée, au serement du porteur de ces lettres sans autre preuve faire ; et quant à cette quittance tenir fermeet irrévocable, le dict Guillaume en obligea soi, et ses hoirs, et tous ses biens meubles et héritages présents et à venir à prendre par main de justice pour cest fait entérigner, renonçant quant à ce à toutes choses qui contre la teneur de ces lettres pourraient être opposées. En tesmoing de ce nous avons scellé ces lettres d'un des sceaux dessus dits. Donné l'an de grâce 1384 le 24e jour de Juin.

(Original en parchemin, avec cette note ajoutée au commencement du xixc siècle : «J'ai trouvé ce petit parchemin parmi d'autres vieux papiers jetés et abandonnés dans le chcàteau de Tourouvre, le 14 août 1809 : Dugué. »)

17 Juillet 1391

Contrat de mariage de Jehan le Hanisque avec Jehanne Tournebœuf.

A tous ceux qui ces présentes verront et orront Henri le Court, clerc, garde des sceaux de la chastellenie de Mortaigne, et tabellion du lieu, salut. Sachent tous que par devant Jehan des Prez, clerc tabellion juré en la dite chastellenie et de par nous établi, fut présent Jehan le Hanisque, d'une part, et Jehannine Tournebœuf, d'autre part, laquelle Tournebœuf de sa bonne volonté sans aucun pourforcement pour faire et coupeler le mariage par entre le dit Hanisque et damoiselle Jehanne la Tournebeufve, sœur du dit Jehannin, et fille de feu Robert Tournebeuf et Jehannette sa femme, père et mère du dit Jehannin et Jehannette. et le dit Jehannin cessa, quitta, transporta et délaissa, et encore cesse, quitte, transporte et délaisse du tout en tout dès maintenant héritalementàtoujours mesau dit Hanisque, à cause de la dite damoiselle, à leurs hoirs ou ayant cause, c'est à savoir une métairie nommée et appelée les Forges, séant en la paroisse de Tourrouvre et toutes ses appartenances quelconques tant en maisons, terres, qu'en pâtures, bois, haies, cens, rentes, comme autrement avec toutes les terres quelconques qui ajoutées ont été à la dite métairie par les prédécesseurs du dit Jehannin Tournebuef. Item deux maisons entretenans séans en la ville de Tourouvre, ainsi comme ils le poursuivent et comportent, lesquelles firent feu Robert Tournebeuf l'ainé et Ysabel sa femme, et avec ce cent sols tournois (monnaie courant au pays de rente héritaux, à prendre chacun an au terme et révo-

lution de neuf ans courant après la date de ces présente? par le dit Hanisque et la dite Jehanne ou leurs ayant cause sur la métairie de la Girardinière et appartenances, et sur une mazure ajoutée à icelle, et les dites neuf années venues et échues, le dit Hanisque et ayant cause, à cause de la dite Jehanne, la tendra la dite Girardinière, masure et appartenances en sa main et d'icelles lèvera par chacun an cent sous tournois héritaux jusques à ce et plus tant que le dit Jehannin Tournebueuf ait au dit Hanisque et damoiselle, à cause d'elle, baillé cent sous tournois monnaie courante au pays de rente héritaux en assiette bonne et suffisante par chacun an, et iceux cent sous baillés comme dit est la dite Girardinière masure et appartenances retourneront en héritage au dit Jehannin sans rien jamais y contredire, ni demander le dit Hanisque, sa femme, ni leurs ayant cause. Et partant que le dit Hanisque n'avait pour héritage dont il pût donner la dite damoiselle, à ce fut présent noble et puissant seigneur Monseigneur Jean de Vendosme, seigneur de Feillet et de la Ventrouze, lequel en la présence du dit des Prez, tabellion, bailla en la main de Pierre d'Illée, escuier, trois cent francs, tous en écus d'or, pour acquérir et convertir en trente livres tournois de rente en héritage pour la valeur au profit du dit Hanisque de la dite Jehanne. Ainsi dit et accordé par entre les dites parties que où ledit Hanisque irait de vie à trépassementsans avoir lignée procréée, de là en la dite demoiselle, icelle aura pour son douaire vingt livres tournois de rente par an sa vie durant, et elle allée de vie à trépassement tout l'acquérement qui des dits trois cent francs sera fait retournera par héritage au dit seigneur de Feillet ou aux ayant cause de lui, et lesquels trois cent francs ne se pourront employer, ni d'iceux ne peuvent être fait empiète en héritage ni en rente si ce n'est par le conseil et consentement de noble et puissant seigneur Messire Pierre de la Lande, seigneur du dit lieu et de Pierre de la Lande, ami charnel (1) de la dite damoi-

(1 Au moyen-âge, sinonyme de parent.

selle, et aussi par le consentement du dit Hanisque, et aux héritages dessus dits baillés et accordés, comme dit est au dit Hanisque et damoiselle, fut présente Ysabel femme de feu Robert Tournebeuf l"aîné, laquelle de sa bonne volonté sans nul pourforcement renonça à tout le droit et avantage qu'elle pouvait et pourrait contendre et demander en tous les héritages ci-dessus déclarés, et par ce que dit ont le dit Hanisque et damoiselle, ne leur ayant cause, jamais rien ne demanderont ni demander ne feront ces héritages qu'à la dite damoiselle pouvaient être encédés et échus de la mort et succession de feu Robert Tournebeuf le jeune et de la dicte Jehannette sa femme, père et mère du dict Jehannin, et de la dicte damoiselle, sans jamais rien en demander au dict Jehannin, ni à ses hoirs, et aussi à toute J'eschoite et succession qui venir et eschoir leur pourrait de la mort et succession de la dicte Ysabel, femme jadis du dit feu Robert, cel et celle des dits Jehannin et damoiselle, sans jamais rien y contendre ni demander. Et avec ce fut dict que ou les trois cent francs ne seraient employés, la dicte damoiselle en aura pour son douaire cent francs tierce, partie d'iceux trois cent francs. Et le dict mariage fait et coppulé, le dict Hanisque promit et gaigea fère obliger la dicte damoiselle à tenir et avoir les choses dessus dites fermes et estables, lesquelles choses dessusdites et chacune d'icelles en la forme et manière que ci-dessus sont exprimées, déclarées et devisées, le dit Hanisque pour lui et ses ayant cause promit et gaigea par la foi et serement de son corps avoir, tenir, garder et observer fermes et stables au dit Jehannin Tournebeuf, frère de la dite damoiselle, à ses hoirs et ayant cause, sans jamais rappeler, ne venir, ne aller encontre par lui ni par autres au temps à venir en aucune manière, rendre tous coux, mises et dommages que Ton pourrait avoir et s'en tenir par défaut des choses dessus dites, ou d'aucune d'icelles non tenues, enterignées et accomplies, au sermentdu porteur de ces lettres sans autre preuve faire. Et quant à tout ce tenir ferme et stable le dit Hanisque en obligea et oblige soi, ses hoirs, ses biens

meubles et héritages présents et à venir en quelques lieux et juridiction qu'ils soient trouvés ou puissent être à prendre et vendre par main de justice pour le contenu de ces lettres entérignées et accomplir, et renonça en ce faisant à toutes choses quelconques par quoi l'on pourrait venir contre la teneur de ces présentes lettres, lesquelles nous avons scellées des sceaux dessus dits.

Donné l'an de grâce 1 391 , le i7me jour du mois de juillet.

Desprez, avec paraphe.

(Original jadis scellé en double queue.)

20 Novembre 1392

A tous ceux qui ces présentes verront et orront, Jehan Bourgoing, clerc, garde des sceaux de la chastellenie de Mortaigne et tabellion du lieu, Salut.

Sachent tous que par devant Jehan des Prez, clerc tabellion juré et de par nous établi furent présents Jehan Lerqueniche et damoiselle Jehanne la Tournebeufve sa femme, suffisamment autorisée de son dit mari quant à vouloir et convertir ce qui ensuit, lesquels de leur bonne volonté et sans aucun pourforcement connurent et confessèrent avoir euet reçu de Pierre d'Illée, escuier, la sommedetrois cents francs, en couronnes d'or, deux sous etsix deniers... tournois, lesquels lui avaient été baillés en garde au contrat du mariage ferant par entre le dit Lerqueniche d'une part, et la dite damoiselle sa femme d'autre part, pour acquérir certaine rente plus à plein déclarée es lettres du dit contrault. Et ad ce fut présent noble et puissant seigneur Monseigneur Jehan de Vendosme, seigneur de Feillet, lequel consentit et voult en tant comme il lui touche et peut toucher que les dits mariés les nient et reçoivent du dit escuier ; de laquelle comme dessus dite ainsi reçue, comme dite est, par les dits mariés, et en la présence du dit tabellion Jehan des Prez, de Colin Durantet de Jehan de la Fontaine escuier, iceux mariés et aussi le dit Seigneur quittèrent et quittent, clamèrent le dit d'Illée, ses hoirs et ayant cause, sans ce que jamais ou lui en puisse rien contendre ni demander par tant que plenière satisfaction et bon paiement de lui en a été fait duquel les dits mariés se tinrent et se tiennent pour bien comptée, et en quittèrent le dit Pierre, ses hoirs et ayant cause, et tous autres à qui quit-

tance en peut et doit appartenir ; laquelle quittance dessus dite ainsi faite, comme dit est, les dits mariés pour eux et pour leurs hers promirent et gaigèrent par la foi et serment de leur corps avoir, tenir, garder et observer ferme et stable audit Pierre, ou ayant cause, sans jamais rappeler ni venir encontre, ni faire venir par eux ni par autres au temps à venir pour quelconque manière, voir, cause ou raison, quelles qu"elles soient ou puissent être, et rendre tous cours, mises et dommage que l'on pourrait avoir et soutenir par défaut des choses dessus dites ou d'aucunes d'icelles... non tenues, entérignées et accomplies au serment du porteur de ces lettres, sans autre preuve faire ; et et ad ce les dits mariés en obligèrent et obligent eux, leurs hères, leurs biens meubles et héritaiges, présents et à venir en quelques lieux et juridictions où ils soient trouvés ou puissent être, à prendre et vendre par main de justice pour le porteur de ces lettres entérigneret accomplir, et renuncièrenten ce faisant à toutes choses quelconques parquoy Ton pourrait venir contre la teneur de ces présentes lettres, lesquelles nous avons scellées d'un des sceaux dessus dits.

Donné l'an de grâce 1392 le 2ome jour de novembre. Signe : Desprez, avec paraphe.

(Qriginal en parchemin.)

12 Janvier 1392 (1393 n. si.)

A tous ceux qui ces lettres verront et orront, Jehan Bourgoing, clerc, garde des Sceaux de la chastellenie de Mortaigne, et tabellion du dit lieu, salut.

Sachent tous que par devant Jehan des Prez, clerc, tabellion juré et de par nous établi, fut présent noble et puissant seigneur Messire Jehan de Vandosme, Seigneur de Feillet, lequel de sa bonne volonté connut et confessa avoir eu reçu de Jehan Lerqueniche bon compte juste et loyal de toutes les recettes que le dit Jehan a faites pour le dit seigneur et aussi de toutes les mises qui par le dit Lequerniche et pour le dit seigneur en ont été faites, desquelles recettes et mises le dit seigneur se tint et tient à bien comptées et en quitta et quitte, clame le dit Lerqueniche, ses heirs et ayant cause, et tous autres à qui quittance en peut et doit appartenir ; et généralement le dit seigneur quitta le dit Lerqueniche et ayant cause, et quitte de toutes choses quelconques de tout le temps passé jusques au jour de date de ces présentes lettres, partant que bon paiement et pleinière satisfaction du dit Lerqueniche au dit seigneur en a été faite, si comme il témoigna; laquelle quittance dessus dite et ainsi faite comme dit est le dit Seigneur, pour lui et ayant cause, promit et gaigea par la foi et serment de son corps avoir, tenir, garder et observer au dit Lerqueniche.

(Toutes ces pièces appartiennent à la collection de M. l'abbé Bernier, membre de la Congrégation de Sainte- Marie de Tinchebray ; la copie m'en a été très obligeamment communiquée par M. le Vicomte Olivier de Romanet, Président de la Société percheronne.)

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