‹ Toussaint le mulatreChapitre 4 sur 26 · PROMENADE · texte numérisé non relu

PROMENADE

comme ça... dans une quinzaine nous serons mis en liberté... et nous ne serons plus si plongés! Madame Losserand, qu'est ta mère, a menacé le procureur du roi que s'il ne nous mettait pas en liberté elle n'aurait plus la moindre estime pour les tribunaux... Hein! mon fils, mon garçon, qu'est-ce qu'aurait dit, il y a six mois, que nous serions accusés d'assassinat, moi surtout que je faisais toujours étouffer les pigeons par madame Losserand... ô sainte Vierge d'Argenteuil!... que je ne pouvais manger du boudin, encore par liorreur pour le sang, ô sainte Vierge d'Argenteuil!...

UNE VOIX

Tu ne connais pas ces deux-là qui marchent devant nous? c'est deux vignerons d'Argenteuil qu'ils ont fait un crime au carré Marigny... Ils ont procédé à la destruction de leur semblable... maintenant ils font les

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imbéciles, et font semblant de ne pas comprendre l'argot... Ils sont enfoncés à mort...

UNE AUTRE VOIX

C'est drôle que je ne peux pas regarder un condamné à mort sans chercher des yeux la place où le couteau doit passer... je me figure que ça doit passer environ un pouce en dessous de la pomme d'Adam...

prrrr... ça me fait frissonner, foi de caroubleur!...

UNE VOIX

Il est du dernier positif que je m'embête ici... Si j'avais voulu entreprendre de compter les étoiles, il y a long-temps que j'aurais fini... Il y a dix ans que je tourne toujours comme un cheval aveugle sans avancer d'un pas... Il n'y a personne en France qui désire autant que moi la fin du monde , ne fût-ce que pour changer!... Oh! que je m'embête!...

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UNE AUTRE VOIX

... Et toi la paysanne... ma bonne paysanne... t'es pas plus heureuse que moi... C'est-il cela qu'on peut appeler de la constance !... Tu as tout sacrifié pour lui... lu l'as raccommodé , blanchi , aussi bien qu'une personne rangée peut le faire... Tu n'as jamais bu un seul verre de vin avec un autre... tu as supporté tous ses caprices... Eh bien ! voilà la Dubarry qui arrive... et l'infidèle te plante là...

UNE AUTRE VOIX

... Quoi ! est-il possible que ces deux-là qui marchent en avant de nous ne t'aient pas encore parlé , avec cela que tu es joli garçon... Écoute-moi bien... ces hommes-là ont des noms de femmes... c'est la Paysanne et Manon-Lescaut... Regarde comme ils marchent d'une certaine manière... Ils portent

sans cesse des gants anx mains, se font la barbe tous les matins , ne mettent jamais de bottes... ont une belle chemise fermée sur la poitrine, cousent, lavent, brodent, tricotent, font des yeux blancs, se jalousent, se querellent, prennent le fausset, parlent à la fois... et...

Alvar ouvrit les yeux et se leva en criant : Quelle infamie!... mais ce sont des

En ce moment Alvar fut interrompu par le garçon du parloir qui , après avoir ôté sa chique, cria d'une voix à la fois bienveillante, protectrice, insolente et enrouée!...

Alvaaaaaar... allons, Alvar , allons!...

Alvar n'entendit plus, ne vit plus ceux qui passaient devant lui... Il courut bien vite au parloir... C'était peut-être Marie!...

C'était monsieur L'Huillier, huissier au-

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diencier, patenté, registre loSg, folio 43o, recto , case 54 1 , près la Cour royale de Paris , siégeant comme cour d'assises, politique, a""* section, session extraordinaire, supplémentaire et insuffisante du deuxième trimestre de l'an III de la liberté de juillet!!!

t Ta oheu spinlg , geh , oh ouch olië spinig brohn ohen I

G nia ouRcn.

« Karr sid alep ohen spouch sponcli 1 ■îpouch ! ohen alep spouch ! ohen ! ? i

Kaloublt enn' Khirsynn.

« Oh ! frappe-moi de l'épée, mais épargne-moi le sarcasme ! . . .

« La reconnaissance, dites-vous , est chose rare! mais plus « rares cent fois les bienfaits dont on doive être reconnaissant.

« Homme bienfaisant, conte-nous tes bienfaits, mais laisse- « nous fouiller dans ton cœur et y chercher le pourquoi. »

A. R. [Pensées détachées.)

XVIÎ.

Depuis quinze jours la petite maison blanche aux volets verts, sur le bord de la Seine, avait été aussi agitée à l'intérieur qu'au dehors la Seine elle-même par les vents de décembre. *

l32 SCIENCE

On voyait arriver par le petit sentier le père Honoré, triste et recueilli.

Il marchait en regardant ses pas, et ne se retournait plus comme autrefois pour regarder les martins -pêcheurs plonger à l'eau, rapides comme l'éclair, ou bien les hochequeues faire leur balancement perpétuel sur les petits îlots de sable, aux bords du fleuve; et lorsque le père Honoré arrivait devant la petite maison blanche, il ne l'avait seulement pas vue, et cependant il s'arrêtait, comme si le reste de sa personne eût compris qu'il fallait s'arrêter là.

C'était l'effet d'une habitude de trente ans.

Alors le père Honoré passait la main sur ses yeux, jetait un long regard dans la campagne , cherchait visiblement d'autres idées dans d'autres émotions, prenait l'air le plus heureux possible, et entrait.

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C'est qu'il y avait sans doute des larmes à essuyer dans la petite maison blanche aux volets verts. Depuis (juinze jours, au laboratoire de Spielberg, c'étaient des imprécations et de la haine; à la chambre de Toussaint, de l'amour et du désespoir; à la petite chambre de Marie, de l'amour et des pleurs...

Depuis quinze jours Alvai- n'était pas revenu... Un soir la Gazette des Tribunaux apporta quelques lignes qui furent pour Spielberg et pour Marie le rappel du tombeau.

« Alvar, président d'une société secrète , « et détenu à la Force , vient d'être renvoyé « devant les assises de la Seine, où il sera « jugé pour complot tendant à renverser le « gouvernement du roi. «

Savoir qu'Alvar était à la Force, c'élait

savoir qu'il n'était pas mort... donc c'était apprendre quelque chose d'heureux.

Le bonheur est souvent le premier degré pour arriver au malheur ; ici ce fut le contraire.

Le père Honoré fut le premier à lire cette nouvelle auprès du lit de Spielberg, où Marie et Toussaint -le -mulâtre étaient venus s'appuyer...

Le père Honoré annonça qu'à l'instant même il allait partir pour la Force... Marie prit le père Honoré par la main , en disant : ce Je ne vous quitte plus... il faut que je le « voie aussi... Je puis bien l'aller voir, je « crois... ne suis-je pas sa femme? » Et en disant : Ne suis-je pas sa femme? Marie rougit au souvenir du singulier rêve qu'elle avait eu.

Spielberg Noulut en vain représenter à

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Maiie que depuis quinze jours elle était malade de toute sa personne; que sa pâleur ferait mal à voir au prisonnier; et que, d'ailleurs, il ne serait pas prudent à une pauvre souffrante de traverser ainsi les brumes de la Seine, les vapeurs boueuses de Paris , d'aller surtout à la Force chercher des émotions funestes...

C'était faire de la raison , c'était ne rien faire !

A cela Marie répondit : Je vous en prie ! avec cette douce voix de jeune fille qui est toujours obéie, excepté en amour. Puis elle serra plus fort la main du père Honoré , le regarda une fois dans les yeux, et quelques minutes après, ils étaient déjà bien loin!...

Cette fois , Toussaint resta auprès du lit de Spielberg ; lorsque Marie partit, il n'eut pas pour elle un regard d'amour aussi

troublé qu'à l'ordinaire ; il ne courut pas furtivement au seuil pour la regarder longtemps marcher le long du petit sentier, jusqu'à ce qu'elle disparût au grand coude formé par un retour capricieux de la Seine , et, après cela, il n'alla point s'enfermer dans son laboratoire pour penser en toute liberté à Mai'ie...

Car combien de fois Toussaint ne s'était-il pas enfui de la lumière et du bruit , emportant avec lui sa chère pensée d'amour, et ne s'était-il pas écrié, en arrivant dans la solitude : Ah ! maintenant, je vais pouvoir penser à elle aussi long-temps que je le voudrai, penser tout , depuis le premier jour jusqu'à ce moment même, et puis, après cela, remonter encore jusqu'au premier jour!.,.

Pour ne pas faire tout cela, il fallait qu'il y eût quelque chose de survenu dans la vie de Toussaint qui en arrêtât la marche... il

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fallait que, dans cette tête déjà si agitée, il fût arrivé une idée de plus... mais une de ces idées qui étouffent toutes les autres pour demeurer seules dans le cerveau, qu'elles agitent , qu'elles échauffent, qu'elles brûlent, jusqu'à ce qu'elles en sortent pour devenir une belle action ou un crime, mais toujours une grande chose !,..

A peine le père Honoré et Marie étaientils partis que Toussaint-le-mulâtre, tirant de son sein une petite fiole de cristal , versa secrètement quelques gouttes dans le breuvage destiné à Spielberg , et le lui présenta...

— Qu'est cela? dit Spielberg; quelque préparation insignifiante bonne à amuser le malade, à enrichir le droguiste et à produire zéro au calcul médical ? Qui croyait me tromper se trompe... Je suis bien vieux; mais, à la marche de vos passions à tous.

je crois voir que peut-être je vivrai le dernier... Donne... donne, Toussaint... il me prend fantaisie maintenant de boire le breuvage destiné au mourant... Mais après cela qu'on s'apprête à voir le mourant se lever et aller tout seul à son laboratoire , car il lui tarde d'aller passer une nuit en méditation devant la.... Donne, donne, Toussaint... le mourant a soif!...

Spielberg but tout d'un trait...

— Misérable docteur!... s'est-il pas avisé de mettre du laudanum dans ma potion!... C'est bien là le fait d'un ignorant : « Nous ne savons pas tuer le mal, endornions-le...» Et moi qui bois sans déguster... Toussaint, cours vile à mon laboratoire et remonte avec un peu d'acide hydro-chlorique!... U faut bien que je compose un autre breuvage pour détruire Teffet du premier... car, je le

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