‹ Toussaint Louverture, poëme dramatiqueChapitre 18 sur 65 · SCÈNE HUITIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE HUITIÈME

UN HOMME DU PEUPLE Oui , nous t’obéirons !

UN MATELOT

Comme à la brise l’onde !

PETION

Toussaint sur Haïti ! comme Dieu sur le monde !

TOUSSAINT, aux généraux noirs.

Généraux, inspecteurs, chefs de mes régiments ,

Allez ! allez chacun à vos commandements.

Que l’occasion seule à ma place commande !

Je ne donne aucun ordre et si l’on vous demande : Avez-vous vu Toussaint? Quel est l’ordre du chef? Répondez seulement par un : Non, ferme et bref.

Sur mes desseins secrets, feignez l’incertitude ;

Restez dans une fausse et douteuse attitude ;

Ayez pour les Français des visages amis (L’œil ouvert du* serpent et des cœurs ennemis).

Ils flotteront ainsi de l’audace à la crainte ,

Comme on sonde du pied la cendre mal éteinte , Demandant ma réponse et l’espérant toujours.

Nous leur ferons ronger les jours après les jours.

La fièvre, eu attendant, céleste auxiliaire.

Ouvrira pour leurs os la terre hospitalière.

Et décimant leurs rangs sous ce climat fatal , Changera leur conquête en immense hôpital.

Ilourrah !

* Moi cependant caché dans mon ombre immobile,

* On me croira toujours à l’autre bout de l’ile ;

* Invincible, impalpable, inconnu, mais debout,

* Attendu, retardant, absent, présent partout,

* Comme l’œil du Très Haut sur la malice humaine,

* Je serai l’œil des noirs éclairé par la haine !

* Et lorsque le signal

Montrant, son front.

* ici retentira,

* Reposez-vous sur moi, la foudre en sortira!...

Aux trois coups de canon tirés du haut de l’ile ,

Sans combattre, une nuit, sortez de chaque ville; Repliez tous les noirs en laissant, pour adieu,

La flotte, les palais et les cités en feu !

Depuis mon propre toit jusques aux champs d’igname, Balayez le terrain comme un balai de flamme !

Ne laissez sur le sol que la pierre et les os Et venez me rejoindre au morne du Chaos !

J’y serai le premier, montez nus, ma prudence Aura pour les noirs seuls préparé l’abondance.

* Les arbres renversés et les rochers épars

* Ayront à la nature ajouté des remparts.

* Les blancs y marcheront comme la brute au piège ,

* Leurs bras désespérés en tenteront le siège.

* Vous roulerez les monts sur leurs corps foudroyés ;

* Entre la mer et vous , écrasés ou noyés ,

* Ils auront disparu comme une onde tarie,

* Et leurs os fumeront le sol de la patrie!'

Allez, ne craignez rien, mon ombre est sur vos pas.

Dessalines et Pétion s’avancent pour parler; il les arrête du geste.

Je connais vos pensers , ne me les dites pas !

Vous craignez les Français, votre cœur s’épouvante De cet art meurtrier dont leur orgueil se vante.

Que peut-il contre un peuple? Enfants, vous allez voir.

Il fait un signe.

Apportez-moi ces ‘grains de maïs blanc et noir

On lui apporte une corbeille, il y prend une poignéee de grains de mais noir, la verse dans une coupe de cristal, et répand sur la surface du vase une couche de mais blanc , puis il présente la coupe aux regards du peuple.

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