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Et cette enfant si ingénue, si naïve, qui tremblait à la seule vue de la vitrine.... qui pleurait sur l'histoire d'Elvire... Ah! voilà bien la femme!!... Je suis sûr à présent que l'histoire d'Elvire a suffi pour faire de Marie ce qu'elle est maintenant... un cadavre! Oh! nhe femme!
Le poète allemand a dit qu'un amoureux fou est capable de tirer en l'air le soleil, la lune et les étoiles pour le divertissement de sa belle ; et moi, Spielberg, je dis ceci :
« Lne femme qui croit en Dieu... est ca- « pable de tuer tous les siens pour aimer le « diable et le suivre jusqu'en enfer!!... Une « femme!... »
Ici le pècheui- Lamarre entendit on ne sait quel bruit de (pielque chose qui se renuie dans l'ombre , qui se traîne et qui s'en va lentement....
Mais Spielberg, ne voyant que le cadavre
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de Marie, el remué par l'exaltation de son imprécation, n'entendit rien.
Le pécheur Lamarre regarda el écouta encore...
— Allons , vieux radoteur... vieux fou , à quoi te sert-il de parler ainsi tout seul au milieu de ceux qui ne peuvent plus t'entendre? A quoi te sert toute ta science, si tu ne peux faire revivre personne? si toi-même tu ne peux t'arréter dans ta marche vers le tombeau et retourner à la vie?... Si tu ne peux rien changer à ce qui est, ne vaudrait-il pas mieux ne rien savoir?... Car c'est alors savoir ton impuissance; et c'est dans l'impuissance que se trouvent le malheur, la rage et le désespoir!...
Allons , ne voilà-t-il pas que maintenant je parle connue le père Honoré!... Vieillard! vieillard, tu redeviens enfant... Et comme il te faut parler toujours, et comme, sans doute.
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lu t'ennuies des choses que la lète rumine tlepuis trente ans, il te faut parler le langage d'un autre. ~-
Fais plutôt ta besogne d'anatomiste... fais à ces cadavres ce que tu ne saurais faire à toi-même... et dépéche-toi de peur d'être surpris pai* la nuit de la vie, par la mort!... Dépêche-toi d'en finir avec la nouvelle Elvire, car le nouveau Toussaint l'attend là... par terre... Mais où est-il donc?... il me semble que je ne le vois plus. ..Oh! s'il n'y était plus... c'est alors que je commencerais à douter sérieusement de moi-même... Il sera curieux tout à l'heure que je ne croie plus en Spielberg... Comment toi... vieil athée... tu as la tentation de prendre ce flambeau pour aller t'assurer que le cadavre est encore là par terre î . . . Spielberg ! . . . Spielberg, voilà un signe de dépérissement et de fuite... car sans cela, toi, qui ne crois pas en Dieu, tu ne croirais pas que ce cadavre s'est enlui...
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Vieillard, il tetaul hieulol mourir, car tu l'aiblis comme un enfant... Mais c'est que je ne vois point le cadavre!... Eh bien!... voilà qu'il me semble avoir entendu remuer dans cette vitrine... Qui va là?... Est-ce que j'aurais peur?... Qui va là?...
Ici le pêcheur Lamarre entendit distinctement frapper trois coups à la vitrine...
Spielberg saisit son flambeau d'une main tremblante j et le flambeau éclaira d'une façon si horrible la tête du vieillard que le pêcheur mit une main devait ses yeux pour ne plus voir, et que de l'autre il se cramponna k i^ne saillie de l'ogive pour se forcer à rester et à écouter.
— Qui frappe ? . . . Toussaint, est-ce vous ?.. est-ce vous, Elvire ?. . .
Et la voix du vieillard chevrotait et gémissait presque; cependant il fit encore un pas.
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— Toussaint , est-ce vous?... Oh! si c'est vous qui avez ainsi frappé à la porte de la vitrine... dites, que voulez- vous de moi?... Et si c'est qu'il me faut croire en Dieu . . . frappez encore trois fois... et... je... je croirai en Dieu ! . . .
Ici le pêcheur Lamarre fit un grand signe de croix, car il entendit frapper trois nouveaux coups à la porte de la vitrine... Puis il se fit un moment de silence si grand que le pécheur entendait le vieillard trembler...
Spielberg dit encore :
— Pour la dernière fois, Toussaint, est-ce
vous i
— Cest la vengeance de Dieu, cria une voix qui sortait de la vitrine ! , ,
En cet instant le vieillard dit: Mon Dieu^
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je crois en \oiis! El puis il lit un si grand cri de détresse... et puis il répéta : Grâce! grâce! d'une \(>ix épouvantée, si repentante et si religieuse, que le pécheur Lamarre crut tout d'un coup que Dieu lui-même était descendu... et qu'il se prit à lever les yeux pour voir Dieu!...
Il vit une main ensanglantée sortir de la vitrine et tenir Spielberg avec une puissance surnaturelle , tandis qu'une autre main arrachait le flambeau au vieillard et mettait le feu à ses habits...
Le vieillai'd poussait des cris horribles, et dans sa vaste tête de savant il ne pouvait en ce moment trouver d'autres paroles que celles-ci... Grâce! grâce!
Mais tout à coup sa voix devint furieuse et sa bouche écumante.
— Malédiction!... ce n'est pas Dieu... O
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rage! c'est le fils de Toussaint le noir... Je renie Dieu... Malédiction!... celui que j'ai nourri me brûle à présent... Oh! je renie Dieu!... Au moins si quelqu'un pouvait m'entendre. . . on saurait que c'est maintenant que je renie Dieu!... Je meurs athée... Au secours!... Misérable... je vais te mordre... Ah!... ah!... je renie...
Bientôt le pêcheur Lamarre n'entendit plus rien que le crépitement des flammes qui brûlaient les cadavres en grasseyant , et le bruit de la vitrine qui craquait et dont les vitres éclataient et carillonnaient en tombant...
Alors le pêcheur Lamarre retrouva assez de force pour s'enfuir dans sa barque... Et là encore il fut atteint par le bruit de l'incendie, et par une odeur affreuse qui lui disait : Ceci , c'est la chair humaine qui brûle. . . Alors il se cacha la face contre la cale... se
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laissa dériver avec la Seine... et il ferma les yeux pour ne point voir la lueur de l'incendie... La Seine emporta rapidement la barque... elle fut arrêtée par d'autres barques qui venaient... et le vieux pêcheur Lamarre ne put que montrer du doigt l'incendie qui finissait...
L'incendie finissait... et de cette petite maison blanche aux volets verts, qui s'élevait, si gentille et si coquette^ au bord du petit sentier... il ne restait plus que le haut pavillon de pierre surmonté d'une horloge . . .
Et pendant l'incendie l'horloge se mit à sonner tranquillement onze heures... et n'eut seulement pas l'idée de sonner le tocsin pour appeler au secours!
De tout le reste... des machines électriques... des livres, des crânes, des reptiles,
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de l'athée, des croyans et des adultères... il ne restait plus que des cendres...
Et encore un grand vent s'éleva tout à coup, furieux et rapide... qui enleva ces cendres et les transporta dans un tourbillon , par-delà les montagnes voisines, en attendant qu'un autre tourbillon les emporte dans le reste des mondes!
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P^'nf dicjj.0B J
« Et quelle séparation qui ne doit cesser qu'au jour du juge- « ment!
« Ce qui calmait ma douleur, c'était de penser qu'un jour je le u suivrais , quelque douce que soit la vie ! »
HuMASA , Paroles de Salma lien lezid al Djojî.
« Luenga es su noche, y cerrados
« Es tan sus ojos pesados
« Idos, idos en paz, vientos alados! »
Voyageur, où vas tu si loin ?
N'est-ce donc pas ici le but de Ion voyage?
Victor Hugo.
Amen!
XXTV.
Six mois après l'incendie de la petite maison blanche aux volets verts, une voile légèrement enflée par le vent descendait rapidement la Seine et courait vers l'île Saint- Denis.
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Peu à peu la voile grossit à l'œil, puis laissa voir sous elle une petite barque dont la quille évasée glissait mollement, avec prestesse, et laissait après elle une longue trace mouvante et lumineuse à la surface de l'eau.
Quand la petite barque eut dépassé Argenteuil et les carrières de gypse, et qu'il fallait que la main du pilote fît mouvoir le gouvernail pour tourner le grand coude qui mène à l'île Saint-Denis , la main du pilote ne fit aucun mouvement au gouvernail.
Tout à coup la voile glissa le long du petit mât avec un léger roulis , se replia si vite qu'elle enferma sous elle une bouffée de vent qui la fit se gonfler en mille globules et frissonner entre la double froissure de l'air emprisonné et de l'air extérieur...
La petite barque ainsi dépourvue de son
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aile de toile, vola encore une minute à fleur d'eau, mais peu à peu son vol se ralentit et expira dans la marche même du fleuve.
Alors une voix dit : C'est ici- Une autre voix répondit : Merci... Restez au milieu de la Seine , présentez au rivage le travers de la barque... et avec votre maillet de bois enfoncez dans le sable les deux grands piquets de pèche pour amarrer, afin (|ue nous puissions rester ici quelques inslans en regard de ces ruines.
Les deux grands piquets de pèche furent enfoncés dans le sable à coups de maillet, et on entendit l'écho de la grande carrière de gypse répéter tous les coups avec sa voix grave qui passe le long du souterrain dont la bouche s'ouvre à la rive gauche du fleuve.
Alors la barque n'avança plus et s'endoimil dans un balancement monotone, et
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l'eau rissola sur ses flancs, rapide, gémissante et écumeuse.
Déjà la nuit descendait, et, de la lueur de ses étoiles, elle argentait la Seine et en faisait comme une immense lame d'acier scintillant au loin dans la vallée.
La brise du soir apportait le vague murmure des forêts voisines, semblable au murmure de l'orgue de Silbermann à travers la Forêt-Noire.
Le vieillard qui avait commandé la manœuvre s'agenouilla au bord de la barque, se pencha religieusement de manière que l'eau reflétait ses cheveux blancs, ses yeux fermés et ses lèvres qui disaient tout haut quelque sainte prière.
Et le vieillard, ainsi penché en avant, semblait déposer sa prière sur les flots qui passaient sous sa bouche... et les flots et le
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vent semblaient la prendre avec eux pour la porter aux rives lointaines où quelque anie religieuse écoute peut-être dans le silence et dans la nuit...
Celui qui tenait le gouvernail n'écoutait pas la prière; il regardait souvent en arrière le long de l'eau, et puis il avançait la tète comme pour écouter si quelque gémissement ne sortait pas du milieu des ruines!
Le vieillard visiblement agité par un souvenir terrible n'était-ce point le pêcheur Lamarre?...
Et l'autre vieillard priant sur l'eau, et qui vient de laisser tomber une larme dans le fleuve où courent tant d'autres larmes , n'était-ce point le père Honoré?
Une demi-heure se passa ainsi...
Le pêcheur n'entendait aucun cii , aucun
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gémissement ; seulement il entendait comme le bruit sourd d'un ouragan qui remuerait en passant les forêts éloignées... et même il crut sentir tomber sur sa figure une large goutte de pluie; mais comme, après avoir étendu la main assez long-temps, il ne sentit plus tomber d'autres gouttes , il s'imagina que c'était un petit frisson de froid qui lui avait surgi à la peau.
Donc il resta sans bouger au gouvernail*...
Tout à coup une cloche suspendue audessus d'un pavillon en pierre sonna dix heures, et à ce timbre le vieux pêcheur fit un si grand mouvement de terreur que la barque en oscilla , et que le père Honoré se releva brusquement de sa prière à deux genoux...
— Qu'avez-vous , Lamarre, pour me trouhier ainsi dans ma prière ?
— J'ai que je voudrais bien ne pas rester ici jusqu'à onze heures; c'est l'heure de l'incendie... et l'autre nuit, comme je descendais la Seine à onze heures, j'ai vu courir une lumière dans les ruines, et j'ai cru entendre une voix qui disait : «Malédiction!... je brûle...»
— Est-ce que vous auriez peur, Lamarre?
— Non... père Honoré; mais, si vous m'en croyez, il est^temps de remonter le fleuve; car je crois entendre siffler au loin un mauvais grain de tempête, et je ne distingue plus le vol des chauves-souris au-dessus de nos têtes...
• — Lamarre, n'ayez pas peur des fantômes; si les morts reviennent, ils ne reviennent qu'à Dieu!... Laissez-moi, poui- la dernière fois peut-être , contempler ces ruines où furent ceux que j'ai aimés le plus au monde et que j'ai hâte de revoir eu quelque endroit que Dieu me les fasse retrouver !
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Car, legardez avec moi, Lamarre, tout làbas... c'est la place d'une petite maison qui, pendant trente ans, fut le but de ma promenade au long de l'eau , au long de ce petit sentier... et au milieu de la place de cette maison même, je vois d'ici la place de ce laboratoire infernal où un homme est venu se briser contre Dieu !
Mais déjà Dieu a pardonné à cet homme; car si c'était un grand ennemi, c'était en même temps une grande impuissance !
O mon Dieu! si vous jugez que ma vieillesse est maintenant impuissante à faire le bien , rappelez - moi bien vite , car j^ai pleuré toutes mes larmes au souvenir de ces deux enfans que j'ai bénis et qui ne sont plus!...
— Ils ne sont plus , dites-vous , père Honoré, et Alvar?...
Mort à Saint-Michel!...
— C'est donc une famille prédestinée? . ,
— Ne croyez pas au destin , l^aniarre ; croyez à une volonté puissante et juste, et n'oubliez jamais, Lamarre, que cette volontélà s'appelle Dieu !...
— Tenez, père Honoré, je ne suis qu'un pauvre pécheur, mais dites tout ce que vous voudrez, je ne puis entendre sans frissonner ■ cette cloche qui sonne les heures quand la maison n'y est plus... Cette cloche, c'est la voix de la nuit qui parle et qui gémit... cette cloche nous annonce quelque malheur!...
— Lamarre, croyez-moi, soyez religieux, mais point superstitieux, et dites à vos enfans d'apprendre à leurs enfans cette maxime : «Ne pas chercher et croire. » Croire, c'est être heureux; chercher, c'est être fou... Et si jamais l'un de ces enfans était un jour attaqué de cette fièvre de chercher l'explication du monde, ah! que son père le prenne vite par la main , l'amène au milieu de ces ruines et lui raconte l'histoire de Spielberg... Al-
^ Il
loiiSj Lamarre, maintenant que j'ai pavé ce que je devais de larmes et de prières à une famille que la main de Dieu a enlevée , remontons la Seine , rentrons à notre petit village; c'est là qu'il y a encore beaucoup de plaintes à entendre, beaucoup de pleurs à essuyer, beaucoup de bien à faire...
— Vous avez raison... vite remontons la Seine, et aidez-moi à ramer; car tenez, voilà que le vent souffle furieusement; les vagues commencent à mouiller notre arrière et à jeter de l'écume jusque sur mes genoux... Que le bon Dieu veuille que nous arrivions à notre village.
— Nous y arriverons , Lamarre ; et comment voulez-vous que cela soit autrement? N'ai-je pas les huit orphelins de Jérôme le naufragé qui m'attendent avec leur mère, et les deux malades de mon petit hôpital ne mourraient-ils pas s'ils ne me voyaient point rentrer cette nuit?,.. Nous arriverons, vous
dis-je, car Dieu ne peut pas vouloir que nous n'arrivions pas...
En cet instant un coup de vent terrible s'engouffra dans la voile que le père Honoré venait de hisser... la barque chavira, se renversa, et les deux vieillards se débattirent et luttèrent en vain contre les flots qui les emportèrent bien vite et bien loin...
Et pendant que ces deux vieillards agonisaient ainsi , la cloche du pavillon en pierre se mit à sonner tranquillement onze heures et n'eut seulement pas un moment l'idée de sonner le tocsin pour appeler au secours...
C'était pourtant une cloche baptisée et bénie par monseigneur l'évéque de Meaux, et qui portait le même nom que la madone des pécheurs.
Quelque temps après d'autres pêcheurs