‹ Toussaint Louverture, poëme dramatiqueChapitre 35 sur 65 · FERRAND · texte numérisé non relu

FERRAND

Le conseil serait bon dans l’Europe asservie A ces mille besoins qui composent sa vie,

* Où les peuples liés par leurs nécessités

* Sont des troupeaux humains parqués dans les cités.

* On possède un pays du haut des places fortes:

* Le peuple est à celui qui tient la clef des portes.

* Mais chez un peuple neuf la guerre a d’autres lois,

* Ses citadelles sont ses rochers- et scs bois;

* Si l’on avance, il fuit; si l’on attaque, il cède.

* Ce qu’on foule du pied est tout ce qu’on possède... Un seul moyen ici: ravagez les sillons;

Fermez, murez ces champs avec nos bataillons!

La disette et le temps, mieux que vos projectiles. L’amèneront dompté sous le canon des villes;

Ils vous demanderont des chaînes et du pain!

ROCHAMBEAU

Oh! des Français combattre un peuple par la faim!

De ces atrocités déshonorer l’histoire!...

La retraite vaut mieux qu’une telle victoire.

* Mais la France interdit la retraite à nos pas;

* Quand on porte ses droits on ne recule pas.

* Écoutez: j’ai connu ce peuple encore esclave,

* J’ai vu l’ile crouler sous sa première lave;

Nos revers, nos succès m’ont appris à savoir

Où les noirs ont leur force et les blancs leur espoir.

Du nom de nation c’est en vain qu’il se nomme;

Ce peuple est un enfant: sa force est dans un homme!

Page 1