‹ Toussaint Louverture, poëme dramatiqueChapitre 3 sur 65 · BLANCS, MULATRES, NÈGRES, NÉGRESSES · texte numérisé non relu

BLANCS, MULATRES, NÈGRES, NÉGRESSES

A droite, aux sons du fifre, du tambourin et des castagnettes espagnoles de jeunes négresses et de jeunes mulâtresses groupées çà et là sur In scène sont occupées à effeuiller et à rompre des cannes à sucre.

A gauche, Samuel instituteur des noirs, assis sur les marches d’une fontaine , entouré d’un groupe d’enfants mulâtres, blancs, noirs, de douze à quinze ans, leur fait épeler à voix basse un livre sur ses genoux, du bout de son doigt. Lee enfants paraissent charmés et attentifs.

ANNAH, s’approchant de Samuel.

Pourquoi donc, Samuel, au milieu de nos fêtes,

De ces pauvres enfants courbant ainsi les têtes,

De la lèvre et du doigt leur cpeler tout bas Ces grimoires de mots qu'ils ne comprennent pas?

De quels savants ennuis charges-tu leur mémoire?

Que leur enseignes-tu ?

SAMUEL

La Marseillaise noire!

ANftAII.

La Marseillaise blanche a guidé les Français

Aux combats; mais les noirs, grâce à Dieu, sont en paix I

• SAMUEL

Aussi du chant sacré le noir changea la corde,

Leur chant était: Victoire! et le nôtre est: Concorde!

Il jette au cœur des noirs l'hymne d’humanité,

Et des frissons d’amour et de fraternité.

Le sang a-t-il donc seul une voix sur la terre?

Ecoute! et vous, enfants, retenez!

A Anaali, en lui montrant ses compagnes qui causent et chantent à demi-voix.

Fais-les taire!

Il récite les trois couplets et fait chanter le refrain aux enfants. Les jeunes filles y mêlent leurs voix peu à peu.

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