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DU CANTON DE TOUROUVRE

DÉCÉDÉ LE Ier AOUT 1813.

M. François Dugué lui succéda comme maire et comme notaire ; sa nomination fut signée de l'impératrice régente, Marie-Louise, et contresignée par Cambacérès, archichancelier de l'empire.

Sous son administration, il fut défendu aux cabaretiers de donner à boire après neuf heures du soir. Il leur fut en outre enjoint d'avoir à signaler au maire toute personne de passage non munie d'un passeport en règle (2).

M. Dugué aimait à céder parfois à certains souffles de la Muse, et il fut l'auteur d'un grand nombre de poésies diverses. Il fit un recueil de plusieurs d'entre elles, et le dédia en 1800, à M. Delestang, sous-préfet de Mortagne. avec cette épigraphe :

1 Reg. 'les Di'-lib . aux années 1809, 1810 et 1811. 2] Reg. des Dclib. 11 avril 1S13.

Le hazard, la nature exerçant mes pinceaux, La vérité seule enrichit mes travaux.

Il a en outre composé un poème sur la bataille d'Austerlitz ; on y comptait tout d'abord huit cents vers, puis il fut depuis considérablement augmenté et intitulé : X AustcrU\iade. Il comprenait deux chants et avait pour épigraphe ces vers d'un vieil auteur :

Mais qui peut dans sa course arrêter ce torrent ? Achille, va combattre, et triomphe en courant.

Il adressa aussi à M. Delestang une épître sur sa statistique de la ville de Mortagne.

Mais les événements politiques se sont précipités, nous sommes en septembre 1814, l'empereur Napoléon, trahi par la victoire, a abdiqué à Fontainebleau : c'est la période du premier retour des Bourbons. Tous les fonctionnaires des dix-huit communes du canton sont convoqués à la mairie de Tourouvre, pour prêter serment au roi Louis XVIII devant le sous-préfet de Mortagne.

Que les temps sont changés, et, comme les souffles politiques qui passent ont la vertu de tourner les volontés. Séance tenante, en effet, les maires des dix-huit communes du canton « offraient spontanément au Roi les réquisitions de tout genre, pour lui donner la preuve de leur attachement ». Et la rédaction du procès-verbal de cette séance se termine par ces lignes : « Les soussignés supplient humblement Sa Majesté de vouloir bien agréer cette offrande, pour nouvelle preuve de leur attachement et de leur fidélité, et en signe de la satisfaction qu'ils éprouvent de l'heureux retour de l'au-

guste famille des Bourbons, rappelée sur le trône de saint Louis, pour faire luire sur la France le soleil de la paix.

« Les très humbles, très soumis et très obéissants serviteurs et fidèles sujets. »

C'est le 25 septembre suivant que les divers fonctionnaires de l'État prêtèrent ici serment au roi, entre les mains du maire de Tourouvre (i).

En février 1S15, comme récompense de ce royalisme si chaudement affirmé, en réponse à M. Dugué, le ministre l'autorisait, avec les dix membres du conseil, à porter, en guise de décoration, la fleur de lis d'argent.

Mais voilà que, peu après, le retour de l'Empereur de l'île d'Elbe se répand par la France comme une traînée de poudre. Le roi Louis XVIII se retirait à Gand. La période des Cent-jours commençait.

Sans attendre le succès final de cette équipée, nombre d'esprits furent de nouveau fascinés par le prestige impérial. De ce nombre fut M. Dugué, le maire de Tourouvre, qui, en avril, prêtait de nouveau serment à l'Empereur, et le 15 juillet suivant, prononçait un vibrant discours pour célébrer le retour du monarque, dont la gloire, hélas ! devait bientôt à nouveau s'éclipser, à la suite de Waterloo (2).

Ce fut de nouveau l'agitation en France. La réapparition de l'Empereur suscita la coalition des puissances, pour protéger la paix de l'Europe. 11 fallut

(i; Registre des Délib. 18 septembre 1814. On trouve à cet endroit du reg'stre un assez curieux relevé du rôle du chiffre 18 à ce moment à Tourouvre.

(2) Reg. des Délib. lévrier, avril et juillet [813.

donc rentrer en campagne, et la guerre reprit avec une nouvelle ardeur. Trahi par la fortune et écrasé par le nombre, Napoléon dut abdiquer à nouveau, en remettant son sort aux mains de l'Angleterre, son implacable ennemie, qui l'envoya languir et mourir sur le rocher de Sainte-Hélène.

Toutefois, la France dut subir la loi du vainqueur, qui s'imposa au pays, afin de mieux s'assurer de la paix.

Voici ce que valut à la région de Tourouvre la présence des troupes prussiennes, depuis le 24 juillet au 12 octobre 1815; il y eut cinq mille trois cent trente et une journées d'officiers : soixantehuit mille cent quatre-vingt-dix-neuf journées de soldats, à la charge des habitants. Pour Tourouvre seul, il y eut six cent quatre-vingt-deux journées d'officiers et dix-sept mille sept cent vingt-six journées de soldats, ce qui valut une dépense de vingtsept mille six cent douze francs ; puis douze cent cinquante-cinq journées de chevaux à un franc quinze par jour, ce qui constitua un supplément de treize cent onze francs quatre-vingt-quinze centimes, au frais des habitants (1).

L'administration de M. Dugué sut faire face aux charges écrasantes de cette époque. Il faut d'ailleurs lui rendre cette justice, c'est qu'elle fut aussi active que vigilante.

C'est M. Dugué qui releva le marché de Tourouvre ; il le fixa au lundi de chaque semaine et en détermina ainsi les heures d'ouverture : du icr janvier au icr mai, à huit heures ; du icr mai au itr septembre, de cinq à six heures, du T' septembre au

(1 Statistique du canton de Tourouvre, par M. Delestang.

Ier novembre, à sept heures, et du ier novembre au i" janvier, à huit heures, avec défense d'acheter avant les heures réglementaires. L'emplacement en fut fixé sur le terrain de l'ancien cimetière, devenu la grande place.

Ce maire sut prendre toute une série de mesures pour la police intérieure de la bourgade. Il y eut défense d'embarrasser les rues, de porter du feu à découvert, d'élever des barges de pailles et de bourrées à moins de quinze mètres des maisons, de laisser des boues ou immondices sur les rues, de laisser traîner sur la voie publique des matériaux et instruments de travail, de déposer quoi que ce soit autour de l'église et dans l'ancien cimetière, de déchirer les affiches ou de les recouvrir. C'est lui encore qui régla la composition de la garde nationale sédentaire. Il proposa la nomination d'un garde champêtre, avec attribution d'un traitement de cent cinquante francs.

Emu aussi de voir les ossements des morts mis à découvert, dans l'ancien cimetière, et exposés à toute sorte de profanations, il eut un éloquent plaidoyer devant l'administration municipale, pour obtenir qu'il fût porté remède à ce triste état de choses (1 1.

Le gouvernement de la Restauration, après la déchéance de l'Empereur, avant repris la direction des affaires, la paix recommença à régner, et, sous son heureuse influence, les différentes plaies sociales se cicatrisèrent peu à peu, les esprits se rapprochèrent, l'ordre se rétablit dans les finances, la marche des affaires alla en s'affermissant, la religion fut de

t Reg. des Delib. Année L825.

nouveau en honneur. Ce fut comme une vie nouvelle, où tout reprit sa marche d'ensemble.

C'est en 1817 que M. Dugué, après toutes les formalités voulues, se mit à exécuter son projet de sauvegarder les restes des ancêtres, qui, depuis dessiècles, dormaient le grand sommeil dans le vieux cimetière de Tourouvre. Dans le courant du mois de mai, il fit exhumer tous les ossements de cet ancien cimetière par les indigents employés aux ateliers de Charité. Au fur et à mesure que ces ossements furent retirés de terre, ils étaient soigneusement portés dans l'ancienne grange dîmeresse, où ils furent ainsi amoncelés en quantité considérable.

Quand ce premier travail d'exhumation eut été terminé, un jour fut fixé, d'entente avec les deux administrations civile et religieuse, pour la translation solennelle de ces nombreux ossements dans le nouveau cimetière. La cérémonie fut fixée au 27 juin suivant et elle eut lieu avec toute la solennité possible, en présence des autorités constituées.

On estime à quatre-vingts toises cubes tous ces ossements ainsi réunis. Ils furent placés dans de vastes paniers, qui furent recouverts de draps funèbres, et disposés dans la nef jusqu'à la porte principale de l'église, pendant la célébration du service solennel, qui eut lieu à cette occasion. M. l'abbé Marre, curé de Feings, prononça un discours de circonstance, dont la pieuse et communicative émotion tira les larmes de la nombreuse assistance. Puis, après une dernière absoute solennelle donnée par M. le curé de Tourouvre, tous ces ossements furent chargés sur deux voitures et portés processionnellement par le clergé et la nombreuse assis-

tance au lieu de leur dernier repos en ce monde (i).

Dans une partie du nouveau cimetière, on avait creusé une vaste fosse, où tous ces ossements furent respectueusement déposés; puis, après avoir reçu les dernières prières de l'Église et l'aspersion de 1 eau sainte, ils furent de nouveau recouverts de la terre bénite, qui doit les garder jusqu'au jour de la résurrection dernière.

Cette cérémonie impressionna vivement la population, et fait honneur à sa foi.

Plus tard encore, on recueillit même mille à douze cents hanneaux déterre de l'ancien cimetière, composée en bonne partie de la poussière de ces morts, pour en former au-dessus de leurs ossements ce petit tertre qui, longtemps. s*est vu au-dessus de l'endroit qui les recouvre, jusqu'à ce que le temps l'ait peu à peu quasi égalisé au niveau du sol.

M. Dugué démissionna le 5 décembre 1822, après une administration des mieux remplies.

Le 31 décembre suivant. M. Jérémie-Pierre Duchesne de la Sicotière, châtelain de Bellegarde, prenait la succession.

C'est sous son administration que, le 24 décembre 1822. Mgr 1 ëvêque de Sées donnait autorisation au sieur Olivier, de La Mesnière, de donner l'enseignement primaire dans la commune de Tourouvre. Cet instituteur était d'ailleurs pourvu de son brevet élémentaire, qui lui avait été délivré par l'abbé Pierre-François Jamet. prêtre, recteur de l'Académie royale de Caen.

i) C'est en [794 que l'ancien cimetière, situe autour de l'église, avait cessé de servir. Il fut remplacé parle cimetière actuel, situé entre Ils chemins de Laigle et de La Foucaudière : il a été agrandi depuis.

Le i=> mars 1828 mourait M. l'abbé Saint-Martin- Dumont, après une administration assez active.

Il était remplacé, le 22 mars suivant, par M. Jacques-Louis Delaunay, homme non sans valeur, mais manquant de tenue. On crut que de lui imposer un poste assez important, avec un titre honorifique, le forcerait à s'observer davantage, malheureusement il n'en fut rien.

L'administration locale continuait de se montrer bien disposée pour le clergé et, en avril, le conseil municipal votait une imposition extraordinaire, sur laquelle il prélevait une somme de 300 francs pour le traitement du vicaire. Puis, quelques jours plus tard, des réparations étaient également votées pour la maison presbytérale.

La population continuait de jouir, dans la forêt du Perche, des droits et franchises qui lui avaient été autrefois concédés par Charles de Valois. Mais, comme les règlements pour la conservation de la forêt mettaient certaines réserves à la jouissance de ces droits, la localité elle-même était intéressée à ce que les précautions voulues à cet égard fussent prises. Aussi, la municipalité faisait-elle de temps à autre des nominations de pâtres pour garder les bestiaux des usagers ayant droit de pacage dans la forêt royale du Perche.

C'est en 182.) qu'eut lieu la nomination d'un garde champêtre, sérieusement investi de fonctions bien déterminées.

Tourouvre n'avait pas encore à ce moment de bureau de poste, et cependant la verrerie, une tuilerie, trois fabriques de clous, six moulins à grains, et deux châteaux, avec l'exportation et l'emploi du bois de la forêt, occasionnaient d'assez nombreuses

transactions, qui nécessitaient passablement de correspondances. Ce sont les motifs que l'administration locale faisait valoir en mai T830 pour demander en haut lieu la création d'un bureau de poste à Tourouvre. C'est d'ailleurs ce qui fut compris, et Tourouvre ne tarda pas à être doté de cet important service.

L'un des derniers actes de l'administration de M. de la Sicotière fut de faire voter l'érection d'un vicariat. Les raisons que l'on fit valoir furent le travail qui s'imposait pour deux prêtres dans une paroisse de dix-neuf cent cinquante-six habitants, puis l'impossibilité d'assister à la messe le dimanche pour une bonne partie de la population de Tourouvre et des paroisses limitrophes, parce qu'il n'y avait pas de première messe dans le pays. Le conseil vota même une somme de 300 francs comme supplément de traitement pour le vicaire (1).

Quelques semaines plus tard, l'émeute s'agitait dans Paris, et renversait le trône du vieux roi Charles X. qui prenait le chemin de l'exil.

A sa place, Louis-Philippe d'Orléans inaugurait son nouveau règne, sous le titre de roi des Français. Il y a des nuances de langage qui ont parfois des significations profondes.

C'est à ce moment que M. de la Sicotière, se refusant à prêter serment à la nouvelle royauté, cessa d'être maire de Tourouvre. M. Jacques-Philippe Ragaine, chef de verrerie, lui succéda.

Un de ses premiers actes fut de faire flotter le drapeau tricolore au sommet du clocher. Pour procéder

(1) Reg. des Délib. 15 mai 1830. Cette somme devait être appliquée pour la pension alimentaire, la fabrique n'étant pas en mesure d'y pourvoir.

même à cette opération, il crut devoir y mettre une certaine solennité, car ce fut au son d"un roulement de tambour que le nouveau drapeau national fut hissé et attaché sur le monument (i).

Le 10 septembre 1830, le maire recevait de tous les fonctionnaires le serment de fidélité au nouveau roi.

Ce fut aussi en ce temps-là que recommencèrent les beaux jours de -la garde nationale, qui, presque chaque dimanche, eut ses exercices et ses parades. Le 11 avril 1831 une réunion du conseil avait lieu pour statuer sur l'équipement des deux compagnies de gardes nationaux. Les tambours furent dotés euxmêmes de l'uniforme militaire.

Le Ier mai 1831, eut lieu pour la première fois la célébration de la fête du roi Louis-Philippe. A Tourouvre on tint à le faire avec une certaine pompe. et la main du scribe, qui a voulu en garder le souvenir dans les registres publics, paraît avoir mis une certaine complaisance dans Ténumération des détails. Nous n'avons donc qu'à suivre pas à pas, à l'aide de ces notes, la description de cette journée.

Dès cinq heures du matin, de fortes détonations réveillaient la population, pour lui donner la première note de la fête. Puis le son de la cloche vint se joindre aux batteries de tambours pour mettre tout l'air en fête.

Dans la matinée, eut lieu à l'église le chant solennel du Te Deum, avec la présence de toutes les autorités et de la garde nationale sous les armes.

Au sortir de l'église, fut passée la revue de cette milice ; elle se terminait aux cris répétés de : Vive le Roi!

(1) Reg. lies Délib. s août 1830.

L'une des salles de la mairie avait été gracieusement décorée pour le banquet. Le buste « du roicitoyen » v trônait sur un piédestal orné de couronnes et de guirlandes, et entouré de faisceaux de drapeaux tricolores.

Avant le repas une quête eut lieu pour les pauvres, à qui, d'ailleurs, une abondante distribution de pain fut faite.

Puis vint le moment des toasts.

Le premier fut porté par M. le Maire au Roi, à la Reine et à la famille rovale.

11 fut suivi de détonations d'artillerie, et, « pendant un quart d'heure », les cris répétés de Vive le Roi! ne cessèrent de retentir.

Le capitaine de la première compagnie de la garde nationale porte ensuite son toast « à l'illustre général Lafayette ».

Le capitaine de la dernière compagnie envoya le salut de la patrie à toutes les gardes nationales de France.

Les deux lieutenants levèrent ensuite leurs verres en l'honneur de M. le préfet de l'Orne et de M. le sous-préfet de Mortagne.

Le Receveur des Domaines porta son toast « à la nation Belge >>.

Le percepteur, à la Pologne.

Le brigadier de gendarmerie y fut du sien pour les Ducs de Nemours, de Joinville, d'Aumale et de Montpensier.

Ainsi, comme on le voit, personne ne fut oublié.

Le curé de Tourouvre ne crut pas lui-même devoir refuser sa participation à cette manifestation. et il parut un instant dans la salle du banquet.

Une nouvelle quête eut lieu en faveur des Polo-

nais, dont la cause, depuis comme alors, a su exciter tant de sympathies en France.

Le soir venu, un feu d'artifice fut tiré sur la place, pendant que les maisons s'embrasaient des feux d'une illumination générale.

Le narrateur termine en disant : « La joie la plus cordiale, l'union, l'harmonie, l'ordre le plus parfait, ont régné pendant tout le cours de la fête (i). »

C'est le 8 décembre 1831 qu'eut lieu l'installation du nouveau conseil municipal, qui s'empressa de prêter serment de fidélité « au Roi, à la Charte constitutionnelle et aux lois du royaume ».

Un terrible mal venu de l'Orient, le choléra, menaçait alors l'Occident, il ne tarda pas en effet de faire son entrée en France, où il exerça même d'assez terribles ravages. Aussi les maires s'ingéniaient à prescrire toutes les précautions que suggérait la science d'alors contre ce terrible lléau du choléra morbus. Le maire de Tourouvre ne faillit point à son devoir dans la circonstance.

Le conseil continua de s'intéresser à la question du vicariat, et vota un subside à cet effet, en même temps qu'un traitement pour l'instituteur Olivier.

La question du vicaire prit alors une face nouvelle, car en 1835, Par une sentence d'interdit, l'autorité épiscopale retirait à M. Delaunay ses pouvoirs, sa situation ici devenant impossible, à cause de ses habitudes d'intempérance. M. l'abbé Gourdel dut ainsi être nommé vicaire administrateur pour un intérim qui devait plus ou moins durer. Cette situation se prolongea jusqu'au 18 mars 1837, où

(1) Reg. des Délib. 2 mai i8}i: le procès-verbal de cette fête est signé Ragaine.

M. l'abbé Jean-Jacques Filleul, précédemment curé de Beaulieu. fut nommé doyen de Tourouvre.

C'était la science et la vertu qui allaient se mettre au service de la paroisse et du canton. « Les scandales récents ne demandaient rien moins, pour être effacés, que la vertu et la dignité d'un tel pasteur. Malgré le peu de loisirs que lui laissait une plus grande charge d'âmes, il ouvrit son presbytère à une demi-douzaine d'écoliers, dont un seul est parvenu à l'honneur du sacerdoce. ;• C'est celui-là même qui a tracé ces lignes à l'honneur de sa mémoire, M. l'abbé A. Hurel, ancien chapelain de Sainte- Geneviève et ensuite vicaire à la Madeleine (i).

M. Filleul fut l'homme d'une tranquille bonté, qui ne se démentit jamais, d'une discrétion à toute épreuve, et d'une sûreté de conseil que surent apprécier ceux qui eurent recours à sa sagesse. C'était, a dit encore l'abbé Hurel, une intelligence servie par des organes peu souples. M. Filleul, en effet, ne prétendit jamais à la haute éloquence, et pourtant, me rapportait un jour un de ses anciens paroissiens, « quand il prêchait, on eût dit qu'il voyait ce qu'il disait », tant chez lui était grande l'expressive conviction qui dictait la parole à ses lèvres. Il est certain toutefois que son expression était un peu hésitante. Son zèle était aussi dévoué qu'éclairé. Aussi par ses soins, la paroisse s'améliora à vue d'œil, après le triste état dans lequel il l'avait trouvée. Les registres de catholicité n'étaient pas même tenus. Sa sobriété et ses aumônes furent pour cette paroisse de Tourouvre toute une révélation, qui lui

(1) Semaine re/igieuse de Sées, année 1S68, p. 440 ; article nécrologique sur M. l'abbé Filleul, sous forme de lettre de M. l'abbé Hurel à M. l'abbé de Fontenav, vicaire général de Sées et supérieur du Grand Séminaire.

fit comprendre ce que c'est qu'un vrai. prêtre. Entre ce qu'elle avait vu précédemment et ce qui s'offrait à elle maintenant, c'était la différence du jour à la nuit. Cette vie d'un prêtre vraiment vertueux était pour cette population comme une sorte de révélation. L'évêque, qui l'avait ainsi discerné et placé dans ce poste, Mgr Mellon-Joly, nommé au siège de Sens, à quelque temps de là, tenait à lui rendre justice, en le nommant chanoine honoraire de son archidiocèse.

Ce fut peu de temps après l'arrivée de M. Filleul à Tourouvre, le 27 juin 1837, qu'une fête publique eut lieu à l'occasion du mariage de l'héritier présomptif du trône, Mgr le duc d'Orléans. L'administration locale tenait à manifester ses sympathies pour le régime de la monarchie constitutionnelle.

A cette même époque, de nouveaux règlements de police attestaient le soin de cette administration pour l'ordre et la bonne tenue de la bourgade.

L'arrêté de M. le Maire prescrivait le balayage des rues chaque samedi au moins. Les propriétaires ou locataires étaient tenus de faire disparaître les neiges et casser la glace devant leurs maisons. Défense était faite de déposer sur la voie publique des morceaux de verre ou de poterie, ou autres objets susceptibles de gêner la marche des passants. Défense de jeter par les fenêtres aucun objet dont la chute pouvait occasionner des accidents. Défense de laisser séjourner des voitures sur la place publique. Défense à tous les entrepreneurs de travaux, propriétaires ou autres particuliers, de déposer et laisser séjourner sur la voie publique des matériaux ou des décombres. Défense de laisser, la nuit, des échelles dressées le long des maisons en construction ou réparation dans les endroits donnant sur la

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